FONFERRIER Paul

Paul Jules Fonferrier fait ses études au Lycée de Brest jusqu’en 1909. Débute ensuite son enseignement militaire au Prytanée Militaire de la Flèche puis à Saint-Cyr. Il y intègre la promotion Marie-Louise de 1911 à 1913. Après avoir servi comme porte-drapeau et fait ses classes aux 2ème Bataillon de Chasseurs à Pieds, le Sous-Lieutenant Paul Fonferrier choisit les Troupes coloniales. Il est affecté au 2ème Régiment d’Infanterie Coloniale de Brest en janvier 1914.

A la déclaration de la Première Guerre mondiale, l’unité dans laquelle il sert est engagée rapidement au front. Paul Fonferrier est fait prisonnier à Rossignol, lors de la bataille de Charleroi le 22 août 1914. Il tente une première fois de regagner les lignes françaises sans y parvenir. Interné à la la prison-forteresse de Torgau, il parvient à s’évader en 1917. Parvenu à revenir en France, il demande à retourner sur le front. Nommé Capitaine en 1917, il est blessé la même année à Clos Davaux par balle au bras puis de nouveau en 1918, au ravin des Fosses-Côtes de Verdun par des éclats d’obus. Après la guerre, sa carrière se poursuit avec un passage de 1924 à 1926 à l’École Supérieur de Guerre. Faisant partie de la 46ème promotion, l’un de ses instructeurs est le Capitaine De Gaulle... En 1926, Paul Fonferrier épouse Madeleine Page (1895-1984), le 12 octobre 1926 à Paris (6e arr) et de cette union, naîtront trois enfants.

Promu en 1934 Lieutenant-Colonel et Colonel en 1938, Paul Fonferrier se trouve en Syrie à la déclaration de la Seconde Guerre mondiale. Il commande le 1er Régiment de marche d’infanterie coloniale jusqu’en octobre 1939 avant de prendre la tête du 24ème Régiment d’Infanterie Coloniale (R.I.C). Lors de la débâcle en juin 1940, une partie de son unité, en faction à Chypre, décide de poursuivre le combat avec De Gaulle. Fonferrier qui est lui même décidé à poursuivre la lutte, tiraillé par cette situation, reste cependant loyaliste à ses supérieurs, mais sans conviction. Pour avoir échoué à ramener à la raison ses hommes déserteurs, il est relevé de son commandement puis rapatrié en France. A partir d’août 1940, il commande le Centre de transition des troupes indigènes coloniales (C.T.T.I.C) de Fréjus jusqu’en novembre de la même année. Il prend ensuite le commandement comme fonctionnaire général du groupe des camps coloniaux du Sud-Est à Saint-Raphaël dans le Var. Paul Fonferrier est ensuite désigné pour servir en Indochine comme Général de brigade. Il embarque à Marseille sur l’Éridan le 12 septembre 1941, mais le transit est interrompu par l’activité de la marine anglaise. Son navire est alors dérouté sur Dakar d’où il rembarque pour Casablanca puis Oran. Le Colonel Paul Fonferrier fait valoir ses droits à la retraite en décembre 1941. Il rentre en France et se voit rayer des cadres de l’Armée en janvier 1942. Avec sa famille, Paul Fonferrier se retire dans sa villa Les Dunes d’Argenton en Landunvez.

C’est là qu’il est contacté dans le second semestre 1943 par le notaire Henri Provostic, grâce à l’intermédiaire de Pierre Plouet. Vers fin novembre 1943, le notaire de Ploudalmézeau informe le mouvement de Résistance Défense de la France (D.F) qu’il est en liaison depuis plusieurs semaines avec le Commandant Baptiste Faucher et le Colonel Paul Fonferrier. Ces derniers acceptent de rejoindre le mouvement et seraient susceptibles d’accepter de prendre des postes de commandement. A cette époque et depuis quelques mois, le mouvement cherche à rassembler dans la clandestinité des volontaires, prêts à se battre quand le débarquement en France interviendra [1]. Concernant Paul Fonferrier, son grade en fait d’emblée un candidat plus que sérieux. L’entrevue est fixée rapidement et se déroule dans les premiers jours de décembre 1943 au Restaurant des Fraises, rue Frézier à Brest. Les différentes parties s’entendent sur un poste à l’échelle départemental pour le Colonel ; entériné d’abord par Mathieu Donnart puis à l’échelon régional par le Général Marcel Allard.

C’est désormais en tant que chef militaire de l’État-Major de l’Armée Secrète du Finistère, qu’il incombe à Paul Fonferrier, la lourde tâche d’organiser la hiérarchie militaire et les unités combattantes de la Résistance dans le département. Sur un plan national, au début février 1944, l’Armée Secrète fusionne avec l’O.R.A et les F.T.P, devenant ainsi les Forces Françaises de l’Intérieur (F.F.I). Donnart et Fonferrier sont confirmés à leurs postes et désormais, enchaînent dans tout le département, des prises de contact pour unifier et organiser la Résistance.

En fin février, une réunion se déroule chez Jean François Derrien, y assistent Jean Broc’h, Mathieu Donnart, Paul Fonferrier et Baptiste Faucher. Parmi les sujets abordés lors de cette réunion, le rattachement de Kernilis et Coat-Méal au groupement cantonal de la Résistance de Lannilis ainsi que l’organisation de la récupération d’armes parachutées dans le centre Finistère. Dans le mois de mars 1944, Rossignol publie le bulletin de renseignements n°3 relatif à la division finale des arrondissements F.F.I. Il a divisé en cinq arrondissements le département avec les Brest Urbain et Rural, Morlaix (diminué d’une partie du canton de Plouescat mais augmenté de Huelgoat et Carhaix), Châteaulin (moins les cantons de Huelgoat et Carhaix) et Quimper. Le 13 mars Mathieu Donnart est à Huelgoat avec Fonferrier pour régler avec les responsables locaux l’unité de plusieurs factions de la résistance. S’ensuit un passage à Carhaix des deux brestois pour mettre en place le commandement militaire du canton qui revient à Paul Guézennec. Courant avril, Mathieu Donnart organise une nouvelle réunion à Brest chez Pierre Beaudoin du mouvement Défense de la France. Les principaux chefs de la résistance brestoise sont présents.

Le 3 mai 1944, se tient une nouvelle réunion à la gendarmerie de Lannilis en présence de Paul Fonferrier, Baptiste Faucher, Pierre Bernard, Jean Broc’h et Derrien. Il est question de l’organisation du Bataillon F.F.I de Lannilis. Suite à plusieurs arrestations, il est recommandé au gendarme Derrien de quitter la gendarmerie pour se mettre à l’abri. Le même jour à 14 heures, une seconde réunion de l’état-major de l’arrondissement de Brest se déroule à l’étude de Garion en présence de Paul Fonferrier, Henri Provostic, Pierre Beaudoin, Jean Broc’h et Marcel Pirou. Le 18 Mai le duo Poussin & Rossignol doit se rendre à Kergoat dans la région de Carhaix. Suite à l’arrestation de Paul Guézennec cinq jours plus tôt, il faut nommer un remplacement ; François Le Maigre, photographe est choisi.

Dans la semaine du 19 au 22 mai 1944, Poussin et Rossignol sont en déplacement dans le Morbihan. Ils y rencontrent le Délégué Militaire Régional (D.M.R) Valentin Abeille, dit Méridien. A cette occasion, ils font la connaissance de Jeanne Bohec, envoyée de Londres pour instruire les saboteurs. Après avoir œuvré en Bretagne, on lui confie la mission d’instruire les maquisards Finistériens. Le 25 mai, le D.M.R, les deux responsables de la résistance Finistérienne et Jeanne Bohec se rendent en voiture à Carhaix pour y rencontrer les responsables locaux. Puis l’inspection achevée, Paul Fonferrier repart en train à Brest. Le débarquement est proche, le sait-il ? Quand celui-ci débutera, le Colonel Fonferrier est appelé à prendre le commandement militaire des Arrondissements F.F.I de Brest.

Malheureusement pour lui, au début du mois de mai 1944, le Kommando I.C 343 de Landerneau procède à l’arrestation du Sous-lieutenant français Jean Le Puloc’h, membre des F.F.I. Après plusieurs jours en geôle, ce dernier va livrer des informations aux Allemands.

Le Sonderführer (K) Herbert Schaad déclare à ce sujet :

Le Puloc’h, mis ainsi en confiance, a donné lors de son interrogatoire, tous les renseignements qu’il possédait sur l’organisation de la Résistance du Nord-Finistère, donnant les noms des principaux chefs, dont le colonel Fonferrier "Rossignol". [2]

L’arrestation du Colonel Paul Fonferrier a lieu le 26 mai 1944 à son domicile d’Argenton. Amené à Brest, il est interné à la prison de Pontaniou jusqu’au 15 juin 1944. Durant son séjour à Brest, il semble avoir été torturé. Après l’annonce du débarquement, les allemands regroupent leurs prisonniers au Camp Marguerite à Rennes. Le Puloc’h, également interné à Rennes, va durant sa détention se rapprocher du Colonel Fonferrier pour lui avouer être son dénonciateur. Avec l’approche des troupes américaines sur Rennes, l’occupant fait évacuer le camp par trains, à destination de Belfort. Dans le wagon qui les amène en déportation, Fonferrier gracie Le Puloc’h.

Joseph Aballéa relate l’évasion

Après avoir passé par Redon-Pont Château, le convoi arriva à Nantes dans la soirée du 3 août 1944. Dans cette dernière ville, les Allemands prirent les dernières dispositions pour empêcher toute évasion. Portes verrouillées, barbelés devant les fenêtres d’aération immobilisées. A la nuit tombante, le convoi prit la direction de Segré. La fatigue, la soif, le manque d’air ne nous donnaient que plus de courage à tenter l’évasion. Vers minuit nous décidâmes de mettre nos projets à exécution.

Avec l’aide d’un vieux madrier se trouvant dans le wagon nous avons démoli une partie de la fenêtre d’aération. Au couteau nous finîmes de pratiquer une ouverture suffisante pour le passage d’un homme. Les barbelés furent sectionnés à l’aide d’une pince universelle qu’un détenu avait subtilisé aux Allemands. Le bruit du train en marche ne permettait pas à nos anges-gardiens de devenir nos préparatifs. Le premier évadé du Wagon fut Yves Hugues de Loudéac, suivi du lieutenant Raymond Le Pen, Noël Pichon, Guillaume Penduff, Jean Le Puloc’h et de moi-même, d’autres suivirent.

Le Colonel Fonferrier de Brest se trouvant à nos côtés nous avait donné les consignes suivantes : Chaque évadé devait rester allongé sur la voie, le plus près possible des rails pour ne pas éveiller l’attention des gardiens, et éviter, en cas d’alerte, les rafales de mitraillette. Ensuite ne quitter la voie ferrée qu’après le passage du convoi. Malgré les précautions, les sentinelles s’aperçurent des évasions et mitraillèrent la voie puis le train ralentit et stoppa. [3]

Paul Fonferrier lui n’y parvient pas et arrive au Fort Hatry à Belfort. Le 29 août 1944, il est déporté en Allemagne et arrive au camp de Wilhelmshaven. Plus tard, il sera transféré au camp de Bergen-Belsen où son état semble stable avant d’attraper le typhus. Le camp est libéré par les troupes britanniques le 15 avril 1945. Malgré cette délivrance, de nombreux malades succombes de l’épidémie de typhus, dont Paul Fonferrier, le 27 avril 1945.

Le travail clandestin de Rossignol lui survivra. Grâce à son son expérience et à sa bonne gestion, il aura contribué à la mise en place d’une structure hiérarchique solide allant de l’échelon F.F.I départemental à l’échelon communal dans tout le département. Les unités F.F.I seront prêtes aux combats. Malgré l’épineuse question de l’armement qui restait en suspens à son arrestation et en dépit des nombreuses autres arrestations qui se succédèrent, les F.F.I participèrent en août et septembre 1944 à la reconquête du territoire aux côtés des troupes alliées. En sa mémoire, son nom est gravé sur le monument aux morts de Landunvez, une rue de la même commune porte son nom ainsi qu’une rue de Brest depuis 1950. Son nom est également gravé sur la stèle F.F.I de Tréouergat depuis 1965. Au cours de sa carrière, sur les champs de batailles et par son engagement dans la Résistance, Paul Fonfferier est décoré des distinctions suivantes :

  • Chevalier (1918), Officier (1930) et Commandeur (1945) de la Légion d’honneur
  • Croix de guerre 1914-1918, avec deux palmes et une étoile d’argent
  • Croix de guerre 1939-1945, avec deux palmes
  • Médaille de la Résistance française, avec rosette
  • Croix du Combattant Volontaire 1914-1918
  • Croix du Combattant
  • Médaille des Evadés
  • Médaille Commémorative Interalliée
  • Médaille Commémorative Française de la Grande Guerre
  • Médaille Coloniale
  • Officier de l’Ordre de l’Etoile Noire du Bénin
  • Officier de l’Ordre du Nichan El Anouar
  • Croix de Guerre Belge 1914-1918

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Portfolio

Le Colonel Fonferrier remettant des fourragères au 2ème RIC à Brest (Févirer 1939)
Crédit photo : La Dépêche de Brest
Paul Fonferrier en famille à Kerjean (Juillet 1929)
Crédit photo : Famille Fonferrier
La Dépêche de Brest, édition du 9 août 1939
Crédit photo : La Dépêche de Brest
Le Colonel Fonferrier à Chypre (11 juillet 1940)
Crédit photo : André Quelen, Compagnon de la Libération

Sources - Liens

  1. Archives Municipales de Brest, registre d’état civil (1E208) et dossier biographique de Paul Fonferrier (6BIO26).
  2. Archives Départementales du Finistère, dossier individuel de combattant volontaire de la résistance de Paul Fonferrier (1622 W).
  3. Service historique de la Défense de Vincennes, dossier individuel de Résistant de Paul Fonferrier (GR 16 P 227359), aimablement transmis par Edi Sizun.
  4. Archives Nationales de France, base de données Léonore, dossier du légionnaire Paul Fonferrier.
  5. Archives F.F.I de l’arrondissement de Brest.
  6. Centre Généalogique du Finistère (CGF), case matriculaire de Paul Fonferrier (1R14672).
  7. Fondation pour la Mémoire de la Déportation, registre des déportés (I.267).
  8. FONFERRIER Alain, Le Colonel Fonfferier, texte non publié, 2009.
  9. CISSÉ Gérard, Rues de Brest - de 1670 à 2000, éditions Ar Feuntelin, 2012.
  10. BROC’H Jean-François, J’avais des camarades, éditions Télégramme, 1949.

Notes

[1Les débarquements d’Afrique du Nord en novembre 1942, Sicile en juillet 1943, Corse & Italie en septembre 1943, ne font que renforcer l’idée grandissante d’un débarquement en France.

[2Archives Municipale de Brest, fonds Joël Le bras (153S12), déposition d’Herbert Schaad, 26 septembre 1944.

[3Archives Départementales du Finistère, dossier individuel de combattant volontaire de la résistance de Joseph Aballéa (1622 W), témoignage tapuscrit, 25 août 1950.