GOSNAT Venise

Venise Ernest Hidol Gosnat et ses sœurs furent orphelins très tôt. Élevé par ses grands-parents, il étudie quelques années tout en gardant les vaches l’été, avant de débuter sa carrière professionnelle en 1900 dans une entreprise de cuir. En 1907, peu de temps avant son service militaire, il adhère à la Confédération générale du travail (C.G.T). Il épouse Alice Morand, le 30 novembre 1912 à Saint-Doulchard puis travaille comme manœuvre au service des lignes des P.T.T. avant d’entrer aux Établissements militaires de Bourges. Ardent syndicaliste, il combat lors de la Première Guerre mondiale, ce qui lui a valu d’être gazé et de perdre un tympan. Après guerre, il quitte le Parti socialiste et intègre le récent Parti communiste français (P.C.F). Au milieu des années 1920 il part s’installer à Paris. Il y devient le directeur des Habitations à bon marché (H.B.M) d’Ivry dans les années 1930 et conseiller municipal de cette même ville en 1935.

Suite au pacte germano-soviétique, il est déchu de son mandat le 9 février 1940 par la préfecture. Arrêté le 16 mai 1940, Venise Gosnat est interné administrativement. Il parvient à s’évader le 24 octobre 1940 de Riom-es-Montagne (Puy-de-Dôme) lors d’une corvée de bois. Avec André Marrane, ils passent à Bourges et remontent à Paris. Le parti l’envoie alors à Brest pour devenir l’adjoint de l’interrégional Robert Ballanger. Avec sa femme Alice, le fugitif communiste s’installe fin décembre 1940 dans un modeste appartement de la route de Bohars. Pour l’interrégional et son adjoint, Brest et Nantes représentent les deux fers de lance d’une nouvelle lutte, où l’armistice de Pétain ne signifie pas la paix depuis la reprise des bombardements. Encore moins dans l’honneur, car Ballanger souhaite appuyer sur le fait qu’à Brest, la Marine et ses infrastructures sont à la solde de l’ennemi. Il sait également que c’est dans ces deux villes qu’il a le plus de fervents partisans.

Venise Gosnat et son responsable rencontrent alors au début de l’année 1941, les différents dirigeants du P.C.F de Brest. C’est la naissance des groupes de l’Organisation spéciale (O.S) du Bâtiment, de la S.N.C.F et quelques jours plus tard de celui de l’Arsenal. Une fois la structure brestoise mise en place, les deux responsables se partagent les zones pour multiplier les contacts avec les anciennes cellules du parti. Venise Gosnat se rend à Morlaix, Huelgoat, Saint-Brieuc et Rennes. Les deux camarades sont de retour à Brest vers le 15 février 1941, ils évoquent alors avec Eugène Kerbaul l’implantation d’une imprimerie clandestine dans la Cité du Ponant. Fin mars 1941, après trois mois de tournée en Bretagne, Robert Ballanger et Venise Gosnat estiment disposer en Bretagne d’environ 1200 à 1500 militants.

Le 15 mai 1941, le Comité central du parti lance un appel au rassemblement autour de valeurs patriotiques afin de fédérer les différentes composantes de la société française. C’est la création du Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France (F.N). Sans tarder, fin mai 1941, Ballanger et son adjoint viennent présenter cette structure aux brestois et n’ont pas de difficulté à les convaincre d’adhérer au projet. Cependant, la mise en place locale et nationale ne sera pas franche dans les premiers temps. Fin mai 1941, il semble que les deux responsables aient proposé une campagne de sabotages à Brest.

Vers août 1941, un projet d’évasion des prisonniers communistes finistériens détenus au camp de Châteaubriant est soumis par Jeanne Goasguen. Venise Gosnat l’élude pour des raisons techniques mais conserve l’idée première. Il s’active alors à ce sujet et met en place une équipe qui se dédie à cette tâche.

En janvier 1942, Venise Gosnat préside une réunion à Brest de restructuration de l’activité clandestine des communistes. Dans le but de coordonner et organiser les actions des groupes O.S de Brest, un Triangle de direction militaire voit le jour avec à sa tête Jules Lesven, Pierre Corre et Lucien Kerouanton. Ceci a pour but de mettre fin à l’action assez désorganisée en instituant une discipline ouvrant à des actions plus importantes et ciblées. Le résultat est rapide avec le sabotage méthodique des sous-stations électriques de l’arsenal le 26 mars 1942. À cette occasion, Venise Gosnat, revêtu d’un bleu de chauffe, effectue quelques jours avant une tournée d’inspection des préparatifs à l’arsenal.

En mai 1942, Robert Ballanger est appelé à d’autres fonctions dans la région du Centre puis quelques mois après dans la région parisienne. Son poste d’interrégional Bretagne est alors confié à Venise Gosnat. Ce même mois, il restructure la direction militaire des groupes O.S, désormais appelés Francs-tireurs et partisans (F.T.P). Pierre Corre en devient le responsable, lui sont adjoints Pierre Berthelot de par sa bonne connaissance des explosifs et Adolphe Le Roux pour les questions du Renseignement. Quant à Jules Lesven, il est promu 1er Départemental F.T.P, chargé de coordonner l’action des groupes dans le Finistère. En juillet puis en août, Gosnat demande aux brestois de réaliser plusieurs sabotages, pour le 14 juillet et contre une vitrine de la L.V.F. Dans les derniers jours du mois d’août, Venise Gosnat convoque tous les responsables départementaux des F.T.P et du parti à Auray pour discuter de la coordination des actions à mener.

L’automne 1942 sera très complexe pour les résistants communistes en Bretagne avec de nombreuses arrestations. Venise Gosnat échappe de peu à une souricière en décembre à Quimper. Il gagne Morlaix et file sur Paris où il retrouve Ballanger. Il devient son adjoint sur place, mettant fin à son activité en Bretagne. Il remplacé par Jules Lesven, qui sera hélas arrêté trois mois plus tard au Mans.

Venise Gosnat est chargé par Jacques Duclos de la responsabilité du choix et de la sécurité des cadres. Vaste tâche dont il s’acquitte conjointement avec Jean Chaumeil. Gosnat participe à la Libération de Paris en août 1944 et reprend ses activités politiques et municipales. Pour son action dans la Résistance, il reçoit la médaille de la Résistance française, avec rosette, en 1947.

Peu avant sa disparition, Venise Gosnat est revenu à Brest le 12 janvier 1969, pour rendre hommage aux 19 fusillés brestois du 17 septembre 1943 au Mont Valérien.

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Sources - Liens

  • Ordre de la Libération, Paris, registre des médaillés de la Résistance française.
  • KERBAUL Eugène, 1270 militants du Finistère (1918-1945), à compte d’auteur, Paris, 1985.
  • KERBAUL Eugène, Cahier de mise à jour - 1485 militants du Finistère (1918-1945), à compte d’auteur, Paris, 1986.
  • KERBAUL Eugène, Chronique d’une section communiste de province (Brest, janvier 1935 - janvier 1943), à compte d’auteur, Paris, 1992.
  • Le Maitron, notice biographique de Venise Gosnat.

Remerciements à Françoise Omnes pour la relecture.