GOALÈS Jean

Jean Goalès est tout jeune quand son père, quartier-maître chauffeur sur le croiseur-cuirassé Amiral Charner, disparaît en mer lors de la Première Guerre mondiale en 1916. Adopté comme pupille de la nation en 1918, il étudie à l’École Vauban de Recouvrance puis réussit le concours d’entrée de l’École pratique d’industrie et de commerce en juillet 1923. L’année suivante, Jean Goalès a la douleur de perdre sa mère. Orphelin, c’est désormais sa grand-mère maternelle qui l’assiste. Ses études le conduisent à entrer comme ouvrier à l’Arsenal de Brest. Jean Goalès épouse en premières noces Simonne Balch, le 5 avril 1929 à Brest. Dans les années 30, il s’investit dans l’animation de son quartier, notamment sur le plan sportif en arbitrant des matchs de football ou en entraînant les coureurs cyclistes. En mai 1935, il devient le président de la toute jeune association sportive de l’Amicale cycliste de Recouvrance (A.C.R). En 1936 il devient le vice-président du Comité des fêtes de Recouvrance. Jean Goalès divorce et se remarie avec Berthe Hamel (1909-1997), en novembre 1937 à la mairie annexe de Recouvrance à Brest. Le couple réside alors au 33 rue Neuve.

À la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, Jean Goalès est mobilisé dans la Marine nationale comme quartier-maître mécanicien. Son parcours durant la Guerre 1939-1940 est inconnu, il est cependant démobilisé à Casablanca en août 1940. Il parvient ensuite à rallier Toulon et regagne Brest fin septembre 1940. Dès son arrivée, il retrouve son poste à l’Arsenal mais ne tarde pas à en être licencié en décembre 1940. Jean Goalès se fait alors embaucher dans l’entreprise Guérif & Moreau, en mécanique générale rue Armorique à Saint-Pierre-Quilbignon. En septembre 1942, leur premier enfant voit le jour mais quelques mois plus tard au début de l’année 1943, du fait de la reprise des bombardements sur Brest, la famille s’expatrie à Plougonvelin dans une maison sur la route de Bertheaume. Jean Goalès continue de travailler néanmoins à Saint-Pierre-Quilbignon.

Son entrée en Résistance est assez mal définie, il aurait commencé à partir mai 1942, à fournir des renseignements sur les activités allemandes à Marcel Pirou du Groupe Deumars. Il connaît d’ailleurs bien ce dernier de par le comité des fêtes de Recouvrance. Il est avéré qu’outre ce premier groupe, Jean Goalès rend également le même service clandestin à Grand Turc depuis son installation dans la région de Plougonvelin. Suspecté en juin 1943, il aurait été arrêté et interné durant un mois avant d’être relâché faute de preuve.

Cette activité clandestine de collecte de renseignements se poursuit jusqu’au mois de juin 1944. Dans les jours qui suivent le débarquement en Normandie, il est convoqué par Grand Turc sur les hauteurs de Porsmilin. Jean Goalès découvre alors que François Hervéou et Roger Priol, avec qui il joue au football à Plougonvelin (en tant qu’arbitre), font également partie du même réseau de Résistance. Se trouvent également à cette réunion Joseph Quéré de Porsmilin et le carrossier Pierre Laurent, lui aussi réfugié de Brest. Les nouvelles consignes sont alors de poursuivre le renseignement militaire mais désormais de recruter des volontaires pour former des groupes de combats. La discrétion doit rester en vigueur et aucune action ne doit être lancée sans l’accord de la hiérarchie. Ce groupe de résistants recrute environ une trentaine de personnes entre juin et juillet 1944, toutes les personnes contactées sont volontaires, même les chargés de famille.

Si le recrutement va bon train, pour l’heure il n’y a pas d’armes. Fin juillet, début août 1944, la section de Plougonvelin est mise en alerte, un parachutage d’armes doit se dérouler à Locmaria-Plouzané. Le rendez-vous est fixé vers 23 heures au café-restaurant Goardon du bourg. Guidé par François Raguénès et Michel Quéré, le groupe rejoint la zone potentielle de largage entre le calvaire de La Madeleine et la ferme de Kerzévéon. Sur place d’autres F.F.I sont déjà présents. Parmi eux, les gars du Groupe Marée de Plouzané et de Brest-Ouest. Aucun largage cette nuit là. Ce n’est qu’à la troisième reprise, dans la nuit du 2 au 3 août 1944, qu’un avion passe. La zone est cependant jugée trop dangereuse par le pilote qui ne délivre pas les conteneurs tant attendus. Seul un fumigène rouge sera lâché pour signaler l’annulation de l’opération. Les F.F.I rentrent sur Plougonvelin, le moral dans les chaussettes.

Dans les jours qui suivent, ordre est donné aux F.F.I de Plougonvelin de rejoindre immédiatement Tréouergat pour être équipés en armes. Par petits groupes, les plougonvelinois s’exécutent. Parvenu au maquis de Kergoff à Tréouergat, le groupe se reforme et se voit assigner à la Compagnie F.F.I de Saint-Renan.

Composition du groupe :
- CAM Jean
- DAUCHET Léonce
- GOALÈS Jean
- GUÉNA Yves (père du Ministre)
- HERVÉOU François
- KERMARREC François
- LAURENT Frédéric (n’a pas 16 ans)
- LAURENT Pierre
- MALGORN Michel
- PRIOL Roger
- QUÉRÉ Michel (chef de groupe)
- RAGUÉNÈS François
- RAOUL René

Après une rapide instruction à ceux qui n’ont jamais touché une arme de leur vie, les premières patrouilles débutent dans la région de Plourin, Ploudalmézeau, direction Brélès puis retour à Lanrivoaré. La section se porte ensuite pendant plusieurs jours sur la route Milizac-Saint-Renan pour occuper le terrain. Mis à part les quelques jeunes qui le composent, le 1er Groupe a une bonne expérience militaire et connaît parfaitement le secteur. C’est pourquoi il est détaché de la compagnie auprès du 2nd Ranger Battalion américain pour servir de guide et d’éclaireur. Le groupe se répartit, chacun des F.F.I est associé à deux américains. Avec cette unité, ils participeront à la libération de Locmaria-Plouzané, à l’isolement de la poche du Conquet vis à vis de celle de Brest. Lors de la prise de position à Pen ar Ménez, ils rencontrent le président de la délégation spéciale de Brest, Victor Eusen, qui vient demander une nouvelle trêve aux américains. Le groupe de F.F.I de Jean Goalès est salué par l’officiel :

C’est bien les petits gars.

Durant les quelques jours dans ce secteur, Jean Goalès manque de peu d’être pris en embuscade par un groupe allemand alors qu’il se trouve avec Roger Priol dans la ferme de Kerbel à Locmaria-Plouzané. Puis ce seront les combats du verrou de Goasmeur et le ratissage de la zone jusqu’au Lannou. Le Groupe n°1 perd Léonce Dauchet, tué par un obus et a deux blessés ; René Raoul et Jean Goalès le 2 septembre 1944. Blessé par des éclats d’obus, le brestois souffre le martyr car il avait dans sa poche du jus de citron, le brûlant quand celui-ci se déverse sur sa plaie. Jean Goalès est pris en charge par les américains et évacué sur l’hôpital de Lesneven. C’est la fin des combats pour lui, il ne participe pas à la fin des opérations militaires dans le secteur.

Démobilisé des F.F.I, Jean Goalès retourne à la vie civile après la fin des combats. En mai 1946, il réintègre l’Arsenal comme soudeur et y reste jusqu’à sa retraite. En 1948, son deuxième fils voit le jour.

Pour son engagement clandestin et sa blessure au combat, il est cité à l’ordre du Régiment et reçoit la Croix de Guerre 1939-1945, avec étoile de bronze en 1947.

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Portfolio

Jean Goalès dans les années 30
Sur son polo, sont brodés les initiales A.C.R de l’Amicale cycliste de Recouvrance.
Berthe et Jean Goalès avec leur fils Bernard
Comité des fêtes de Recouvrance (1936)
Challenge Radius (Juin 1937)
Équipe de la Jeunesse Sportive Ouvrière Brestoise (1936)

Sources - Liens

Remerciement à Françoise Omnes pour la relecture de cette notice.