DERRIEN Raoul

Raoul Jean Derrien suit des études de chaudronnerie à l’École Pratique d’Industrie et de Commerce de Brest à partir de 1925. Il travaille ensuite à l’arsenal de Brest comme forgeron. Il épouse Jeanne-Louise Morvan de Plouédern, le 9 avril 1939 et de cette union naîtront deux enfants, en 1940 puis 1943. La famille réside au 69 rue de la Tour d’Auvergne à Landerneau. Raoul Derrien est également un bon sportif, après avoir pratiqué la course de 800 mètres, il s’entraîne désormais dans une équipe de fooball. Dans les années 30, il adhère à la C.G.T. Mobilisé à la déclaration de la Seconde Guerre mondiale en septembre 1939, il reste à l’arsenal de Brest sous le statut d’affecté spécial.

Sous l’occupation, il adhère au Parti Communiste Français (P.C.F) fin septembre, début octobre 1941 et commence à y diffuser la presse clandestine. Il participe aux grèves patriotiques de l’arsenal en octobre 1941. En janvier 1942, il est recruté en même temps que Jean Jézéquel par Lucien Kerouanton dans la branche Organisation Spéciale (O.S) Arsenal. Dès lors, il prend part à divers sabotages à l’arsenal de Brest, notamment celui de mars contre les sous-stations électriques.

Dans la lignée de ses actions précédents, il bascule aux Francs-Tireurs et Partisans (F.T.P) et le 13 juillet 1942, il prend part au sabotage des pompes des presses hydrauliques de son atelier en sectionnant les courroies. Le 28 août 1942, il fait partie de l’équipe de protection à main armée de Marie Salou et Raymonde Vadaine pour l’attentat contre la vitrine de la L.V.F dans la rue de Siam à Brest. Dans la soirée, il incendie en gare de Landerneau, avec d’autres résistants communistes, un wagon de paille destinée à l’armée allemande. Enfin, le 19 septembre 1942, Raoul Derrien est chargé par Jean-Louis Primas et Albert Rolland de faire sauter un train près de Landerneau. Des explosifs lui sont confiés pour les installer sur la voie ferrée reliant Landerneau et Quimper/ L’opération est cependant avortée sur place, pour une raison inconnue. Raoul Derrien indique avoir jeté les engins dans un buisson le long de la voie.

Le lundi 28 septembre 1942, en arrivant à Landerneau par le train après sa journée de travail à l’arsenal, il se rend au bureau des consignes vers 19 heures pour y récupérer sa bicyclette. Mais le préposé se comporte de manière étrange. Flairant le danger, Raoul Derrien prend la fuite, il est aussitôt pris en chasse par des policiers municipaux de Landerneau alertés par le préposé. Les policiers pensent être en présence du très recherché Raymond Douarin, pseudonyme de Jean-Louis Primas. Ce dernier a emprunté la bicyclette à Derrien et commis des attentats du côté de Lanester. Mais lors d’une opération, l’un des hommes de Primas a été arrêté et durant son interrogatoire musclé, il a livré aux policiers le pseudonyme de Primas et d’autres noms. Primas, en voulant restituer la bicyclette à son camarade Derrien, déclenche malencontreusement l’organisation d’une souricière contre le landernéen.

Raoul Derrien parvient dans sa fuite à distancer les policiers en se dirigeant vers Plouédern. Malheureusement pour lui, un fonctionnaire en poste à la porte de la caserne Taylor vient le stopper dans sa course, permettant son arrestation.

Aussitôt amené à la gendarmerie, il est interrogé sur ses liaisons avec les terroristes de Lanester. Il tente de mener en bateau les agents français mais en vain. Il est d’office considéré comme complice et de forts soupçons pèsent sur sa participation aux attentats de la région de Lorient, à tort (cf rapport du 29 septembre 1942). Dans la foulée, son domicile est perquisitionné et l’on y trouve quelques tracts de deux brochures subversifs. La pression est lourde sur ses épaules, et peut être sous les coups, au fil des heures, des noms sont obtenus. L’effet domino est enclenché, la police française déploie de gros moyens et porte un sérieux coup à la résistance communiste de l’arrondissement de Brest. En quelques jours, grâce aux mêmes procédés, on déplore plusieurs dizaines d’arrestations. Neuf autres personnes sont clairement identifiés et mises sous mandat d’arrestation car elles sont parvenues à prendre la fuite.

Raoul Derrien est lui amené sur Lorient pour instruire l’enquête sur ses actions faussement présumées. Il parvient à se disculper des soupçons de sa participation à des attentats sur Lorient. Mais il n’est pas tirer d’affaire pour autant ; est retenu contre lui sa participation à un sabotage, une manifestation, une tentative d’attentat et d’autres actions diverses sur Brest et Landerneau.

Rapport de police du 24 novembre 1942 :

« Il recevait chaque semaine de Rolland Albert, et de Corre, une ou deux musettes de tracts qu’il distribuait à Landerneau, avec le concours de Hélou François et de Jézéquel Jean, ce dernier en fuite et mal identifié. Il recevait également des brochures d’inspiration communiste qu’il déposait nuitamment dans les boîtes aux lettres. Il reconnaît avoir reçu de Corre, trois cartes d’alimentation portant le cachet de la mairie de Saint-Sébastien (Loire-Inférieure) et les avoir utilisées. Il a prêté sciemment sa bicyclette à Prima pour se rendre à Lorient où il devait commettre un attentat. »

Dans l’attente de son procès, Raoul Derrien est Interné successivement à Pontaniou puis au château de Brest et enfin à la prison Jacques Cartier de Rennes. Hospitalisé le 19 février 1943, il profite de sa convalescence à l’Hôpital militaire de Rennes, rue Jean-Macé, pour s’évader le 14 mars 1943. Raoul Derrien gagne alors la région parisienne et trouve refuge dans sa famille à Villemomble. Se faisant discret et ne possédant pas de contact dans la Résistance là-bas, son action s’arrête jusqu’au mois d’août 1944 où il intègre le Groupe F.F.I Armor du secteur E.S.T pour participer à la Libération de la capitale. Il participe aux barricades sur la route Noisy-Rosny et aux combats de la prise de la mairie et de la gare de Villemomble. Daoul Derrien est ensuite employé à des patrouilles et à des gardes jusqu’en fin septembre 1944.

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Sources - Liens

  • Archives départementales du Finistère, dossier individuel de combattant volontaire de la résistance de Raoul Derrien (1622 W), rapport d’arrestation de Raoul Derrien (200 W 70) et rapport de police du 24 novembre 1942.
  • La Dépêche de Brest, éditions du 2 août 1925 et du 6 avril 1939.
  • KERBAUL Eugène, 1270 Militants du Finistère (1918-1945), édition à compte d’auteur, 1985.
  • KERBAUL Eugène, Chronique d’une section communiste de province (Brest, janvier 1935 - janvier 1943), édition à compte d’auteur, Paris, 1992.
  • Service historique de la Défense de Vincennes, dossier individuel de Résistant de Raoul Derrien (GR 16 P 177439) - Non consulté à ce jour.