BOURRIÈRES Roger

Roger Albert Bourrières suit des études classiques avant d’obtenir un brevet supérieur de l’École technique de la Marine nationale. Il effectue son service militaire de 1933 à 1934 dans la Marine nationale avant de s’installer dans les années 1930 à Brest. Il réside au 70 rue de la République et travaille à la Pyrotechnie de Saint-Nicolas au Relecq-Kerhuon. Roger Bourrières épouse Marie Lemarchand (1914 - 2001), le 7 août 1936 à Brest et de cette union naîtront trois filles ; Josiane (1937-1983) et Christiane, avant guerre puis Arlette en 1944.

Au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, il est mobilisé en tant que second-maître canonnier de la D.C.A Marine à la base de Bizerte en Tunisie. En juin 1940, il est proposé au grade d’aspirant. Après la débâcle et la défaite de mai-juin 1940, l’ouvrier artificier brestois est d’abord rapatrié à Toulon en août puis démobilisé en septembre, lui permettant de retrouver sa famille et la cité du Ponant, désormais occupée par les allemands. La pyrotechnie ayant été remise en route, Roger Bourrières y reprend le travail.

La datation de son entrée en résistance n’est pas clairement établie à ce jour. Roger Bourrières indique s’être engagé fin février - début mars 1941, auprès de Mathieu Donnart dans le mouvement Libération Nord (L.N). Il y a anticipation, ce dernier n’entre dans l’action clandestine qu’en 1942, à une date encore inconnue à ce jour. De plus, ce mouvement ne s’implante timidement qu’à partir du début 1942 dans le Nord du département. Il y a cependant, vers mars 1941, un groupe qui s’est formé à la Pyrotechnie dans le but de rallier l’Angleterre. Ce Groupe de la Pyrotechnie souhaite également profiter du voyage pour transmettre des informations aux anglais à propos de leur lieu de travail. Il est possible que Roger Bourrières les aie aidé dans leur projet qui hélas, se soldera par l’arrestation du groupe à la fin du mois de mars et la déportation de plusieurs membres. Ceci reste cependant à étayer [1]. Roger Bourrières n’a pas été inquiété par ce démantèlement mais son rendement lui vaudra un séjour à Toulon avant d’être de nouveau réaffecté sur Brest.

Administrativement, Roger Bourrières dispose d’une attestation d’appartenance au réseau Centurie à compter du mois de juillet 1942. Si cette datation vient renforcer ce qui est exposé précédemment, nous ignorons l’origine et la véracité de cette filiation avec ce réseau.

Quoi qu’il en soit, l’ouvrier pyrotechnicien collecte puis transmet des informations concernant son lieu de travail et les mouvements de chargements de munitions. Il recrute également Stéphane Massé comme informateur et travaille clandestinement avec l’inspecteur François Quéffélec. En septembre 1942, il quitte son emploi et dans le dernier mois de l’année, l’ancien artificier devient un des adjoints de Mathieu Donnart. Outre les liaisons entre le Sud et le Nord du département, Roger Bourrières déclare avoir également effectué des liaisons entre le Finistère, Rennes, Paris et Lyon, sans donner plus de précisions sur les destinataires des messages portés.

Vers le mois d’août 1943, il intègre logiquement l’Armée secrète (A.S) du Finistère quand celle-ci s’implante dans le département. En février 1944, le groupe Marceau de Quimper, dont font parties Anne Corre et Jacqueline Razer, se rapproche de Roger Bourrières, s’affiliant ainsi avec le mouvement. Vers le 20 février 1944, il se rend dans le secteur de Brest avec un explosif parachuté dans la région du Faou pour le monter à l’état-major brestois et le 10 mars 1944, Berthaud organise un coup de main pour délivrer des prisonniers de la Résistance retenus à Quimper. L’opération est bien menée mais sans succès. Le même mois, Roger Bourrières préside une réunion clandestine visant à rassembler plusieurs groupes de résistants composés de Joncour, La Janne fils, les équipes Briand, Beulze, Riou et Le Maigre de Carhaix.

Après le remplacement de Nicolas Kervahut par Ferdinand Le Floc’h au poste de responsable du Sud Finistère pour Libération Nord (L.N), et l’arrestation de ce dernier le 22 janvier 1944, c’est Roger Bourrières qui devient le chef de ce vaste secteur en avril 1944. Il fixe son point de chute (Q.G) à Pont-L’Abbé. Vers la fin du mois, Aristide Québriac de l’Organisation de la Résistance de l’Armée (O.R.A) et son adjoint pour le Sud Finistère Yvon Chancerelle, rencontrent Bourrières pour mettre au point un plan d’actions communes de sabotages et guérilla à mener dans le département.

Le 25 mai 1944, après une tournée d’inspection dans le centre Finistère en compagnie de Valentin Abeille, Délégué militaire régional (D.M.R) de la Région M, Mathieu Donnart se rend en compagnie de Jeanne Bohec au Poste de commandement des Forces françaises de l’intérieur (F.F.I) de Kerivoal à Kerfeunteun [2]. Sur place l’instructrice en sabotages est confiée à Bourrières pour dispenser ses cours. Il lui trouve un logement et la fait mettre en relation avec les différents groupements de la région du Sud Finistère. Le lendemain, 26 mai 1944, Roger Bourrières représente Mathieu Donnart à la réunion secrète dans le chalet de Kernoaled au Juch. Il est alors question de la fusion du mouvement de l’Organisation de la Résistance de l’Armée (O.R.A) avec les F.F.I.

Dans la soirée du 5 juin 1944, Roger Bourrières perçoit l’ordre émis par la B.B.C d’enclencher le Plan Vert, visant à désorganiser les communications de l’ennemi. Malgré l’annonce euphorisante du débarquement, l’organisation clandestine des F.F.I du Finistère est durement touchée après la perte de son chef d’état-major, Paul Fonferrier. Vers le 13 juin, le chef départemental informe ses subordonnés par l’ordre n°12 qu’il va disposer d’une liaison directe entre les F.F.I et les troupes alliés. Il s’agit là de la mise en place de trois postes radios émetteurs venant d’être réceptionnés par François Le Maigre de Carhaix. L’un est destiné au Dr Le Jeanne de Morlaix, un deuxième pour Bourrières pour le Sud Finistère et le troisième probablement à disposition de Mathieu Donnart directement. Le poste de Berthaud est livré par deux agents du Bureau des opérations aériennes (B.O.A) déguisés en allemands... et accompagnés d’Émile Le Bris. Le poste de Roger Bourrières est confié à Mr Riou qui tient l’Hôtel des Bruyères à Plozévet. L’indicatif est alors de l’Indien au Siou. Malheureusement pour eux, le poste tombe vite en panne et personne n’arrive à le réparer, pas même d’autres agents du B.O.A, arrivés dans le secteur après la Bataille de Saint-Marcel dans le Morbihan.

Une nouveau coup dur est asséné aux F.F.I du Finistère avec l’arrestation de Mathieu Donnart, fin juin 1944 lors d’une mission dans le Morbihan. Sans nouvelle de son chef, Roger Bourrières le remplace à la tête des F.F.I du Finistère le 3 juillet 1944. Le même jour, sur proposition de Jeanne Bohec, il envoie avec elle son adjoint Léon Tanguy pour recontacter les S.A.S dans le Morbihan pour obtenir des parachutages d’armes. Le contact est noué et l’officier Pierre Marienne consent à prévenir Londres. Il indique alors que dans quatre ou cinq jours les armes seront parachutées. Bohec et Tanguy s’en retournent le 5 sur Quimper pour prévenir Berthaud.

Si le message a bien été transmis, ce n’est pas des armes qui sont parachutées mais cinq équipes Jedburgh entre le 8 et 18 juillet, pour encadrer l’approvisionnement en armes du Finistère. Roger Bourrières coordonne le tout et tente de palier à de nombreuses problématiques. Dans sa tâche, il ne semble pas être très discret, ce que lui reprochent les Jedburgh de la team Gilles, qu’il rencontre le 12 juillet 1944. Ces derniers chercheront alors à restreindre leurs rencontres par méfiance. Dans certaines sources, il est indiqué que lors de cette rencontre, l’un des hommes qui accompagnait Berthaud était un agent double, œuvrant pour les allemands, forçant les Jedburgh à l’abattre.

Roger Bourrières se rend le lendemain, 13 juillet 1944, à Guipavas pour prévenir l’État-major des F.F.I de Brest de sa prise de fonction à la tête des F.F.I du département suite à l’arrestation de Mathieu Donnart. Il leur indique également qu’une équipe Jedburgh est à pieds d’œuvre dans le centre Finistère et que l’É.M Brest doit rapidement entrer en contact avec eux pour qu’elle fasse parachuter une autre équipe destinée à l’arrondissement de Brest.

Le 27 juillet 1944, il fait appeler Jeanne Oui, réfugiée à Laz, comme secrétaire dactylographe à l’état-major des F.F.I du Finistère. Après des mois de longues et pénibles préparations, ponctuées par de multiples arrestations, Roger Bourrières entame une dernier tournée d’organisation dans le département fin juillet début août. Le 2, il est en visite au Folgoët près de Lesneven où il rencontre le responsable d’arrondissement Joseph Garion et son adjoint rural Baptiste Faucher. Ceux-ci estiment avoir à disposition entre 2 700 et 3 000 F.F.I dans l’arrondissement de Brest.

Dans les jours qui suivent, il participe à la coordination des opérations de Libération du département aux côtés des troupes américaines. Le 4 août, durant la Libération de Quimper, Berthaud se rend à la préfecture et fait connaître à Stéphane Leuret préfet du Finistère par intérim tout comme à son chef de cabinet leur destitution et leur remplacement par Aldéric Lecomte, qui prendra ses fonctions le 14 août. En attendant, Roger Bourrières assure l’intérim au poste de préfet durant quelques jours. Le 8 août, le chef des F.F.I du département proclame Quimper Libérée. Dès lors, depuis la préfecture du Finistère, il supervise la suite des opérations en coordination avec les équipes Jedburgh, les troupes alliés et la mission Aloès.

Dans la foulée de la Libération, en lien direct avec le nouveau préfet Aldéric Lecomte, ils prennent plusieurs mesures pour remettre en route l’ordre et la sécurité de la machine administrative. Le 15 août 1944, il reçoit à Quimper Jean Marin, de son vrai nom Yves Morvan, de Douarnenez qui pendant l’occupation a animé l’émission Les français parlent aux français sur les ondes de la B.B.C.

Après guerre, Roger Bourrières passe agent technique de 1ère classe puis ingénieur des Directions de Travaux de la Marine tout en résidant encore au 70 rue de la République à Brest. De par sa place dans la hiérarchie F.F.I, il s’investit pleinement dans le processus d’homologation des faits de Résistance de ces compatriotes au niveau départemental. Il sera un temps attaché au ministre André Monteil, ancien F.F.I de Quimper. Roger Bourrières participera également au Concours national de la Résistance et de la Déportation (C.N.R.D) en tant que président d’honneur du comité du Finistère. C’est d’ailleurs en se rendant depuis Paris à Quimper pour remettre les prix aux lauréats de l’année 1974, qu’il succombe d’une crise cardiaque à 62 ans.

Pour son engagement clandestin, il est homologué au grade de Lieutenant-Colonel et élevé au rang de Chevalier de la Légion d’honneur en 1945 puis Officier en 1951. Commandeur dans l’Ordre national du Mérite, il reçoit également la Croix de Guerre 1939-1945, avec palmes et la médaille de la Résistance française, avec rosette en 1946.

En son souvenir, son nom est attribué à des rues de Brest, Quimper et Guissény.

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Portfolio

Crédit photo : Famille Faucher
14 juillet 1950, Jean-Yves Donnart reçoit la médaille de la résistance décernée à son père à titre posthume

Sources - Liens

  • Archives municipales de Brest, registre d’état civil (2E177).
  • Archives départementales du Finistère, dossier individuel de combattant volontaire de la résistance de Roger Bourrières (1622 W).
  • Archives nationales, base Léonore, dossier de légionnaire de Roger Bourrières, rapports Jedburgh teams (72AJ/83) et Dictionnaire biographique des préfets (septembre 1870-mai 1982).
  • Service historique de la Défense de Vincennes, dossier individuel de résistant de Roger Bourrières (GR 16 P 83451), aimablement transmis par Edi Sizun (2016).
  • Ordre de la Libération, registre des médaillés de la Résistance française (J.O du 17/05/1946).
  • La Dépêche de Brest, éditions du 8 août 1936 et 3 juillet 1937.
  • BROC’H François, J’avais des camarades, éditions Le Télégramme, 1949.
  • BOHEC Jeanne, La plastiqueuse à bicyclette, éditions Mercure de France, 1975.
  • THOMAS Georges-Michel & LE GRAND Alain, Le Finistère dans la guerre - tome 1, éditions de la Cité, Brest-Paris, 1979.
  • THOMAS Georges-Michel & LE GRAND Alain, Le Finistère dans la guerre - tome 2, éditions de la Cité, Brest-Paris, 1981.
  • THOMAS Georges-Michel & LE GRAND Alain, 39-45 Finistère, éditions de la Cité, Brest-Paris, 1987.
  • KERVELLA André, Brest Rebelle 1939-1945, éditions Skol Vreizh, Morlaix, 1998.
  • Le Télégramme, 8 Mai à Guissény : une rue en hommage au colonel Berthaud (2000).
  • LE CORRE Louis, Les années noires du pays bigouden (2016).

Notes

[1Cette piste est fondée par l’émission après-guerre d’attestations par Roger Bourrières aux membres de ce groupe, les affiliant, comme il le fait pour lui, au mouvement Libération Nord (L.N). Cette filiation étant émise au moment de l’homologation des services pour faits de résistance, il faut peut être y voir une forme de complaisance administrative, de par l’obligation d’un rattachement à un réseau/mouvement homologué pour la prise en compte des actions clandestines.

[2Où Berthaud a établi son P.C depuis mars-avril 1944.