PRIOL Roger

Roger Servais Priol est né à Paris, de parents Finistériens émigrés pour le travail à la capitale. Son frère Jean, de quatre ans son aîné, était né, quant à lui à Rennes. Après une scolarité classique, Roger obtient un CAP ajusteur-fraiseur. A la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, son frère est mobilisé, il décéde en Tunisie d’une dysenterie sur le front de la ligne Mareth (Tunisie) en janvier 1940.

Lors de l’avance allemande en juin 1940, la famille quitte Paris et après maintes péripéties, s’installe à Plougonvelin dans leur résidence secondaire. Une très modeste maisonnette construite dans la seconde moitié des années trente, grâce à la vente d’un petit jardinet ouvrier de Paris. Roger trouve alors du travail au port de Brest chez Dubigeon avant d’être licencié faute de commandes. Il remonte sur Paris durant le second semestre 1940 et revient à Plougonvelin à la fin d’année, son père lui ayant trouvé une forge qui cherche un repreneur. Mais Roger ne se sent pas apte et refuse. Il s’occupe alors dans de nombreux petits boulots dans la région et sur Brest sous l’Occupation.

En revenant à Plougonvelin, il retrouve son amie Simone Scieller, étudiante à Brest en passe de devenir institutrice. Elle lui propose, fin décembre 1940 [1], d’œuvrer pour un groupe Trotskiste et de distribuer des tracts dont le contenu est un appel destiné aux soldats allemands, les invitant à cesser le combat contre leurs frères de classe et de ne pas se battre pour le Capital. Ce sont les balbutiements de la Résistance, les tracts sont petits et ronéotés à la main. Roger les distribue dans le bourg et sur les chantiers de la Todt, notamment à celui de Trémeur où il travaille. C’est sur ce chantier qu’un de ses collègues le démasque. En guise de sympathie et de soutien à son action, ce dernier offre à Roger un revolver Manufrance 7.65. La distribution des tracts va se poursuivre jusqu’à début 1942, le départ de Simone pour la Mayenne coupant l’approvisionnement.

Roger profite également de la cave de son ami Jean Saniel [2], pour écouter à la nuit venue, l’émission Radio Londres et également Radio Paris, pour comparatif.

Parallèlement à ses petits boulots, il parvient avec l’aide d’un complice, à détourner des sacs de ciment destinés à la batterie allemande de Kéringar, pour agrandir la maison et y construire une cuisine. Roger travaille ensuite aux Contributions indirectes pour la révision des bâtis. Son employeur ne pouvant se déplacer de Brest, faute de moyen de transport pratique, c’est Roger qui écume Locmaria-Plouzané. Ce boulot lui permet d’accéder à des parties interdites du littoral. Il va alors noter toutes les présences allemandes à Porsmilin, aux Rospects et Trémeur... Pour le moment il ne sait à qui confier ses informations, faute de contact avec la Résistance.

Au château de Quéléren, il pousse la curiosité un peu trop loin malgré l’avertissement du gardien. Il est alors arrêté par les soldats allemands et conduit à Brest à la caserne Fautras pour interrogatoire. Des officiers allemands, parlant très bien le français le questionnent durant deux heures, tentant de le piéger par des questions sinueuses. Roger appréhende qu’une perquisition soit menée chez ses parents à Plougonvelin, ils y trouveraient quelques tracts trotskites et surtout son revolver, planqués sous le matelas. Roger hésite à tenter une évasion lors d’un moment où la garde est légère et une fenêtre ouverte. Craignant que ce soit un piège, il s’abstient de toute initiative. Il est conduit ensuite au fort du Portzic et pense que c’est la fin, qu’il est vraiment en état d’arrestation. Mais l’officier revient et lui annonce :

Nous savons que vous n’êtes pas un espion.

Soulagé, Roger se paye même le luxe de demander aux Allemands de le ramener à Plougonvelin, ce qu’ils font. Cet incident se passe durant la période d’appareillage des croiseurs lourds allemands Gneisenau, Prinz-Eugen et Scharnhorst en début février 1942.

L’inactivité pèse à Roger Priol. Il souhaite rallier l’Angleterre pour rejoindre les Forces Françaises Libres. Une première tentative, tôt sous l’occupation, avait échoué car le bateau de son copain Claude Le Mao, avec qui il devait partir, avait été fracassé sur les rochers du Trez-Hir par des allemands peu précautionneux. Son état d’esprit n’a pas changé entre temps et il tente par plusieurs voies, notamment une par une connaissance du Conquet pour passer en Espagne. Mais son contact part sans lui, le voyage coûtant cher, il n’avait pas osé en parler à Roger Priol qui n’aurait pu se le payer.

En juillet 1942, il pose avec les joueurs de foot (équipes junior et sénior) de Plougonvelin, quelques fleurs sur le monument aux morts (voir photo) en hommage à ceux de 14/18, ce qui est totalement prohibé par l’occupant. Il tente ensuite, poussé par des on-dit, à trouver un navire sur la côte, qui accepterait de l’envoyer en Angleterre. Il cherche en début 1943 une voie de départ à Nantes, La Baule et Concarneau, en vain.

Avec le recul, je me rends compte de ma naïveté. Tous les ports à l’époque étaient soumis aux mêmes contraintes et les gens étaient méfiants, je ne connaissais personne dans ces secteur, il n’y avait donc aucune chance que je puisse passer en Angleterre.

En 1943, les réquisitions pour le Service du Travail Obligatoire (S.T.O) débutent, Roger est requis, il est dans la bonne tranche d’âge de départ. Heureusement, les gendarmes du Conquet passent la veille à sa maison pour prévenir qu’ils viendront le lendemain le chercher. Résultat, l’intéressé est absent. Peu de personnes du secteur furent envoyés au S.T.O, les gendarmes limitaient autant qu’il pouvait les enrôlement.

Retour à Plougonvelin où l’attente dure jusqu’au mois de mai 1943. Son bon ami de Porsmilin, Joseph Quéré, lui présente un résistant de Brest qui se fait appeler Grand Turc. Ce dernier monte des groupes dans la région de Brest et lui confie la mission de faire du renseignement. Roger est déçu, il espérait par cet homme pouvoir gagner l’Angleterre ou faire des actions armés. Son moral est néanmoins fortement revigoré. Les consignes sont strictes, il ne doit rien dire à sa famille ni à ses amis, il doit choisir un pseudonyme (Loir, qui deviendra Loup) et ne pas chercher à recruter d’autres résistants. Roger s’exécute, lui confie les informations qu’il avait déjà relevé en 1942 et se remet à faire des recherches. Il a également de nouveaux tracts à distribuer mais ceux-ci tranchent avec les anciens Trotskistes, ils rappellent que la guerre n’est pas finie, qu’il faut lutter contre l’Occupation et la collaboration. Le réseau ou mouvement de Résistance, ainsi que l’identité de Grand Turc, restent à ce jour inconnus mais nous pensons qu’il faisait parti du groupe Jean-Marin qui évoluait à partir de Brest, sur tout le littoral ouest.

Roger Priol fournit alors des renseignements sur :
- La batterie de Kéringar
- Les bunkers du Trez-Hir et sur le reste de la côte
- Les obstacles anti-débarquement des plages
- Le poste de direction de tir de Keromnes
- L’état-major allemand (Kommandantur) basée au Trez-Hir
- Les sous-mariniers en repos qui logent à Kermaria ou à l’hôtel des bains

Juin 1944, le débarquement en Normandie provoque l’euphorie, rapidement, Grand Turc sonne le rassemblement. Roger découvre l’importance du cloisonnement dans son organisation en découvrant lors d’une réunion sur les hauteurs de Porsmilin, que des amis proches sont aussi de la partie. Les consignes sont de recruter en prévision de l’insurrection, former des groupes de combats et attendre les consignes et surtout ne pas agir sans ordres. Au total, en quelques jours, c’est une trentaine de Plougonvelinois et réfugiés brestois qui répondent à l’appel. Tous sont volontaires, même des pères de famille.

Mais cette agitation soudaine attire à Roger des ennuis, Grand Turc le fait prévenir de Brest qu’il a été dénoncé, qu’il doit quitter sur le champ la commune et trouver refuge au presbytère de Plouzané. De là, après une nuit à dormir dans le grenier en compagnie d’un autre jeune homme dont il ignore l’identité, Roger est envoyé dans une ferme à Ty Ruz. Il y reste presque trois semaines, aidant aux travaux de la ferme.

J’aurai voulu savoir pourquoi l’on m’avait dénoncé, peu importe l’identité, ce n’était pas pour me venger mais j’aurai vraiment voulu savoir pourquoi une telle dénonciation ?

Mi-juillet, il est de retour à Plougonvelin où l’organisation se poursuit, il n’y a cependant toujours pas d’armes. Le groupe est mis en alerte début août 1944, un parachutage d’armes est organisé près de la ferme de Kerzévéon à Locmaria-Plouzané. Durant trois nuits, plusieurs groupes locaux, dont certains de Brest, se rassemblent dans l’espoir de voir un appareil anglais. Dans la nuit du 2 au 3 août, au troisième soir, l’avion passe mais ne largue rien, jugeant le terrain trop dangereux. Déçu, le groupe regagne Plougonvelin. Par la suite, des consignes sont données de rejoindre Tréouergat par petits groupes ou individuellement pour ne pas éveiller les soupçons. Se trouve là-bas le maquis du bataillon F.F.I de Ploudalmézeau. Les résistants gagnent à pieds ce bastion et sont enfin armés et pour beaucoup, passage obligé par l’instruction, peu ont déjà manipulé des armes.

En prévision des combats, Roger Priol, qui jusqu’alors faisait partie des meneurs, donne la direction de son groupe à un combattant aguerri, Michel Quéré adjudant dans la Légion Étrangère. Rapidement les F.F.I sont envoyés en patrouille ou en contrôle de secteur. Roger fait équipe avec Jean Cam avec un fusil mitrailleur. Le groupement dont fait partie Roger est fusionné avec la Compagnie F.F.I de Saint-Renan.

Composition du groupe 1, première section de la Compagnie :
- CAM Jean
- DAUCHET Léonce
- GOALES Jean
- GUENA Yves (père du ministre)
- HERVÉOU François
- KERMARREC François
- LAURENT Frédéric (n’a pas 16 ans)
- LAURENT Pierre
- MALGORN Michel
- PRIOL Roger
- QUERE Michel (chef de groupe)
- RAGUENES François
- RAOUL René

Les combats les mèneront à Plourin, Ploudalmézeau, Brélès, Lanrivoaré, les faubourgs de Saint-Renan où ils rencontrent pour la première fois les Américains. Exceptés les jeunes, le groupe de Roger a la meilleure composition militaire de la Compagnie, ils sont alors détachés auprès du 2nd Ranger Battalion pour servir d’éclaireurs. Avec cette unité, ils participeront à la libération de Locmaria-Plouzané, à l’isolement de la poche du Conquet vis à vis de celle de Brest. Puis ce seront les combats du verrou de Goasmeur et le ratissage de la zone jusqu’au Lannou. Le groupe n°1 perd Léonce Dauchet, tué par un obus et a deux blessés ; René Raoul et Jean Goalès.

Au 8 septembre 1944, après deux semaines en tête de ligne avec les troupes américaines, le groupe est envoyé, contre leur gré, au repos au château de Quéléren où un ami de Yves Guéna les prend en photo (voir le portfolio). Ne pouvant rester sans rien faire alors que les combats sont désormais à Plougonvelin, le groupe décide de s’octroyer une nuit de sommeil et de partir au petit matin pour retrouver la compagnie ou les Américains. Le 9 septembre, ils se portent près de Trémeur en prévision de l’attaque quand l’annonce de la reddition de la batterie de Kéringar intervient.

La compagnie fait mouvement vers Saint-Renan en prévision d’un déploiement sur Brest mais le groupe n°1 de Michel Quéré est maintenu à Plougonvelin pour assurer la police et la remise en route de la commune. Roger s’occupe particulièrement du ravitaillement, cela fait trois mois qu’il n’y a plus de pain sur la commune.

Après la libération du secteur, Roger est maintenu avec d’autres sur la commune pour des réparations, la commune ayant subi de lourds bombardements. Voulant s’engager comme ses copains à Landerneau, il est convaincu par Henri Rol-Tanguy, alors en visite chez son oncle au Trez-Hir, d’intégrer la police parisienne. Roger monte alors à Paris mais finalement n’entre pas dans la Police mais à la D.G.E.R où il rencontrera sa femme, Jacqueline Patureau.

Il quittera les services de renseignements français de l’après-guerre pour faire carrière dans la Marine marchande puis en fin de carrière dans l’engineering. Il prend sa retraite en 1979 et revient à Plougonvelin. Fin de années 90, il monte avec d’anciens F.F.I de sa compagnie, une association pour perpétuer le souvenir.

En 2014, dernier survivant de son groupe ? il publie un petit ouvrage pour le 70e anniversaire de la Libération afin que ce qu’ils ont fait avec ses amis ne tombe pas dans l’oubli. Il y évoque son parcours durant cette période. L’ouvrage est consultable aux Archives de Brest ainsi qu’à la médiathèque Keraudy à Plougonvelin.

Les dernières années de sa vie, il aimait se rendre dans les établissements scolaires pour évoquer cette période avec les élèves.

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Portfolio

Groupe 1, Section 1, Cie F.F.I de Saint-Renan
Photo prise au manoir de Keledern à Locmaria-Plouzané le 8 septembre 1944. De gauche à droite : François Raguenes, François Kermarrec, Pierre Laurent, Yves Guena, Jean Cam, Roger Priol, Michel Quere. Au premier rang accroupis : François Herveou, Frédéric Laurent, Michel Malgorn.
L’enfant au milieu de la photo est le fils du photographe, Mr Poupon.
Crédit photo : famille Priol
Dernière photo de famille
Septembre 1939, la France entre en guerre contre l’Allemagne, c’est l’heure de la Mobilisation générale. Les quatre Priol pose en photo devant la petite maison de Plougonvelin avant le départ de Jean (1er à gauche) sur le front.
Crédit photo : Famille Priol
Roger Priol - 8 septembre 1944
Crédit photo : Famille Priol
Monument F.F.I du Cosquer
Roger Priol à côté du monument en hommage aux F.F.I de sa compagnie tués au combat.
14 juillet 1942 à Plougonvelin
Les joueurs de foot de Plougonvelin déposent des fleurs devant le monument aux morts de Plougonvelin le 14 juillet 1942. Ce genre d’hommage était totalement interdit sous l’occupation, les participants s’exposent à de lourdes sanctions.
Crédit photo : Famille Priol

Sources - Liens

  1. PRIOL Roger, Mémoires d’un résistant de Plougonvelin, auto édition, Plougonvelin, 2014.
  2. Famille Priol, documents & iconographie.
  3. Musée du Ponant à Saint-Renan, fonds Baptiste Faucher, archives de la Compagnie F.F.I de Saint-Renan.

Remerciement à Mikaël Cabon pour la relecture.

Notes

[1Il est possible que ce soit plutôt au début 1941, ses souvenirs étaient incertains sur cette période dans son témoignage.

[2Ce dernier sera inquiété après guerre et visé par un procès pour collaboration, Roger Priol viendra témoigner à décharge.