CARIOU Jeanne

Jeanne Cariou épouse Jean Goasguen le 17 mai 1921 à Brest et de cette union naîtront six enfants entre 1922 et 1938. Dans les années 20, la famille s’installe à Paris et les époux adhèrent au Parti communiste français (P.C.F). De retour à Brest dans les années 30, les époux rejoignent la cellule locale du P.C.F. En 1936, ils entrent au bureau de la section communiste de Brest et participent activant au militantisme durant le Front populaire. Durant la Guerre d’Espagne, Jeanne Goasguen s’investie avec Marie Salou dans l’Association Nationale du soutien de l’enfance malheureuse (voir portfolio). Elle y rencontre plusieurs femmes, toutes d’obédience communiste, avec qui elle vient en aide aux réfugiés Républicains espagnols.

À la suite du Pacte germano-soviétique en 1939, le P.C.F est interdit en France. À Brest comme un peu partout ailleurs, il se refonde dans la clandestinité, avec à sa tête au Triangle de direction de la cellule : Roger Chaigneau, Eugène Kerbaul et Jeanne Goasguen. Ils organisent la continuité du militantisme, permettant la conservation malgré de nombreuses contraintes, d’une base solide d’adhérents dans la Cité du Ponant. Au lendemain de l’entrée des Allemands à Brest, le 20 juin 1940, plusieurs réunions du P.C.F sont organisées à Brest. Une se tient chez les époux Goasguen en présence de Jules Lesven, Raymonde Vadaine, Carlo et Aline De Bortoli. Tous sont partant pour continuer le militantisme clandestin pour le parti. Il en est de même dans les autres réunions.

Dans les semaines qui suivent, le Triangle du parti fait passer le message aux communistes militaires de ne pas se rendre au château où ils doivent se rendre obligatoirement pour régulariser leur situation. Ceux qui répondront à cette convocation seront tous envoyés dans des Stalag en Allemagne pour le reste de la guerre. En octobre 1940 Roger Chaigneau, démobilisé le mois passé, revient à Brest et reprend sa place dans le Triangle de direction du P.C.F aux côtés d’Eugène Kerbaul et de Jeanne Goasguen. Auguste Havez missionne ce même mois Jeanne Goasguen de se rendre à Morlaix pour y prendre contact avec le cheminot François Tournevache. Elle s’y rend, accompagnée de sa fille Eliane. Dans la seconde partie du mois de décembre, le Triangle de direction brestois rencontre Venise Gosnat, l’un des deux successeurs d’Auguste Havez pour la gestion du parti en Bretagne. Les liens sont maintenus entre les cellules malgré la surveillance policière.

Dans les premiers mois de l’année 1941, l’activité de propagande se poursuit mais le matériel dont dispose la cellule brestoise est limité. En avril 1941, le journal L’Humanité arrive enfin à Brest en plus grandes quantités par la gare, en caissettes que Yvette Richard et Jeanne Goasguen (et d’autres) vont retirer comme s’il s’agissait de colis ordinaires. Après l’arrestation de Roger Chaigneau le 8 mai 1941, Jules Lesven le remplace une nouvelle fois au Triangle de direction du parti. Peu de temps après, c’est Eugène Kerbaul qui est arrêté. Ne reste plus que Jules Lesven et Jeanne Goasguen à la direction. Entre juillet et août 1941, ils créent un Secours populaire clandestin, pour aider les familles des patriotes arrêtés à subvenir à leurs besoins. La direction de cet organe solidaire est confiée à Jean Le Nédellec, Pierre Corre et Marie Miry. Fin juillet début août 1941, Roger Chaigneau parvient à s’évader et revient avec un déguisement à Brest. Il reprend contact avec Jeanne Goasguen et Thénénan Monot. Le compartimentage étant en vigueur, le P.C.F ne disposait plus depuis son arrestation, de lien avec le groupe O.S - S.N.C.F. Ces derniers sous pressions policières également, n’avaient pas cherché à renouer les liaisons, c’est désormais chose faite.

En août 1941, Jeanne Goasguen rapporte à Venise Gosnat le projet du Triangle visant à mener une opération à Châteaubriant pour faire évader les prisonniers finistériens. La proposition est rejetée par le responsable du parti qui l’estime trop hasardeuse. Gosnat indique que l’opération est beaucoup plus importante qu’il n’y paraît et que cela demande beaucoup de préparatifs. L’idée est cependant retenue et le responsable prend désormais en main ce projet qui finalement ne verra jamais le jour. L’exécution des otages de Châteaubriant provoque de vives réactions à Brest, le Triangle dépose une gerbe à la mémoire des fusillés. C’est Jules Lesven qui assure le service de sécurité de la manifestation commémorative, il fait disperser le groupe à l’arrivée de la police.

La famille Goasguen en plus de sa grande activité clandestine, héberge régulièrement des réunions et l’on vient sans doute avec un peu trop d’aisance, chez le couple pour apprendre les nouvelles. Les Goasguen héberge aussi quelques militants en fuite, comme Simone Bastien, militante recherchée qui va prendre en charge la question de la Jeunesse Communiste au niveau départemental pour le Finistère. Fin décembre, une réorganisation s’opère à la tête du P.C.F. Trop exposés, Jeanne Goasguen et Jules Lesven sont remplacés par Charles Cadiou, Mathurin Le Gôf et Yves Prigent. Il est prévu que Jeanne Goasguen se concentre sur l’action des femmes pour la cellule. Elle est pressentie à devenir l’Interrégionale Bretagne des femmes communistes mais pour l’instant, il lui faut attendre faute d’effectif et de moyen.

À partir du second semestre de l’année 1941 et jusqu’au début 1942, Jeanne Goasguen et Marie Salou se feront embaucher comme femme de ménage au fort Montbarey où sont logés des travailleurs forcés républicains espagnols. Elles nouent des relations avec le Groupe d’action espagnol anti-nazi de Brest et parviennent à aider à certaines évasions en février 1942 en fournissant des faux papiers, cartes de ravitaillement, lieu de refuge, etc.

Le Comité des femmes, avec à sa tête Jeanne Goasguen, prépare une manifestation des ménagères pour revendiquer plus ravitaillement. Le 28 avril 1942, Jeanne Goasguen participe à la manifestation des femmes. Elle est arrêtée ainsi que Marie Salou et Yvette Richard. Les domiciles sont perquisitionnés et la police française y trouve du matériel ayant servi à la préparation de la manifestation ainsi que de la propagande communiste, ce qui suffit à maintenir les époux Goasguen en détention. Elle reste jusqu’au 5 mai au commissariat de Saint-Martin avant d’être transférée à la prison de Morlaix puis le 13 mai 1942, Jeanne Goasguen est de nouveau déplacée et envoyée à la prison Centrale de Rennes. Le 21 mai 1942, le tribunal spécial (français) de Rennes condamne Jean à trois ans de réclusion, il sera déporté en Allemagne. Jeanne Goasguen écope pour sa part de deux années de réclusion. Leurs cinq enfants encore mineurs sont pris en charge par la famille ou les camarades.

Le 1er mai 1943, le Maréchal Pétain accorde une grâce aux mères de familles nombreuses en prison. Jeanne Goasguen refuse cette charité et purge sa peine jusqu’au bout. Libérée le 29 mars 1944 [1], elle regagne Brest où elle semble renouer le contact avec la résistance communiste via les Francs-Tireurs et Partisans (F.T.P). L’on ignore son activité de sa sortie de prison à la fin du siège de Brest.

À la Libération, elle est nommée dans la délégation spéciale qui gère temporairement l’administration de la ville, en tant que représentante du P.C.F. Aux élections de mai 1945, elle est élue adjointe au maire et se voit spécialement chargée des œuvres sociales.

Les époux Goasguen divorcent en 1952. Jeanne est écartée du parti brestois mais obtient néanmoins la Médaille de la France libérée en 1958. En sa mémoire, son nom est donné à un rond-point du boulevard de Plymouth à Brest en septembre 2002 (inauguré en 2004). Les travaux du tramway modifiant la circulation, ce rond-point est supprimé en mai 2013.

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Portfolio

Comité des Femmes pour le soutien à l’Enfance (1939)
De gauche à droite : Marie Salou, Jeanne Goasguen, madame Bernard, madame Duchesne et madame Caret. Au premier rang, madame Riou.
KERBAUL Eugène, Chronique d’une section communiste de province (Brest, janvier 1935 - janvier 1943), auto-édition, Paris, 1992.

Sources - Liens

  1. Archives municipales de Brest, registre d’état civil (1E226 et 2E146) et fonds F.N.D.I.R.P (87S).
  2. KERBAUL Eugène, 1270 militants du Finistère (1918-1945), auto-édition, Paris, 1985.
  3. KERBAUL Eugène, Cahier de mise à jour - 1485 militants du Finistère (1918-1945), auto-édition, Paris, 1986.
  4. KERBAUL Eugène, Chronique d’une section communiste de province (Brest, janvier 1935 - janvier 1943), auto-édition, Paris, 1992.
  5. Le Maitron, notice biographique de Jeanne Cariou-Goasguen.
  6. Service historique de la Défense de Vincennes, dossier individuel de Résistante de Jeanne Cariou (GR 16 P 106740) - Non consulté à ce jour.

Notes

[1Eugène Kerbaul indique pour sa part qu’elle n’est libérée qu’en mai 1944.