BODÉNEZ Gabriel

Gabriel Adolphe Bodénez est mobilisé pour aller se battre à la fin de la Première Guerre mondiale en 1918, mais touché par une phlébite il est finalement réformé. Il effectue cependant son service militaire après guerre, à la Poudrerie de Pont-de-Buis. Dans les années 1930, il pose ses valises à Plouguerneau et prend la gestion d’un garage automobile. Gabriel Bodénez épouse l’employée de bureau Anne Plougoulen (1902-1988), le 14 janvier 1931 à Plouguerneau et de cette union naîtront trois enfants. À la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, le garagiste de Plouguerneau n’est pas mobilisé.

Sous l’occupation allemande au printemps 1943, Gabriel Bodénez vend une Celta-quatre d’occasion au gendarme Jean-François Derrien. Nécessitant des réparations avant de pouvoir reprendre la route, le véhicule est révisé durant plusieurs semaines au garage Bodénez. L’occasion au gendarme de Lannilis de lui rendre visite de temps en temps pour voir l’avancée des travaux et au fil des échanges, de recruter dans la Résistance Gabriel Bodénez. Bientôt, le gendarme Derrien demande au mécanicien si il connaît d’autres personnes de confiance à Plouguerneau, qui pourraient à leur tour être recrutées pour former un groupe local. Gabriel Bodénez indique alors les noms de Charles Le Got, Pierre Bleunven et d’Yves Balbot.

Jean-François Derrien raconte la formation du groupe de Plouguerneau :

Je crois que la réunion eu lieu à la fin du mois d’août 1943, chez Charles Le Got. Je connaissais ces hommes auparavant et cela me rend la tâche plus facile. De nouveau, je présente l’objectif, et je leur demande s’ils peuvent rassembler un certain nombre de résistants en vue de former une compagnie, en respectant les mêmes consignes que celles données à Lannilis et à Landéda. Les quatre personnes contactées sont d’accord pour travailler ensemble, en commençant par recruter les gradés. [1]

Dès l’été 1943, le garagiste et ses trois camarades lancent alors la prospection dans leurs connaissances de confiance pour faire grossir ce groupement communal de la Résistance. En priorité, ils recherchent des hommes avec une expérience militaire, qui pourront le moment venu, prendre la direction de groupes et sections de combats. Le débarquement des alliés en Afrique du Nord est dans toutes têtes, l’heure reste cependant aux actions subversives discrètes.

Esquissés depuis le premier semestre 1943 dans le Nord Finistère, par la volonté d’agents du réseau Alliance, le groupement cantonal de Lannilis du gendarme Derrien s’affilie ensuite au mouvement Défense de la France (D.F) après le démantèlement début octobre 1943, de la première structure clandestine précitée. Pour raccrocher les différents groupes du Nord Finistère à ce mouvement, Jean-François Derrien, accompagné de François Broc’h et Pierre Bernard se rendent, grâce à Gabriel Bodénez, à Ploudalmézeau dans la première quinzaine d’octobre 1943. Sur place, ils rencontrent Henri Provostic, Gaston Boursier et le gendarme Joseph Grannec chez Mr Pellen.

Début novembre 1943, le garagiste de Plouguerneau est sollicité en urgence par Jean-François Derrien. Plusieurs aviateurs alliés abattus au dessus de la France devaient être récupérés par la Royal navy au large de l’île Guenioc à Landéda. L’opération a échoué, il faut rapidement transférer les aviateurs de la presqu’île Sainte-Marguerite au château de Kerouartz des époux Daniel et Yvonne Phélippes de la Marnierre. Avec le gendarme de Lannilis, Gabriel Bodénez récupère les aviateurs et parvient après deux voyages avec sa camionnette à les mettre en sécurité. Une nouvelle opération d’évacuation maritime est tentée peu avant noël 1943, c’est un nouvel échec. Gabriel Bodénez est de nouveau sollicité par le gendarme Derrien pour transporter les candidats malheureux. Il récupère avec son véhicule une douzaine d’aviateurs, toujours du même endroit, qu’il conduit au château de Kerouartz à Lannilis (environ 9 kilomètres). Finalement, la troisième tentative quelques temps plus plus tard sera la bonne. La participation de Gabriel Bodénez aux sauvetages des aviateurs lui vaudra de recevoir après guerre, un certificat de gratitude de la part du Commonwealth et d’être considéré comme un agent du réseau Jade pour avoir apporté son concours à l’opération montée par Pierre Hentic.

Outre ces actions, il semble que Gabriel Bodénez ait réalisé également des liaisons pour la Résistance dans le Nord Finistère, de Porspoder à Saint-Pol-de-Léon. Il participe également à la diffusion de la propagande contre l’occupant. Les mois passent et les chefs de la Résistance de Plouguerneau sont parvenus à recruter plusieurs dizaines de volontaires parmi leurs connaissances. Les armes font encore défaut après le débarquement des alliés en Normandie. L’unité combattante se structure pour devenir un groupement communal des Forces françaises de l’intérieur (F.F.I).

Début août 1944, Gabriel Bodénez est prévenu par Jean Méard qu’un parachutage d’armes aura lieu à Tréglonou dans la nuit du 2 au 3 août 1944 et qu’ils devront s’y rendre le lendemain pour percevoir leur dotation. Les responsables de Plouguerneau battent le rappel de leurs volontaires, les combats de la Libération sont imminents. Une trentaine d’hommes est envoyé à Keryel en Tréglonou pour récupérer le matériel tandis que les autres F.F.I convergent vers la carrière du Cosquer. Cet endroit a été aménagé de manière sommaire pour servir de maquis de rassemblement.

Dans la nuit du 5 au 6 août 1944, le Groupement cantonal F.F.I de Lannilis engage le combat sur les différents objectifs assignés. La Section de Plouguerneau est alors placée sous les ordres de l’adjudant Jean Calvez. Une partie de la section approche le village du Grouanec (Grouaneg) pour détruire un observatoire allemand et les postes radio, quand ils sont accrochés par une patrouille allemande. Le combat s’engage plus tôt que prévu et rapidement le maquis est flanqué d’une riposte allemande. Au petit matin du 6 août, la dispersion est ordonnée devant le pilonnage du secteur et l’arrivée de renforts allemands.

Les prémices des combats sont infructueux mais dans les jours qui suivent la tendance s’inverse, notamment avec l’arrivée des troupes américaines et la reprise en main des effectifs F.F.I. Lors de la prise de Plouguerneau, la commune est successivement bombardée par les allemands puis par les américains car l’officier germanique du secteur refuse de se rendre. Gabriel Bodénez participe sous les obus à l’évacuation de la population tandis que ses camarades F.F.I parviennent à faire une trentaine de prisonniers sur la commune. Une fois les combats terminés, le garagiste participe à l’organisation administrative de la commune. Il semble être resté sur place jusqu’à la fin des combats du siège de Brest en septembre 1944.

Après la Libération, il reprend son activité professionnelle jusqu’à sa retraite. Pour son action clandestine, il recevra la Croix du combattant volontaire 1939-1945 en 1968.

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Portfolio

Sources - Liens

  • Archives municipales de Brest, registre d’état civil (1E221).
  • Archives départementales du Finistère, case matriculaire de Gabriel Bodénez et dossier individuel de combattant volontaire de la résistance de Gabriel Bodénez (1622 W).
  • Service historique de la Défense de Vincennes, dossier réseau Jade-Fitzroy (GR 16 P 151), aimablement transmis par Edi Sizun (2016).
  • BROC’H François, J’avais des camarades, éditions Télégramme, 1949, pages 130 et 142.
  • DERRIEN Jean-François, Gendarme et Résistant - sous l’occupation 1940-1944, édition à compte d’auteur, Spézet, 1994, pages 50, 51, 59, 67 et 117.
  • BODIGER Louis, Mémoires d’un résistant, éditions Dominique, 1998, page 17.
  • Service historique de la Défense de Vincennes, dossier individuel de résistant de Gabriel Bodénez (GR 16 P 66496) - Non consulté à ce jour.

Remerciements à Françoise Omnes pour la relecture de cette notice.

Notes

[1DERRIEN Jean-François, Gendarme et Résistant - sous l’occupation 1940-1944, édition à compte d’auteur, Spézet, 1994, page 51.