GENTIL Jean

Jean Valentin Marie Gentil est fils du responsable syndical agricole de Plouzané et Locmaria-Plouzané. Il a cinq frères (dont un jumeau, Michel) et étudie au Collège Saint-Louis à Brest au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. En pleine débâcle le 18 juin 1940, avec ses frères, il découvre des armes et munitions dans le bourg. Le matériel est aussitôt récupéré et enterré à trois endroits différents près du bois du Poulic sur la route de Ploumoguer.

En juin 1941, les Gentil sympathisent avec le jeune Guy Pape, Morlaisien d’à peine seize ans ayant trouvé refuge à Plouzané. Ce dernier est recherché par les autorités allemandes pour des actes de résistance. Il est hébergé dans la ferme Lars durant trois mois puis s’en retourne à Morlaix. Il sera fait prisonnier lors d’une rafle fin 1943 et déporté à Buchenwald où il décède en février 1944.

Pour passer le temps entre les cours, Jean joue au foot et participe à des pièces de théâtre, au profit notamment des soldats français prisonniers en Allemagne. Grâce à l’instituteur Jean Morvan, il peut écouter Radio Londres au bourg dans une petite maison isolée. En 1943, il devient instituteur à Kerlouan.

En février 1944, son frère aîné Joseph est contacté par Sébastien Ségalen pour former un groupe de Résistance. C’est le début du Groupe Marée auquel se greffe de manière naturelle, les quatre frères Gentil et leur cousin Yves Gentil. Pour l’heure, la discrétion reste de mise est l’on demande à Jean Gentil d’effectuer une surveillance des batteries allemandes dans le secteur Le Minou-Toulbroc’h. Cette tâche lui est facilité par l’interruption des cours, dès mars il rentre à Plouzané.

Après le débarquement en Normandie, l’ossature des compagnies F.F.I se précisent. Le Groupe Marée fait désormais partie des effectif du Groupement Cantonal F.F.I de Saint-Pierre-Quilbignon de Brest-Ouest. Toujours sous les ordres de Sébastien Ségalen, ils sont néanmoins affecté à l’unité de Pierre Hall. En prévision des combats, les frères Gentil tentent de remettre la main sur les armes et munitions qu’ils ont cachés quatre ans auparavant. N’ayant pas mis de repère, ils ne parviennent pas à les localiser. Ces armes et munitions seront retrouvées par des fouilles dans les années 90 (voir Portfolio).

Début août 1944, le parachutage d’armes tant attendu est enfin annoncé, les F.F.I de l’ouest de Brest et de Plouzané rejoignent ceux de Plougonvelin près de Kerzévéon à Locmaria-Plouzané. Durant deux nuits consécutives ils attendent en vain. Les F.F.I de Brest restent sur place tandis que ceux de Plougonvelin et Plouzané retournent chez eux en journée. Dans la nuit du 2 au 3 août 1944 l’avion passe enfin mais ne largue rien d’autre qu’une fusée rouge, annonçant l’annulation du parachutage. Les F.F.I se dispersent et regagnent leurs communes. Une partie des cadres de l’unité se rend à Plouzané où ils établissent leur Poste de Commandement dans l’espoir d’un nouveau parachutage. Le projet initial d’armer rapidement des F.F.I et d’investir Brest le plus rapidement possible semble de plus en plus compromis.

Malgré l’arrivée des américains dans le secteur de Lesneven le 8 août, les consignes pour Jean et ses camarades sont toujours d’attendre. Le manque d’armes rend caduque une grande partie des plans. A défaut de pouvoir se battre, les F.F.I de Plouzané aident comme ils peuvent les réfugiés brestois. Le 14 août, Pierre Hall reçoit l’ordre de Baptiste Faucher, de gagner Tréouergat. Cette décision d’éloigner les F.F.I de leur zone désignée de combat résulte de la situation critique de l’armement et de l’évacuation massif de la population brestoise. Le choix de l’État-Major F.F.I de Brest est alors de reconstituer ses unités à l’extérieur de Brest et d’entamer les combats aux côtés des américains et non de manière insurrectionnelle comme il était initialement prévu.

La première étape pour les plouzanéens est de gagner l’est de Lanrivoaré, au maquis de la ferme de Neven. Ils y rencontrent les hommes de la Compagnie F.F.I de Saint-Renan et leurs premiers américains. Jean Gentil se souvient avoir dessiné une carte du Finistère pour des soldats U.S qui cherchaient à se repérer.

Le groupe prend ensuite la direction du maquis de Kergoff en Tréouergat pour la distribution des armes. Ils espèrent revoir Sébastien Ségalen mais de fortes dissensions sont apparues entre leur chef historique, Pierre Hall et Marcel Pirou. Le groupement cantonal a implosé en trois groupes. Pierre Hall incorpore ses hommes dans la Compagnie F.F.I de Saint-Renan, formant ainsi la 1ère Section cette unité. La fratrie Gentil est regroupée au sein du 4ème Groupe sous les ordres de Jean Hall. Le 17 août, Jean et son groupe sont convoyés à Saint-Pabu pour être enfin armés. L’instruction est sommaire puis c’est le retour à Neven.

Composition du groupe de Combat
- CALLAC François
- CLOÂTRE Paul
- GENTIL Jean
- GENTIL Joseph
- GENTIL Marcel
- GENTIL Michel
- GENTIL Yves
- HALL Jean (chef de groupe)
- LE MAO Claude
- PELLEN René
- QUEMENEUR François
- ROLLAND Henri

Les patrouilles s’enchaînent dans le secteur tandis que les allemands renforcent leurs positions au sud de Brest Guipavas au Conquet. Toute la compagnie participe à la réduction de cette poche en passant par Saint-Renan, Lamber, Kervadéza puis Locmaria-Plouzané. Viennent ensuite les combats à Plougonvelin où le 1er septembre 1944, le groupe de Jean fait une incursion dans les lignes allemandes et parvient à faire de nombreux prisonniers.

Enhardis, ils décident d’y retourner, notamment pour récupérer le matériel mais à l’approche de la position, ils sont accueillis par des tirs et des grenades. Son frère jumeau Michel est blessé par des éclats de grenade avec une partie du groupe. C’est Jean qui le porte jusqu’à l’hôpital de campagne américain situé à Kervadéza en Ploumoguer pour les soins. L’issue aurait pu être dramatique pour le groupe, le même jour, deux F.F.I de la Compagnie sont tués dans le même secteur lors d’une opération similaire.

Il retourne ensuite au front. Les combats durent pour la Compagnie jusqu’au 10 septembre, date de la reddition complète de la poche allemande. Ils sont maintenus sur place quelques jours avant d’être envoyés à Saint-Renan en prévision d’un déploiement dans les rues de Brest mais la capitulation allemande le 18 septembre met fin aux combats.

Il est démobilisé des F.F.I le 27 septembre 1944. Après guerre il devient le responsable de secteur à la fédération nationale des producteurs de plants de pommes de terre.Il épouse Marie Thérèse Lareur le 19 juillet 1949 à Plouzané. A ce jour, Jean Gentil est l’un des quatre derniers F.F.I de la Compagnie de Saint-Renan encore en vie.

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Portfolio

Jean et Joseph Gentil (années 90)
Photo prise après la découverte des caches d’armes et munitions des frères Gentil.
Crédit photo : Famille Gentil
La fratrie Gentil (années 30)
De gauche à droite : Pierre, André, Marcel, Jean, Michel et Joseph Gentil.
Crédit photo : Famille Gentil
Groupe 4, Section 1, Cie F.F.I de Saint-Renan
Crédit photo : Famille Gentil
70ème anniversaire de la Libération (2014)
Photo prise lors de la cérémonie du Cosquer en Plougonvelin, en hommage aux F.F.I tombés au combat. De gauche à droite : Jean Gentil, René Pellen, Bernard Gouerec (maire de Plougonvelin) et Roger Priol.

Sources - Liens

  1. Commune de Plouzané, registre d’état-civil.
  2. GENTIL Jean, témoignage et iconographie.
  3. Archives des F.F.I de l’arrondissement de Brest, documents relatifs à la Compagnie F.F.I de Saint-Renan.
  4. Service Historique de la Défense de Vincennes, dossier individuel de Résistant de Jean Gentil (GR 16 P 250935), aimablement transmis par Edi Sizun en 2016.
  5. GENTIL Joseph, La Résistance dans le canton de Saint-Renan, éditions Delpresse, 1994.