LACROIX Georges

Georges Joseph Lacroix voit le jour à Metz, alors rattachée à l’Empire allemand suite à la Guerre de 1870. Son père le fait naturaliser Français en 1895. Déserteur de l’Empire, il a d’abord fuit chez des cousins à Marseille avant d’émigrer à Paris. il y souscrit le 13 août 1914, un engagement volontaire à la Légion étrangère au début de la Première Guerre mondiale. Il est cependant affecté immédiatement au 131ème Régiment d’infanterie à Orléans et prend part aux premiers combats au sein de cette unité. Blessé très rapidement à la jambe gauche en 1914, il est réformé et se retire en convalescence au 1 rue de Palerme à Chennevières-sur-Marne. La Guerre n’étant pas terminée mais ne pouvant plus remonter au front, il reprend du service en participant à la formation des conscrits de son département. Sa blessure, lui vaut d’être décoré de la Croix de guerre 1914-1918.

La paix revenue, Georges Lacroix semble s’installer à Tournon-d’Agenais dans le Lot-et-Garonne. Il épouse Eugénie Munsch [1], le 29 juillet 1925 à Paris (18e arr). Le mois suivant cette union, les époux font l’acquisition d’un fonds de commerce de quincaillerie, teintures et d’articles de ménage au 58 rue Jean-Jaurès à Brest. Mais quelques mois seulement après leur installation, les anciens propriétaires rachètent le fonds de commerce en décembre 1925. Le couple Lacroix pose alors ses valises au 4 rue Volney à Lambézellec et ouvre une biscuiterie. Parmi les employés, l’on retrouve leur jeune neveu, Maurice Engel [2]. Le 19 novembre 1934, son épouse Eugénie décède à l’âge de 56 ans. Le messin se remarie l’année suivante avec une voisine, Amélia Pernoud [3], le 12 novembre 1935 à Lambézellec. Depuis janvier 1936, Georges Lacroix loue un appartement au 22 rue Boissy d’Anglas dans le 8° arrondissement de Paris où il a sa résidence coutumière. La débâcle de 1940 a surpris le couple à Paris où une pieuse réunion familiale les avaient conduits dès le 8 Mai. Ils quittent Paris à l’automne 1940 pour rejoindre Brest.

Sous l’occupation allemande, dans le courant de l’année 1941, Georges Lacroix est contacté par Jean Lucas, camarade de régiment de son neveu. Le visiteur est accompagné de Félix Jond, venu de la région parisienne en quête de patriotes brestois. Il cherche à obtenir des renseignements sur l’activité de la Kriegsmarine et propose à Georges Lacroix d’entrer en Résistance. Le biscuiter accepte et débute ses actions clandestines pour le réseau Félix I et II. Son parcours précis est mal déterminé mais il entre en relation avec d’autres Résistants et bascule au service du réseau Alliance en septembre 1942, devenant l’agent S25, pseudonyme Limande ou Le Boeuf. Outre la collecte de renseignements, Georges Lacroix établit des fausses pièces d’identité et aide à l’évacuation vers l’Angleterre ou l’Afrique de ceux devenus indésirables en France ou candidats à l’évasion. Il offre également son lieu de stockage pour abriter le radio émetteur du réseau, manipulé alors par René Prémel. Au printemps 1943, Alliance se rapproche du mouvement Défense de la France (D.F) et également du Front national (F.N) [4].

Hélas, le biscuitier de Lambézellec est arrêté dans la soirée du 27 septembre 1943 à son domicile à Brest. D’autres arrestations d’agents du réseau s’ensuivent, c’est le démantèlement de la branche brestoise d’Alliance. Il est interné dans un premier temps à l’École Bonne-Nouvelle de Kérinou en Lambézellec, siège de l’Aussenkommando du Sicherheitsdienst (S.D) de Brest avant d’être transféré à Rennes où des interrogatoires approfondis sont menés. Transféré à Fresnes le 3 janvier 1944 pour initialiser la procédure Nacht und Nebel (Nuit et Brouillard), Georges Lacroix est ensuite déporté le 25 janvier 1944 à Pforzheim en Allemagne.

Des conditions particulières de détention de Georges Lacroix à Pforzheim, nous ne savons que peu de choses. Il a toutefois faire parvenir deux courriers à sa mère, dont un daté du 7 avril 1944. Il y donne une liste des détenus politiques des deux sexes et des adresses de leurs proches ; ce qui implique des renseignements obtenus par un gardien. Il précise que tous sont en bonne santé mais ces nouvelles rassurantes ne concordent pas avec les traces de sévices qui seront retrouvées plus tard sur certaines dépouilles. L’information essentielle reste la liste des personnes encore en vie. Ces lettres se veulent aussi une attestation de l’humanité d’un gardien alsacien : Friedrich Peisker de Mulhouse, qui s’évertue à adoucir leur détention. Une autre lettre de Lacroix donne des informations similaires et demande le versement de 500 Mark à Mr König, 6 Wildestrasse à Mulhouse, leur gardien ‘’qui leur donne souvent double ration’’.

Le 30 novembre 1944 devant l’avance des troupes Alliés, Georges Lacroix est sorti de sa cellule avec d’autres camarades brestois. Un simulacre de libération s’opère avant un départ en camions vers le bois du Hagenschieβ à environ 2 km de la prison. Là, tous sont abattus d’une balle dans la nuque dans une mare d’eau recouverte de branches après l’action.

Le charnier sera découvert le 25 mai 1945. Les cercueils défilent devant la population réunie par les autorités militaires françaises, puis sont inhumés provisoirement au cimetière de Pforzheim avant d’être rapatriés. À titre posthume, Georges Lacroix obtient la mention Mort pour la France et reçoit les distinctions suivantes :

  • Chevalier de la Légion d’honneur
  • Croix de guerre 1939-1945, avec palme
  • Médaille de la Résistance française (1947)

Un rond-point portant son nom fut inauguré à Brest dans le cadre du 60ème anniversaire de la Libération de la ville en 2004. Suite à la création de la ligne de tramway, ce rond-point a disparu. Une nouvelle rue porte désormais son nom dans le quartier de Saint-Pierre-Quilbignon à Brest. À Pforzheim, une stèle proche de la Hochschule et du Hagerschieβ commémore le supplice des 26 agents d’Alliance, dont celui du biscuitier.

Publiée le , par BRUN, Gildas Priol, mise à jour

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Sources - Liens

  • Archives municipales de Metz, registre d’état civil (1E/C27).
  • Archives municipales de Brest, registres d’état civil (2E/L133 et 3E/L142) et fonds Association Défense de la France (51S).
  • Archives de Paris, case matriculaire de Georges Lacroix.
  • Fondation pour la Mémoire de la Déportation, registre des déportés du réseau Alliance (I.166).
  • Le Maitron, notice biographique de Georges Lacroix.
  • La Dépêche de Brest, éditions du 2 septembre 1925, 25 décembre 1925, 21 novembre 1934 et 25 novembre 1934.
  • Le Télégramme, À la mémoire de deux héros de la Résistance (6 février 1946), Deux héros de la Résistance (7 février 1946) et Hommage à la Résistance et inaugurations (13 septembre 2004).
  • LACROIX Marie, Images françaises de mon frère Georges Lacroix, éditions Brodard & Taupin, 1946.
  • BROC’H Jean, J’avais des camarades, éditions Le Télégramme, 1949.
  • Service historique de la Défense de Vincennes, dossiers individuels de résistant de Georges Lacroix (GR 16 P 327903 et GR 28 P 4 234 17) - Non consultés à ce jour.
  • Service historique de la Défense de Caen, dossier d’interné et d’attribution de la mention Mort pour la France à Georges Lacroix (AC 21 P 471 397 et AC 21 P 60619) - Non consultés à ce jour.

Remerciement à Françoise Omnes pour la relecture de cette notice.

Notes

[1Née le 28 octobre 1878 à Steige ou Sélestat dans le Bas-Rhin, elle avait épousé en 1896 un Clerc de notaire avant de divorcer en 1906.

[2Né le 6 octobre 1909 à Flavigny-sur-Moselle. Marié à Anne Voinot (1916-2013), le 8 juin 1935 à Haroué. Gère la biscuiterie en l’absence de Georges Lacroix. Décédé le 5 janvier 1975 à Nancy.

[3Née à Lille le 4 septembre 1885.

[4Un contact est noué par Paul Masson en juillet 1943 à Brest avec un des chefs du F.N. des Côtes d’Armor ; Joseph Darsel. (cf DARSEL Joseph, La Bretagne au Combat 1939-1945, éditions Ar vorenn, 1985.