SALAUN René

René Albert Salaun travaille dans les années 1920 Au Gaspillage Alimentaire, commerce d’épicerie et d’alimentation en détail que dirigent ses parents, au 80 rue Jean Jaurès à Brest. Il épouse Suzanne Martin (1906-1975), le 18 novembre 1925 à Plestin-les-Grèves dans les Côtes du Nord et de cette union naîtront trois enfants. En 1935, René Salaun prend la suite de ses parents en devenant le propriétaire du commerce. Mobilisé à la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, le commerçant brestois est affecté comme sergent comptable au sein du 445ème Régiment de Pionniers (445e R.P) dans la Sarthe. Son parcours durant la drôle de guerre et la débâcle de 1940 ne nous sont pas connus.

De retour à Brest au début de l’Occupation allemande, René Salaun indique s’être entretenu en novembre 1940 avec le Révérend Père Riquet sur l’aide à apporter aux aviateurs Alliés tombés dans le secteur. Ceci semble être une erreur, on retrouve la même mention de cette entrevue dans une coupure de presse de 1984, indiquant cette fois qu’il s’agissait du Révérend Père Robert Ricard, économe de l’école Notre-Dame de Bon-Secours à Brest.

René Salaun serait entré en Résistance active en 1942, en intégrant le mouvement Libération Nord (L.N) par l’intermédiaire de Mathieu Donnart, voisin de son commerce. Son rôle est mal défini, il aurait servi vraisemblablement de boîte aux lettres, tout en communiquant dès qu’il le pouvait, des informations d’ordre militaire. René Salaun indique également avoir été contacté par Gilbert Garbe de Confrérie Notre-Dame (C.N.D) en septembre 1942. Cette liaison aurait débouché sur le recrutement du commerçant brestois comme agent de renseignement, agissant sous le pseudonyme de Bécamel à partir de février 1943. Le réseau précité ne corrobore pas cette version et indique pour sa part n’avoir recruté qu’à partir d’août 1943 René Salaun, en tant que boîte aux lettres pour les liaisons entre C.N.D et Libération Nord, dont il devient le responsable pour la ville de Brest.

Parmi les nombreuses relations en lien avec la Résistance de René Salaun, citons Jean Bescond qu’il a recruté, Jeanne Galand qu’il parvient à faire embaucher à l’arsenal, le pompier Raymond Palu, les sœurs Anna-Germaine, Marie, Marie-Anne et Marie-Corentine Piriou du restaurant Au Bon Goûter.

À l’automne 1943, la Résistance brestoise accueille de nombreux aviateurs alliés dans l’attente d’une opération de récupération par voie maritime. René Salaun fait partie de ceux qui hébergent et ravitaillent ces patients candidats à l’évasion. Parmi ceux qu’il héberge, se trouve le staff-sergeant Duane J. Lawhead, mitrailleur de queue sur un B17 de l’U.S.A.A.F. Son avion s’est crashé le 6 septembre 1943, entre Bully et Neufchâtel-en-Bray en Seine-Maritime. Blessé lors de l’atterrissage en parachute, l’aviateur est pris en charge et soigné par des fermiers. Confié à des Résistants, il entame un périple qui le conduit dans le Finistère, à Quimper, Saint-Nic puis Brest. Pour se déplacer, lui ont été fournis de faux papiers. René Salaun et son épouse l’hébergeront durant six semaines dans leur appartement de la rue Jean Jaurès. Finalement, Duane J. Lawhead sera évacué par voie maritime depuis la côte nord du Finistère dans les premiers jours de décembre 1943.

Vers octobre 1943, René Salaun livre un bidon de 50 litres d’essence au Dourduff-en-Mer pour faciliter le départ de 13 volontaires vers l’Angleterre. Cette action lui vaut d’être convoqué à l’Aussenkommando de Bonne-Nouvelle de Kérinou à Lambézellec. Sur place il est confronté avec l’un des volontaires de ce départ avorté. Grâce à une erreur de date dans l’interrogatoire, René Salaun peut justifier sa présence ailleurs grâce à un alibi en béton. Il ressort libre de cette affaire.

Le 14 février 1944, le mouvement Libération Nord est ébranlé par une série d’arrestations dans la région brestoise. Jean-Louis Rolland, Émile Allanic et Louis Dupoux sont arrêtés, ainsi qu’Ernest Salaun, père de René Salaun, vraisemblablement confondu avec son fils par les Allemands.

Lors du siège de Brest en août et septembre 1944, René Salaun est versé au 2ème Bureau des F.F.I. Nous ignorons son rôle au sein de cette structure, tout comme ses activités durant la période de la Libération. Au sortir du siège, René Salaun est sinistré total, avec la perte de son commerce (voir portfolio) et de son appartement.

Le 3 octobre 1944, par arrêté du commissaire régional de la République Victor Le Gorgeu, la fusion de Lambézellec, Saint-Pierre-Quilbignon et Saint-Marc avec Brest est prononcée. Les conseils municipaux et délégations spéciales sont dissous, remplacés par une nouvelle délégation spéciale en charge de l’administration du Grand-Brest. Parmi les membres de cette nouvelle équipe de gestion, figure René Salaun et d’autres résistants.

Composition de la délégation spéciale du Grand-Brest :
- Victor LE GORGEU (Président absent)
- Jules LULLIEN (Président par intérim - Brest - Négociant)
- Émile ALLANIC (Brest - Pharmacien)
- Gaston CHABAL (Brest - Architecte)
- Jeanne GOASGUEN (Brest - Infirmière)
- André LE ROY (Brest - Employé des P.T.T)
- Guillaume MESSAGER (Brest - Professeur du Lycée de Brest)
- Jean RIOUALLEC (Brest - Cheminot)
- Victor SAGET (Brest - Directeur des vapeurs brestois)
- Antoine SALAUN (Brest - Médecin)
- René SALAUN (Brest - Commerçant)
- Michel SCHEIDHAUER (Brest - Colonel de Réserve)
- Louis SALIE (Brest - Contremaître à l’école pratique)
- Yves TANGUY (Brest - Publiciste)
- Pierre TOULLEC (Brest - Instituteur)
- Andrée ANDRIEUX (Lambézellec - Pharmacienne)
- Emmanuel COLIN (Lambézellec - Cultivateur)
- Alain CORRE (Lambézellec - Ouvrier à l’arsenal)
- Edouard RIBAN (Lambézellec - Capitaine)
- Joseph LUSLAC (Lambézellec - Cultivateur)
- Charles DANIEL (Saint-Pierre-Quilbignon - Pharmacien)
- Michel FLOC’H (Saint-Pierre-Quilbignon - Ouvrier à l’arsenal)
- Jean JULIEN (Saint-Pierre-Quilbignon - Instituteur)
- Jean LUCAS (Saint-Pierre-Quilbignon - Médecin)
- François GLOANEC (Saint-Marc - Retraité)
- Yves JAOUEN (Saint-Marc - Expert comptable)

Après cette phrase transitoire, il est élu conseiller municipal en mai 1945. Quelques mois plus tard, René Salaun assiste à la réception du Général De Gaulle le 27 juillet 1945 à Brest, échangeant même une poignée de mains avec lui (voir portfolio). Son mandat s’achèvera en 1947. Parallèlement, il poursuit son activité commerciale et fait valoir ses droits après guerre. Il obtient le grade de Capitaine et reçoit la Croix de Guerre 1939-1945, avec étoile d’argent. Président des combattants volontaires de la Résistance (C.V.R), il sera une des chevilles ouvrières du Concours national de la Résistance et de la déportation (C.N.R.D) dans le département.

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Portfolio

Visite de De Gaulle à Brest (21 Juillet 1945)
Poignée de mains entre René Salaun et Charles De Gaulle.
Archives de Brest (2Fi03851)
Commerce de René Salaun en ruines (septembre 1944)
Commerce Au Gaspillage Alimentaire, 80 rue Jean Jaurès - Brest
Archives de Brest - 2Fi14008
14 juillet 1950, Jean-Yves Donnart reçoit la médaille de la résistance décernée à son père à titre posthume

Sources - Liens

  • Archives municipales de Brest, registre d’état civil (1E232).
  • Archives départementales du Finistère, dossier individuel de combattant volontaire de la Résistance de René Salaun (1622 W).
  • Amicale du réseau C.N.D-Castille, notice synthétique de René Salaun.
  • France-Crashes 39-45, crash du B-17 Rigor Mortis.
  • La Dépêche de Brest, éditions du 1er décembre 1935 et 12 décembre 1935.
  • THOMAS Georges-Michel & LE GRAND Alain, Le Finistère dans la guerre - tome 1, éditions de la Cité, Brest-Paris, 1979.
  • THOMAS Georges-Michel & LE GRAND Alain, Le Finistère dans la guerre - tome 2, éditions de la Cité, Brest-Paris, 1981.
  • KERVELLA André, Brest Rebelle 1939-1945, éditions Skol Vreizh, Morlaix, 1998.
  • Service historique de la Défense de Vincennes, dossiers individuels de résistant de René Salaun (GR 16 P 531671 et GR 28 P 4 252 76) - Non consultés à ce jour.

Remerciements à Françoise Omnes pour la relecture.