MENDRÈS Jacob

Jacob Mendrès est orphelin très jeune, il est alors pris en charge par ses sœurs ainés. En 1928, à l’âge de onze ans et demi, il quitte l’école pour travailler dans une ferme à Saint-Évarzec. Il rejoint quelques temps après sa sœur aînée sur Quimper où il apprend le métier de maçon. En 1936, Jacob Mendrès s’installe à Brest et travaille dans le bâtiment. Avec un camarade de Plomelin, il adhère au Parti Communiste Français (P.C.F) et y milite à la cellule de Recouvrance. Il change ensuite d’entreprise et participe aux travaux de la caserne de Pontanézen. Il y fait la connaissance de Germain Riou qui le fait basculer en mai 1937, à la cellule du P.C.F de Lambézellec. Dans la foulée, le jeune maçon emménage là-bas pour se rapprocher de son chantier.

En octobre 1937, Jacob Mendrès est appelé à faire son service militaire au 2ème Régiment d’infanterie coloniale (2e R.I.C) de Brest. Il y passe ses permis de conduire poids lourds. Fin août 1939, son unité quitte Brest et prend position dans le secteur du camp de Bitche, près de Strasbourg. Affecté au ravitaillement, Jacob Mendrès passe la drôle de guerre sur les bords du Rhin. En mai 1940, durant la percée allemande, il se trouve dans la région d’Amiens. Fin mai, son bataillon subit de lourdes pertes et manquant d’être encerclé, la retraite est ordonnée. Après un long périple qui le conduit à Montauban le 20 juin 1940, avec 200 hommes et une vingtaine de camions, Jacob Mendrès est finalement envoyé à Quimper le 9 septembre 1940 pour être démobilisé.

Il retrouve Brest le lendemain pour y chercher du travail. Il renoue également les contacts avec les militants du P.C.F clandestin par l’intermédiaire de Germain Riou. Avec ce dernier et Jean Goasguen, ils forment pour le parti un Triangle le 12 septembre 1940, dont le but est la poursuite du militantisme dans leur quartier et sur les chantiers de la Todt, par la diffusion du journal clandestin L’Humanité, des inscriptions à la craie et le collage de papillons. Lors de la noël 1940, avec son collègue Jos Lamandé, Jacob Mendrès est malmené par des allemands ivres dans le centre ville de Brest. En réaction, après être rentrés à leur domicile, les deux maçons ressortent avec un rasoir à la recherche de véhicules allemands pour lacérer les pneus. Ils répèteront par la suite ces représailles, toujours après le couvre-feu.

En janvier 1941, le P.C.F structure et coordonne ses actions avec l’instauration de l’Organisation Spéciale (O.S). Jacob Mendrès intègre l’O.S du Bâtiment avec la consigne de débuter la sape pour ralentir les constructions destinées aux allemands. Excès de zèle, amoindrissement de la qualité du béton et mauvaises ligatures de la ferraille sont les premières entraves entreprises par lui et ses collègues. La propagande du parti et du Front National (F.N) se poursuit également grâce à Carlo De Bortoli qui fournit régulièrement la matière éditoriale.

Le 7 avril 1942, il épouse à Saint-Goazec Françoise Guéguen, cousine de Germain Riou. Le couple emménage alors au 49 rue Jean-Jaurès à Lambézellec. Nouveau changement d’entreprise avec cette fois un poste de chef de chantier chez Gilardi Frères où il retrouve Albert Rannou, un ami du parti. L’entreprise travaille elle aussi pour l’organisation Todt, d’abord sur la ligne de défense de Keranroux puis en fin avril 1942, à la base sous-marine de Laninon. La Résistance communiste muscle ses actions et parallèlement à la mutation des groupes de l’.O.S en Francs-Tireurs et Partisans (F.T.P), un attentat à l’explosif doit viser l’École Navale le 1er mai 1942. Jacob Mendrès, Yvon Le Berre, Carlo De Bortoli et d’autres ont participé aux préparatifs mais Albert Abalain qui apportent les explosifs doit les abandonner en gare de Brest pour échapper à un contrôle des bagages. Une nouvelle opération de sabotage à l’explosif est menée le 8 mai 1942 par Albert Rannou et Jacob Mendrès sur deux gros moteurs diesel dans la base sous-marine. Huit jours après, les deux comparses quittent la base sous-marine allemande et sont affectés à un autre chantier.

En octobre 1942, après les nombreuses arrestations et la fuite de Pierre Corre, Jacob Mendrès entre au Triangle de direction militaire des F.T.P de Brest avec Jean Pierre Reste et Gabriel Paul. Le maçon est particulièrement responsable des opérations de nuit. Il semble également entrer au Triangle de direction du P.C.F. Durant cette période, la diffusion de la propagande et la planification des opérations continuent. En avril 1943, quelqu’un se présente au bureau de la société où il travaille pour le rencontrer, le maçon pense alors qu’il est pisté par les services de sûreté allemands ou de Vichy. En plus de ses activités, il héberge à deux reprises Yves Autret, l’un des responsable F.T.P du Finistère. Dans la nuit du 13 au 14 juillet 1943, Jacob Mendrès participe avec Germain Riou, Georges Larvor et Louis Berthou à la mise en place de rubans tricolores sur des fils téléphoniques et à de nombreuses inscriptions murales dans le bourg de Lambézellec.

À partir de septembre 1943, il travaille avec Germain Riou, Luigi Pezziga et d’autres copains sur un chantier de construction de baraquements pour sous-mariniers dans un bois entre Plouarzel et Saint-Renan (propriété De Taisne ?). Sur le chantier, des quêtes mensuelles sont organisées pour le Secours Populaire clandestin du P.C.F. Suspicieux envers un ouvrier auvergnat, ordre est donné de ne pas le solliciter pour la quête, ce qui sera néanmoins fait. Peu de temps après, un homme se présente sur le chantier et veut discuter avec Jacob Mendrès, qui méfiant, éconduit l’étranger. C’était la deuxième fois qu’on le démarche ; la première fut pour entrer au maquis quelques temps auparavant, là encore Mendrès, craignant qu’on lui tende un piège, indiqua qu’il devait y avoir erreur sur la personne. À la toute fin de l’année 1943, trois membres de l’Aussenkommando du Sicherheitsdienst (S.D) de Brest se présentèrent sur le chantier pour appréhender le Saint-Évarzécois. Grâce à l’aide d’ouvriers, le résistant parvient à échapper à la capture. Son domicile est désormais surveillé, il devient impératif de prendre le large.

Il se rend alors chez Noël Léost, un ancien apprenti qu’il a formé, au Relecq-Kerhuon pour y passer la nuit. Le lendemain 1er janvier 1944, Jacob Mendrès prend le train à la gare du Rody et file sur Rosporden. De Rosporden, il part se cacher chez des amis à Tourc’h. Trois semaines plus tard il rejoint sa femme et sa fille à Saint-Goazec, où elles se sont réfugiées pour fuir les bombardements. Grâce à une complicité à la mairie, Jacob Mendrès change d’identité et devient Jacques Guéguen. Dans le courant de l’année 1944, il se rapproche des maquisards de Saint-Goazec et intègre le Bataillon F.T.P Stalingrad comme chef de section. Il est ensuite détaché auprès de l’état-major départemental des F.T.P comme Commissaire à la sécurité, pour effectuer les liaisons avec les Bataillons Stalingrad et Normandie. À la Libération, il est démobilisé des F.T.P. Il retourne à la vie civile et retrouve son immeuble éventré lors du siège de la ville en août et septembre 1944.

Après la guerre, il continue à travailler dans le bâtiment et les travaux publics. Il poursuit également son militantisme communiste jusque dans les années 60. Peu de temps auparavant, il participera à la création du comité finistérien de l’A.N.A.C.R 29, dont sa fille Anne Friant-Mendrès est à ce jour la présidente.

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Portfolio

Jacob Mendrès lors de son service militaire

Sources - Liens

  • Archives départementales du Finistère, dossier individuel de combattant volontaire de la résistance de Jacob Mendrès (1622 W).
  • KERBAUL Eugène, 1270 militants du Finistère (1918-1945), à compte d’auteur, Paris, 1985.
  • KERBAUL Eugène, Cahier de mise à jour - 1485 militants du Finistère (1918-1945), à compte d’auteur, Paris, 1986.
  • KERBAUL Eugène, Chronique d’une section communiste de province (Brest, janvier 1935 - janvier 1943), à compte d’auteur, Paris, 1992.
  • MENDRÈS Jacob, Un jeune ouvrier du bâtiment dans la tourmente de l’Occupation, à compte d’auteur, 1999.
  • Le Maitron, notice biographique de Jacob Mendrès.
  • La Dépêche de Brest, éditions du 16 février 1942 et 27 février 1942.
  • Service historique de la Défense de Vincennes, dossier individuel de Résistant de Jacob Mendrès (GR 16 P 410343) - Non consulté à ce jour.