BOURSIER Gaston

Pierre Gaston (prénom usuel) Boursier a une formation de mécanicien ajusteur quand il devance son appel sous les drapeaux. Il s’engage volontairement le 9 mars 1918 à la mairie de Bourges dans la Marine nationale. Il intègre le 3ème Dépôt des Équipages de la Flotte à Lorient en tant que matelot. Rendu à la vie civile en 1921, Gaston Boursier s’installe alors à Levallois-Perret. Il y épouse Marcelle Keller (1904-1981), le 28 juin 1924.

C’est au début de l’année 1928 que le couple s’expatrie à Ploudalmézeau où Gaston Boursier gère dorénavant un garage automobile largement estampillé sous la marque Peugeot. Au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, le garagiste n’est pas mobilisé, il reste donc à son poste et subit comme ses concitoyens, le début de l’occupation allemande dès juin 1940. Durant cette période, Gaston Boursier emploie son jeune neveu Pierre Boursier comme mécanicien au garage.

Dans le dossier de combattant volontaire de la Résistance de Gaston Boursier, renseigné par sa veuve en 1947, il est indiqué qu’il aurait appartenu aux mouvements de résistance Libération Nord (L.N) et Défense de la France (D.F) depuis février 1942 ainsi qu’au réseau Jade Fitzroy à compter d’octobre 1942. Les archives du Bataillon F.F.I de Ploudalmézeau laisse à croire que l’entrée en résistance du garagiste daterait plutôt de novembre 1942. Il y a anticipation sur toute la ligne. Selon toute vraisemblance, Gaston Boursier aurait été contacté par le notaire Henri Provostic en février ou mars 1943. Ce dernier opère pour le réseau Alliance depuis quelques mois et dans l’optique de développer cette structure dans le canton, il cherche des bonnes volontés. Le garagiste devient alors l’une de ses premières recrues en acceptant d’être son agent de liaison.

La tâche du garagiste est donc d’établir des liaisons pour le compte de son supérieur, ce qui l’amène semble t-il à se rendre plusieurs fois à Brest pour y rencontrer des membres du réseau Alliance. La teneur et la fréquence des liaisons réalisées nous sont inconnus.

Le garagiste semble avoir contribué à un départ en Angleterre de 15 personnes en voilier depuis la côte de Ploudalmézeau en juillet 1943. Cette évasion par voie maritime reste nébuleuse, nous recherchons tout complément d’information. Il pourrait s’agir d’une mauvaise interprétation de faits en rapport avec un départ du chantier Sibiril de Carantec.

Selon l’historien André Kervella, c’est également en juillet 1943 que Pierre Hentic du réseau Jade aurait reçu un message de Londres lui demandant d’entrer en contact avec le garagiste de Ploudalmézeau, pour monter une filière d’évasion maritime depuis la côte nord du Finistère. Ce dernier semble être connu depuis mars de la même année, comme acquis à la cause alliée. Pierre Hentic missionne alors Pierre Jeanson qui se trouve dans le secteur, de prendre contact avec Gaston Boursier pour étudier la question. Cette première ébauche réalisée, elle active la venue de Pierre Hentic dans le Finistère à l’automne 1943. Il rencontre alors la structure qui se met en place et notamment le garagiste de Ploudalmézeau.

Concernant le réseau Alliance - pour lequel Gaston Boursier travaille clandestinement sans être reconnu à part entière comme agent - il est anéanti au début d’octobre 1943. Le contact avec d’autres Résistants du secteur de Lannilis et Guissény permet de renouer les liens et bientôt, Henri Provostic, Gaston Boursier et le gendarme Joseph Grannec s’affilient au mouvement Défense de la France (D.F).

De novembre à décembre 1943, plusieurs opérations d’évacuation par voie maritime s’opèrent depuis l’île Guénioc. Le rôle du garagiste est mal défini, il aurait néanmoins hébergé plusieurs agents et candidats à l’évasion. Seule information connue à ce jour : le 26 novembre 1943, le garagiste a la surprise de voir débarquer à Ploudalmézeau l’agent Pierre Hentic, ramené par vedette rapide au large de l’île Guénioc. Il le prend en charge temporairement. L’agent gagne ensuite rapidement Brest pour le reste de sa mission.

La fin de l’année voit le rapprochement concret entre les mouvements Défense de la France (D.F) et de Libération Nord (L.N), donnant une ossature concrète à l’Armée Secrète (A.S) pour le Finistère. Gaston Boursier épaule alors son responsable cantonal en la personne du notaire Henri Provostic.

En février 1944, Pierre Jeanson revient à Ploudalmézeau et accompagné de son chauffeur du jour, Louis Bodiger, ils se rendent auprès de Gaston Boursier. Celui-ci est méfiant, il a appris (comment ?) l’arrestation de Pierre Hentic et craint que l’agent Jeanson opère désormais pour les Allemands. Les ponts sont coupés entre le garagiste et le réseau Jade, qui de toute façon, n’effectue plus d’évacuation maritime depuis les îles du nord Finistère.

Gaston Boursier s’investit pleinement à la mise en place des Forces françaises de l’intérieur (F.F.I) dans le canton. Réformé, il ne peut prétendre combattre mais il est bien décidé à jouer son rôle d’agent de liaison jusqu’au bout. Le 31 mai 1944, son chef Henri Provostic et d’autres résistants du secteur de Lannilis sont arrêtés. Torturés au manoir de Trouzilit, le nom de Gaston Boursier arrive aux oreilles allemandes qui se mettent sans tarder sur sa piste. Averti de l’arrestation du notaire, le garagiste n’a pas attendu qu’on vienne le cueillir, il a pris la fuite et se dissimule dans les environs. Mécontents de ne pas lui mettre la main dessus, l’occupant saccage sa maison, terrorise les femmes présentes et vole quelques objets.

L’été 1944 débute et malgré le débarquement, différentes arrestations ont sérieusement ébranlées l’organisation cantonale F.F.I de Ploudalmézeau. Il faudra plusieurs semaines pour parvenir à renouer les liens et remotiver les différents groupes communaux de patriotes. À la formation du Bataillon F.F.I de Ploudalmézeau, Gaston Boursier intègre l’État-major en se voit bombarder chef de la section automobile. Avec les rares voitures à disposition et les quelques hommes qu’il a sous ses ordres, le garagiste participe aux opérations de Libération dans le canton puis dans la poche du Conquet jusqu’à la reddition complète du secteur le 10 septembre 1944.

Durant sa présence chez les F.F.I, il aurait contracté une maladie qui l’emporte en septembre 1945, quelques mois après la capitulation allemande en Europe. Déclaré Mort pour la France, il est homologué à titre posthume au grade fictif d’adjudant F.F.I en 1946 et d’agent P2 du réseau Jade en 1948. Gaston Boursier reçoit également la Croix de guerre 1939-1945 et en 1946, la médaille de la Résistance française.

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Sources - Liens

  • Archives départementales du Cher, registre des matricules (2R 759).
  • Archives départementales du Finistère, dossier individuel de combattant volontaire de la résistance de Gaston Boursier (1622 W).
  • Ordre de la Libération, Paris, registre des médaillés de la Résistance française.
  • BROC’H Jean, J’avais des camarades, éditions Le Télégramme, 1949.
  • BODIGER Louis, Mémoires d’un résistant, éditions Dominique, 1998.
  • ANDRÉ Jacques, Le Bataillon F.F.I de Ploudalmézeau, édition à compte d’auteur, 2003.
  • FARRANT Hervé, L’occupation à Ploudalmézeau-Portsall, éditions Label LN, 2012.
  • KERVELLA André, Le réseau Jade - L’intelligence Service britannique au cœur de la Résistance française, éditions Nouveau monde, Paris, 2021.
  • Service historique de la Défense de Vincennes, dossiers individuels de résistant de Gaston Boursier (GR 16 P 83583 et GR P 28 4 363 2) - Non consultés à ce jour.
  • Service historique de la Défense de Caen, dossier d’attribution de la mention Mort pour la France de Gaston Boursier (AC 21 P 31322) - Non consulté à ce jour.