RIOU Jean

Jean François Marie Riou devance son service militaire en contractant un engagement volontaire pour cinq ans dans la Marine nationale à Brest en mars 1914. Au début de la Première Guerre mondiale, il est affecté à la Brigade de fusiliers marins de l’amiral Ronarc’h. Il participe alors à la bataille de Dixmude en Belgique où il est blessé assez grièvement. Sa tenue au front lui vaut d’être cité à l’ordre du Régiment et de recevoir la Croix de Guerre 1914-1918, avec étoile de bronze. Démobilisé en octobre 1919, le costarmoricain se retire à Paimpol avant de s’établir comme ébéniste au 29 rue du Folgoët (Rue Général De Gaulle de nos jours) à Lesneven. Jean Riou y épouse Gabrielle Stéphan le 20 juillet 1920, avec qui il aura deux filles ; Éliane en 1921 et Simone en 1923. Outre son entreprise artisanale de fabrication de meubles, Jean Riou est également administrateur de l’Hôpital-Hospice de Lesneven.

La période d’entrée en Résistance de Jean Riou est mal définie. Selon les souvenirs de sa fille Éliane en 1991, Jean Riou aurait intégré une organisation clandestine dès 1942. Le registre des membres du mouvement Défense de la France (D.F) indique pour sa part que Jean Riou aurait rejoint la résistance en août 1943. L’identité de son recruteur n’est également pas déterminé.

Quoi qu’il en soit, Jean Riou participe à la diffusion de la propagande en faveur de la Résistance. Il enrôle également plusieurs personnes dans le mouvement, dont Jean Gélébart en septembre 1943 et Jacques Saouzanet quelques temps plus tard. Le 11 mars 1944, il effectue une liaison entre Lesneven et Guissény pour prévenir André Berder et Eugène Foricher que les routes sont barrées. Ces derniers étaient en train de rapatrier des armes destinées à la Résistance sur Lesneven. À cette occasion, le marchand de meubles rencontre Jean Broc’h, résistant actif du secteur.

À l’instauration des groupements cantonaux de Résistance, il prend part à l’organisation de ce qui donnera quelques mois plus tard, le Demi Bataillon F.F.I du canton de Lesneven. Il met à contribution ses filles pour la confection de brassards et plusieurs réunions se déroulent chez lui à Lesneven. L’ancien de Dixmude est en relation avec les hautes instances de la résistance cantonale, notamment Aimé Talec et Henriette Berder.

Les mois passent et les activités clandestines de la famille Riou, d’Yves Corre et d’Yves Pellennec ne semblent pas passer inaperçu à Lesneven. Ces résistants sont victimes d’une dénonciation à la Geheime Feldpolizei (G.F.P) de Brest, rue Jean Jaurès. L’information est ensuite transmise au Kommando de chasse I.C 343, basé à Landerneau. Ce service, de traque et de répression de l’armée allemande contre les activités de la résistance missionne le 2 juin 1944 les supplétifs français Gabriel Poquet et Jean Corre de mener l’enquête. Ils ont pour objectif d’authentifier les informations et si possible, d’en obtenir d’avantage. Les deux collaborateurs optent pour l’infiltration et se rendent à Lesneven, le jour même en moto, munis de brassards F.F.I et de journaux clandestins provenant d’arrestations antérieures.

Dans l’après-midi Poquet et Corre contactent facilement la famille Riou. Convaincants dans leurs rôles de résistants, les deux hommes parviennent à gagner la confiance d’Éliane et Simone Riou qui les introduisent au domicile familiale. La discussion tourne autour de la Résistance, confirmant aux deux supplétifs l’implication de Jean Riou et de toute sa famille, puis d’Yves Corre, dans la résistance locale. L’entretien ne dure pas, les agents Poquet et Corre retournent faire leur rapport à Landerneau. Après leur départ, les filles sont envoyées par Jean Riou auprès d’Aimé Talec à Ploudaniel et de madame Berder à Lanarvily. Le premier est absent et n’est donc pas informé de cette visite. Quant à madame Berder, elle trouve cela suspect et préconise à la famille Riou de se mettre au vert. Dans la soirée, Yves Corre vient manger chez les Riou puis rentre à son domicile.

De leur côté, Jean Corre et Gabriel Poquet, une fois revenus à Landerneau, confirment les renseignements donnés par le G.P.F de Brest et ajoutent d’autres éléments à charge. L’officier Schaad en réfère alors à son supérieur, qui décide d’une rafle le soir même. Les troupes dînent et l’expédition part en direction de Lesneven.

Le 3 juin 1944 vers 2h00 du matin, des perquisitions et arrestations sont effectuées chez plusieurs résistants de Lesneven, dont la famille Riou. Les différents prisonniers sont amenés dans le commerce Riou pour des interrogatoires musclés. La famille Riou subit elle aussi les violences, principalement Éliane et Jean Riou. Les allemands simulent, au moins deux fois, des préparatifs d’exécution sommaire des résistants présents afin de soutirer des informations. Au fil des menaces, intimidations et violences, des noms sont obtenus auprès des prisonniers. D’autres arrestations sont alors effectuées dans la nuit. Au total, ce sont 14 personnes qui sont appréhendées cette nuit là dans le canton. En plus d’Éliane, Simone, Gabrielle et Jean de la famille Riou, il faut ajouter : Joseph Aballéa, Yves Corre, Joseph Foricher, Joseph Garnier, André Guéguen, François Guéguen, Pierre Loaëc, Léon Moal, Yves Pellennec et Aimé Talec. Au petit matin, les prisonniers sont ramenés au manoir Colleville à Landerneau. Dans la cour, les interrogatoires violents reprennent et durent une bonne partie de la journée.

Séparé de sa famille, Jean Riou est transféré à Brest et interné à la prison maritime de Pontaniou. De là, le lesnevien est de nouveau déplacé vers Rennes où il reste interné jusqu’au début d’août 1944. Avec l’approche des troupes américaines, il fait partie du dernier train de prisonniers à quitter la ville en direction, après moult détours, de Belfort. Déporté en Allemagne, il arrive au KL Natzweiler le 26 août 1944 avec près de 280 prisonniers. Jean Riou reçoit le matricule 24028 avant d’être transféré au début du mois de septembre 1944 au KL Dachau. Il y décèdera le 23 janvier 1945 à l’âge de 50 ans.

À titre posthume, il est homologué au grade de sous-lieutenant des Forces françaises de l’intérieur et reçoit la médaille de la Résistance française en 1955. La ville de Lesneven lui rendra hommage en attribuant son nom à une rue de la commune. Son nom figure également sur le monument aux morts de Lesneven ainsi que sur la plaque commémorative des déportés de Lesneven (voir portfolio).

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

Télécharger au format PDF

Portfolio

Plaque commémorative de Lesneven
Plaque se trouvant au carrefour de l’allée des Soupirs, de la rue Jeanne-d’Arc, de la rue des Déportés et de la cité Etienne Airiau.

Sources - Liens

  • Famille Riou-Le Douget, documents et iconographie.
  • Archives de Brest, fonds Joël Le Bras, copies des dépositions d’Herbert Schaad, Jean Corre et Gabriel Poquet en septembre 1944 (153 S 12).
  • Genearmor, case matriculaire de Jean Riou.
  • Ordre de la Libération, Paris, registre des médaillés de la Résistance française.
  • Archives départementales du Finistère, dossier individuel de combattant volontaire de la résistance de Jean Riou (1622 W).
  • Fondation de la Résistance, Paris, registre des membres de Défense de la France du Finistère.
  • Fondation pour la mémoire de la Déportation, registre des déportés (I.273).
  • Arolsen Archives, centre de documentation des persécutions nazies.
  • BROC’H Jean, J’avais des camarades, éditions Le Télégramme, 1949.
  • BOHN Roland, Chronique d’hier - Tome 1, la vie du Léon 1939-1945, édition à compte d’auteur, 1993.
  • Service historique de la Défense de Vincennes, dossier individuel de Résistant de Jean Riou (GR 16 P 512242) - Non consulté à ce jour.
  • Service historique de la Défense de Caen, dossier d’attribution de la mention Mort pour la France (AC 21 P 145991) et dossier de déporté interné de la Résistant de Jean Riou (AC 21 P 652140) - Non consultés à ce jour.