GILLET Alix

Alix Anne Léocadie Catherine Simottel est la fille de Robert Simottel, originaire de Colmar et de Marie Riou, de Brest. Alix est le deuxième de leurs sept enfants. Son père Robert et ses parents ont été expulsés de Colmar par les Allemands en 1871. Quant à sa mère Marie, elle est fille d’un commissaire de la Marine nationale, d’origine brestoise. Ces atavismes portaient naturellement leur famille à une opposition à toute invasion allemande.

Alix épouse le lorrain Léon Gillet, le 5 juillet 1909 à Brest. Ce dernier, comme son père, est officier colonial, au 6ème Régiment d’infanterie coloniale (6e R.I.C). Simone, leur premier enfant, est née le 30 juillet 1910 à Brest. Dès 1911, Alix va suivre son mari en alternant les séjours outre-mer ou à Brest et Porspoder, notamment à Saint-Louis au Sénégal, Moncay au Tonkin (où naît leur fils Maurice le 21/08/1914), Pékin, Casablanca, Pnom-Penh. En août 1932 c’est un séjour à Aix en Provence jusqu’à la retraite du colonel Gillet en août 1934. Le couple s’est alors installé à Brest, 102 rue Jean-Jaurès. Le 7 place de Verdun actuellement place Maurice Gillet, était contigu au 102 rue Jean-Jaurès, occupé par Amélie Simottel.

L’arrivée des troupes allemandes à Brest les a conduit à se réfugier chez René Simottel (père) au Creac’h Gwen, à Porspoder, le lieu de villégiature et de regroupement de la famille Simottel. La famille Gillet héberge depuis l’été 1939, Jacques et Yannick Desgeans, les enfants aînés de Simone. Leur fils Maurice ayant épousé Marie Maistre le 10 septembre 1940, les parents Gillet laissent l’usage de leur appartement brestois au jeune couple qui y séjourne en passant régulièrement à Porspoder où leur fille Marguerite-Marie est née le 18 août 1941.

L’activité résistante d’Alix s’est exercée dans l’ombre de celle de son mari et de son fils au sein du réseau Alliance. Elle a participé à l’accueil provisoire de clandestins à Porspoder et à la collecte au Créach des renseignements amassés dans les environs de Porspoder ou par la famille Simottel, avant qu’ils ne soient transférés chez son fils à Brest.

Prévenu par Londres d’un danger, Maurice et sa femme sont entrés en clandestinité le 24 septembre 1943, en quittant leur appartement du 102 rue Jean Jaurès. Joël Lemoigne alias Triton, lui-même recherché par la Gestapo, cherche à les y retrouver, à défaut il se rend chez les Gillet à Porspoder le samedi 25 septembre 1943. Alix Gillet insiste alors pour lui donner l’hospitalité malgré l’avis contraire de son mari. Deux jours plus tard, le lundi, les agents de l’Aussenkommando du Sicherheitsdienst (S.D) de Brest font irruption au Créach, à 7 heures du matin et y arrêtent Alix, son mari, ses trois petits enfants, leurs deux bonnes et Joël Lemoigne. Tous sont amenés à Brest, au siège du S.D. à l’école Bonne-Nouvelle à Kérinou. Les deux bonnes sont rapidement libérées, ainsi que les trois petits enfants.

Le 29 septembre 1943, Alix est transférée à la prison Saint-Jacques de Rennes en compagnie de son mari Léon Gillet, de son fils Maurice Gillet, de sa bru Marie Gillet née Maistre, de sa sœur Amélie Simottel, d’André Guyomard, de René Jamault, de Georges Lacroix, de Marie Le Bacquet, des époux René et Marguerite Premel, de René et Pierre Guezenec, de Clara Machtou, de Pierre Letulier, de Joël Lemoigne.

Alix est incarcérée huit mois, avant d’être libérée le 31 mai 1944. Jeanne Maistre devait également être libérée ce jour là mais ne l’a pas été. Alix a été libérée en même temps que René Simottel (fils), détenu volontaire en otage à la place de son père. Ils regagnent Brest en taxi, compte tenu de l’état de santé d’Alix. Le jour de sa libération, Alix Gillet apprend le départ de son mari et de son fils pour l’Allemagne.

Marie Madeleine Fourcade, chef du réseau Alliance a enregistré Alix sous le pseudonyme de Palote [1] avec une entrée au réseau en septembre 1943, comme chargée de mission de 3ème classe (Sous-Lieutenant). Émile Hédin, liquidateur national du réseau lui a fait attribuer la médaille de la résistance sans obtenir la rosette, avec la mention suivante :

Femme d’un mérite exceptionnel. Arrêtée à l’âge de 66 ans lors d’un terrible coup de filet de la Gestapo sur le secteur de Bretagne, a subi sans faiblir neuf mois de prison tenant tête à l’ennemi et refusant de fournir la moindre explication malgré la menace mortelle qui planait sur les siens : son mari, son fils, sa sœur, sa belle-fille, la sœur de sa belle-fille et son neveu qui furent tous massacrés. A eu en outre tous ses biens entièrement pillés et sinistrés. Est l’exemple, le type de la femme et de la mère française, prête à tous les sacrifices pour l’honneur dans la Patrie.

Alix est morte le 9 novembre 1950, à Cannes, chez sa fille Simone Desgeans. Elle repose dans le caveau de la famille Simottel, au cimetière de Recouvrance à Brest.

Publiée le , par BRUN, mise à jour

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Portfolio

Photo de famille à Creac’h Gwen en Porspoder (1942)
De gauche à droite au premier plan : Marie Gillet (née Maistre), Maurice Gillet, Alix Gillet tenant Maggy Gillet dans ses bras. Entre Maurice et Alix, au 2° plan : Amélie Simottel.
Crédit photo : Famille Gillet-Brun - Tous droits réservés

Sources - Liens

  • Archives de la famille Gillet.
  • Ordre de la Libération, Paris, registre des médaillés de la Résistance française.
  • BRUN Bernard, Marie MAISTRE & Maurice GILLET, à compte d’auteur, 2° trimestre 2018, ISBN 978-2-9564468-0-4.

Remerciements à Françoise Omnes pour la relecture de cette notice.

Notes

[1Les pseudonymes des agents du réseau Alliance, aussi nommé Arche de Noé par les Allemands, sont des noms d’animaux. La Palote est un canard souchet.