ALLANIC Yves

Yves Marie Emile Allanic est licencié ès sciences. Alors élève en pharmacie, il est appelé à faire son service militaire en 1899. Devenu pharmacien, il épouse Anaïs Guillou le 9 août 1904 à Lanvollon. L’année suivante, leur fille Louise (1905-1998) voit le jour dans la même ville. Très rapidement la famille s’installe à Brest au 37 bis rue de la Rampe (devenue rue Jean Macé). Yves Allanic y gère au rez-de-chaussée du 37, une pharmacie puis la Première Guerre mondiale éclate, il est affecté à l’Hôpital de Campagne n°33 de Vannes. Ses affectations successives l’approcheront du front. En tant que brancardier, il est blessé à l’épaule en portant assistance à des victimes dans un fort de Verdun en 1916. Cette action lui vaudra l’attribution de la Croix de Guerre 1914-1918. Après guerre, il reprend sa vie civile à Brest.

Sa date d’entrée en Résistance n’est pas clairement définie entre 1941 et 1942. Sans devenir un agent à part entière du réseau S.R Marine (P.O.4), Yves Allanic semble mettre son établissement à la disposition de ses employés Jean Saluden et Jean Le Gad pour leur mission de collecte de renseignements. Le 37 rue Jean Macé devenant ainsi, une sorte de boîte aux lettres pour les agents du réseau. Cette mise à disposition dure jusqu’à l’arrestation en août 1942 de Jean Saluden et la fuite vers la Zone Libre de Jean Le Gad.

Non inquiété lors de ce démantèlement, le pharmacien poursuit sa lutte clandestine avec le réseau Cohors ou plus simplement avec le mouvement Libération Nord (L.N). Il faut sans doute voir dans cette adhésion, l’intermédiaire des sœurs Marie-Corentine, Marie-Anne, Marie et Anna-Germaine Piriou ayant elles aussi rejoint le mouvement après avoir travaillées clandestinement avec les deux employés d’Yves Allanic. Dans ce mouvement, son rôle et ses actions sont méconnues jusqu’à l’automne 1943 où il héberge au moins deux aviateurs américains qui attendent une évacuation maritime par le nord Finistère. A cette période, Brest regroupe un grand nombre d’aviateurs alliés tombés en mission dans la région mais pas seulement. Les deux aviateurs dont Yves Allanic a la charge se nomment Vernon Edward Clark et Charles Peter Bronner. Ils appartiennent au 96 Bomb Group, 337 Bomb Squadron de l’U.S.A.A.F. Leur forteresse volante B17 a été abattue le 14 octobre 1943 au dessus de la Meuse. Ils sont confiés à Yves Allanic par Daniel et Yvonne Phélippes de la Marnierre du réseau Jade.

En fin d’année 1943, l’heure est à l’unification des mouvements de la Résistance. Ces pourparlers permettent de poser les bases de l’Armée Secrète (A.S) du Finistère. Dans la foulée en janvier 1944, Victor Le Gorgeu effectue une tournée spéciale dans les quatre départements bretons pour réunir les membres des Comités de la Libération. A Brest, il organise une réunion chez le pharmacien Yves Allanic où sont présents : Jean-Louis Rolland, Charles Berthelot, Mathieu Donnart et Aldéric Lecomte. Au début février 1944, Jean Cadiou rencontre le pharmacien Yves Allanic pour évoquer longuement l’organisation de la résistance dans l’arsenal de Brest. Le 12 février, poursuivant les objectifs d’unification des différents organismes de résistance du Finistère, Jean-Louis Rolland, Yves Allanic et Louis Dupoux se rendent à Kersaint-Landunvez chez le Commissaire-général Pierre Douillard pour régler certaines questions de coopération de la Marine Nationale.

Deux jours plus tard, le 14 février 1944, Yves Allanic est arrêté à son domicile par simple suspicion de la part des Allemands. Au même moment, Jean-Louis Rolland, Louis Dupoux et Ernest Salaün sont également arrêtés. Tous sont enfermés à Pontaniou avant d’être transférés au camp Marguerite à Rennes le 3 juin 1944. Avec l’avance des troupes américaines en Bretagne, le camp est évacué et les prisonniers dirigés par train vers l’Allemagne. Le convoi passe par Nantes puis remonte la Vallée de la Loire. A Langeais, les docteurs Le Duc de Morlaix et Lucas de Saint-Renan proposent à Yves Allanic de tenter une évasion.

Yves Allanic répondant aux docteurs puis aux allemands :

Si je m’évade avec vous, je risque de vous faire prendre, car mon âge ne me permet pas de courir assez vite. Partez, je couvrirai votre fuite.
[...]
Ils sont occupés à compter les morts qui sont étendus en cette cave.
 [1]

Le convoi repart ensuite mais cette fois à pied vers Tours. De là ils sont transportés à Vierzon, Dijon, Dole, Vesoul et enfin Belfort. Quinze jours se sont écoulés depuis leur départ de Rennes. Sur place les Allemands font un tri et ne destinent à l’Allemagne que les présumés coupables, les autres sont relâchés. C’est à cette étape qu’Yves Allanic s’évade grâce à l’institutrice mademoiselle Roussy le 22 octobre 1944. Il gagne la Suisse où l’accueil est chaleureux. Finalement, un autocar le prend en charge et le ramène en France jusqu’à Pontarlier. Il regagne la région brestoise pour y découvrir que son officine et son logement ont été détruits durant le siège de la ville en août et septembre 1944. Il s’établit alors à Carantec et y reste y vivre pour sa retraite.

Pour son engagement clandestin, il reçoit en la médaille de la Résistance française, avec rosette en 1946 et la Croix de Guerre 1939-1945. Yves Allanic était également Chevalier de la Légion d’honneur.

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Portfolio

Pharmacie Allanic, 37 rue Jean Macé à Brest

Sources - Liens

  1. Archives Municipales de Brest, registre d’état-civil (2E155) et dossier biographique d’Yves Allanic (1BIO22).
  2. Ordre de la Libération, registre des médaillés de la Résistance française.
  3. Archives Départementales des Côtes-d’Armor, fiches matriculaire d’Yves Allanic, aimablement transmises par Gilles Cardinal.
  4. Archives Départementales du Finistère, dossier individuel de combattant volontaire de la résistance d’Yves Allanic (1622 W).
  5. France Crashes 39-45, B17 Wabbit Twacks III.
  6. La Dépêche de Brest, édition du 9 juillet 1916.
  7. Service historique de la Défense de Vincennes, dossier individuel de Résistant d’Yves Allanic (GR 16 P 8500) - Non consulté à ce jour.
  8. Service historique de la Défense de Caen, dossier d’interné d’Yves Allanic (AC 21 P 659726) - Non consulté à ce jour.

Notes

[1Quotidien Le Télégramme, édition du 17 septembre 1962.