DANIEL Charles

Charles Alexandre Daniel épouse Eliane Pothin (1906-1994), le 3 août 1926 à Marseille. Dans les années 30, le couple pose ses valises à Saint-Pierre-Quilbignon pour y tenir une pharmacie au 2 avenue du Polygone (voir portfolio). À la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, Charles Daniel est mobilisé comme lieutenant pharmacien de réserve à l’hôpital Notre-Dame de Guingamp. Prisonnier de guerre en date du 23 juin 1940, de part sa fonction il est rapidement libéré le 15 d’août 1940, lui permettant de retrouver Brest occupée.

Depuis la fin du mois de mars 1941, le réseau de résistance Johnny est établi dans la région de Quimper. Ce réseau cherche à collecter des informations sur les activités allemandes, notamment celles de la Kriegsmarine à Brest. Par relations antérieures à l’Occupation, les agents obtiennent des noms de potentielles recrues. Jean Lavalou, pharmacien du Guilvinec, fournit à Jean Le Roux le nom de Charles Daniel dont la belle famille réside à Kerfeunteun. En mai 1941, le pharmacien brestois est approché par le réseau. Il accepte de servir comme agent de renseignement tout en poursuivant son activité professionnelle. Nous ignorons la nature et le nombre de renseignements qu’il a pu fournir au réseau.

En août 1941, Johnny cherche à se développer, notamment en implantant à Brest un opérateur radio. Cette tâche est confiée à une connaissance de Jean Le Roux, le jeune Rolland Hascoët qui travaille à l’arsenal de Brest comme chaudronnier. Résidant dans un hôtel dans le quartier de Saint-Martin, il lui faut trouver un lieu plus discret pour émettre depuis Brest. Jean Le Roux informe par lettre son nouvel l’opérateur radio qu’il peut se mettre en relation à Brest avec le pharmacien Charles Daniel. La rencontre se réalise mais le pharmacien, sans doute méfiant et peut-être même non prévenu, refuse d’aider Rolland Hascoët.

Quand ce dernier est arrêté à son hôtel le 22 août 1941, est trouvé sur lui la lettre lui indiquant de se mettre en relation avec le pharmacien. Ce qui déclenche inévitablement l’arrestation de Charles Daniel dans la foulée, ainsi que celle des deux compagnons de chambre d’hôtel de Rolland Hascoët. Le pharmacien est d’abord interné à la prison de Pontaniou puis transféré à Angers pour y être interrogé par le Sicherheitsdienst (S.D). Il purge une peine de prison jusqu’au début du mois de juillet 1942, puis regagne Brest.

Sans connaître par quel truchement, Charles Daniel est de nouveau contacté par la résistance, vraisemblablement en octobre 1943. Cette fois, il est approché en même temps que Jean Le Guiner [1] par Maurice Prestaut, l’un des responsables pour la Bretagne du mouvement Défense de la France (D.F). Celui-ci vient à Brest pour renouer les contacts après l’arrestation de Jean Senellier en juillet 1943. Il est question de la reprise de la propagande clandestine du mouvement. Charles Daniel accepte et contribue à l’organisation locale de la réception puis distribution du journal éponyme au mouvement. Son préparateur en pharmacie François Boucher est également recruté pour cette tâche clandestine.

Le lien ne tarde pas à s’établir entre cette branche de D.F et celle renouée par Jacques Boulaire. Outre la propagande, le pharmacien aide à l’hébergement et à la transmission de faux papiers pour les nécessiteux du mouvement. Charles Daniel indique avoir également participé au routage d’aviateurs américains entre Brest et Carhaix en 1944. Cette activité aurait été mené pour Roger Féroc, membre de D.F que l’on sait également avoir été responsable départemental du Finistère pour le réseau Bordeaux-Loupiac. Ce dernier sera tué dans l’explosion de l’abri Sadi-Carnot à Brest le 9 septembre 1944. L’activité de Charles Daniel durant le siège de la ville en août et septembre 1944 ne nous est pas connue.

Après guerre, il sera membre de la délégation spéciale puis membre du conseil municipal de Brest. Il reçoit pour son engagement clandestin la médaille de la Résistance française en 1946.

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Portfolio

Pharmacie Daniel, 2 avenue du Polygone à Saint-Pierre-Quilbignon

Sources - Liens

  • Archives Municipales de Brest, registre d’était civil (1E235).
  • Archives Départementales du Finistère, dossier individuel de combattant volontaire de la résistance de Charles Daniel (1622 W).
  • Ordre de la Libération, Paris, registre des médaillés de la Résistance française.
  • Fondation de la Résistance, Paris, registre des membres du mouvement D.F du Finistère.
  • WIEVIORKA Olivier, Une certaine idée de la Résistance - Défense de la France 1940-1949, éditions Seuil, Paris, 1995.
  • KERVELLA André, Brest Rebelle, éditions Skol Vreizh, 1998.
  • COUANAULT Emmanuel, Des agents ordinaires, le réseau Johnny . 1940-1943, éditions Locus Solus, Châteaulin, 2016.
  • La Dépêche de Brest, édition du 22 novembre 1943.
  • Françaislibrest.net, notice biographique de Charles Daniel.
  • DANIEL Patrice, Geneanet, fiche généalogique de Charles Daniel.
  • Service historique de la Défense de Vincennes, dossiers individuels de Résistant de Charles Daniel (GR 16 P 156419 et GR 28 P 4 221 17) - Non consultés à ce jour.
  • Service historique de la Défense de Caen, dossier d’interné de Charles Daniel (AC 21 P 628470) - Non consulté à ce jour.

Notes

[1Charles Daniel sera client au Crédit Nantais, où travaillait Jean Le Guiner, est-ce par ce biais qu’il se sont connus ?