LECLERCQ Georges

Georges Eugène Antoine Denis Leclercq est le fils d’un docteur en médecine. Nous ignorons son parcours durant la Seconde Guerre mondiale jusqu’à son intégration dans les effectifs de la Mission Jedburgh, très probablement en tant qu’agent de la D.G.S.S (ex B.C.R.A). Sa nationalité française, le fait d’emblée servir de traducteur pour une éventuelle projection en France occupée.

Composées de deux officiers (dont un originaire du pays ciblé) et d’un radio, ces équipes ont pour but d’être parachutées derrière les lignes ennemies pour prendre contact avec la Résistance locale. Après évaluation des forces, les équipes Jedburgh doivent fournir une aide matérielle et tactique aux Forces françaises de l’intérieur (F.F.I) pour désorganiser et entraver les troupes allemandes en préambule aux opérations militaires menées par le Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force (S.H.A.E.F).

Avec le grade de Lieutenant, Georges Leclercq, le major américain John W. Summers et le technician 3rd grade américain William F. Zielske (radio), forment l’équipe Horace. Ils sont désignés pour prendre en charge l’arrondissement de Brest, avec la lourde tâche de préparer le terrain et de créer des diversions avec la Résistance locale en prévision d’une prise rapide de la cité du Ponant par l’armée U.S qui se dirige vers la Bretagne.

Selon François Broc’h, ce serait à Guipavas via Roger Bourrières, devenu par la force des choses responsable départemental des F.F.I du Finistère, que l’État-major F.F.I de Brest aurait appris le 13 juillet 1944 qu’un contact avec Londres était en place grâce à la mission Jedburgh du centre Finistère [1]. Une liaison est établie dès le lendemain et lors des préparatifs de réception de l’équipe destinée à Brest, c’est une prairie avoisinante du château de Penmarc’h à Saint-Frégant qui aurait été choisie comme drop zone pour l’équipe Horace. La phrase codée annonciatrice du parachutage était Les raisins vous rafraîchiront, indiquant que le parachutage serait pour la nuit suivante, entre minuit et deux heures du matin. Le lundi 17 juillet vers 21 heures, la B.B.C annonce l’avortement du parachutage pour le Nord Finistère, le terrain ayant été refusé.

L’équipe Horace embarque cependant bel et bien dans un avion Handley Page Halifax dans la nuit du 17 au 18 juillet 1944. Piloté par un équipage canadien, leur transport décolle de Tempsford en Angleterre pour les larguer dans le centre Finistère (secteur Est de Châteauneuf-du-Faou), en même temps que l’équipe Hilary - destinée pour sa part à la région de Morlaix. Comme convenu par radio, ils sont accueillis au sol par le capitaine Paul Grall [2] de l’équipe Jedburg Gilles, déjà sur place depuis le 9 juillet 1944. Ce dernier les fait conduire sans délai par voiture dans un maquis situé à environ 16 kilomètres au Sud d’Huelgoat (Landeleau ?).

Le 18 juillet, Horace établit contact avec Londres par radio. L’équipe Gilles envoie dans la région de Brest une agente de liaison pour prévenir les F.F.I que leur équipe Jedburgh est bien arrivée. Le soir, l’agente est de retour, sans être parvenue à entrer en relation avec la Résistance à Brest. Le capitaine Paul Grall quitte l’équipe Horace dans la soirée pour tenter personnellement d’établir un à son tour un contact avec Brest. Le lendemain, pas de nouvelle, Georges Leclercq et ses deux compagnons décident alors de prendre l’initiative d’entrer par eux-mêmes en relation avec la Résistance. Le 20 juillet, ils n’ont toujours pas de nouvelles de l’équipe Gilles.

Le lendemain, les parachutistes parlent avec plusieurs personnes ayant été dans l’obligation de fuir le secteur de Brest. Ces personnes sont pessimistes et donnent plutôt de mauvaises nouvelles sur l’état des forces dans l’arrondissement du Ponant. Leurs contacts les incitent même à ne pas s’y rendre. Malgré tout, l’équipe Jedburg parvient à entrer en relation avec un chef de maquis du Nord Finistère (dont l’identité est inconnue) le 22 juillet 1944, mais celui-ci indique ne pas avoir de lien avec Brest. En désespoir de cause, l’équipe Horace veut se rendre à Brest par ses propres moyens et pour seul guide, ils trouvent un jeune garçon de 14 ans.

Finalement, l’équipe Gilles est parvenue à prévenir Roger Bourrières qui à son tour à fait avertir Joseph Garion de l’emplacement de l’équipe Horace. Dans la soirée du 25 juillet 1944 à Loqueffret, les trois parachutistes sont chargés dans des tonneaux de vin sur un camion conduit par André Daveau et Victor Corre [3]. Malgré les nombreuses haltes à des barrages routiers allemands, le rapatriement de l’équipe Horace dans l’arrondissement est une réussite. Ils passent la nuit dans un bois près de la ferme Simon à Guipavas. Un tour d’observation allemande n’est cependant pas très loin de leur bivouac. Au petit matin du 26 juillet, Joseph Garion rencontre l’équipe et après une halte chez des patriotes, le transport en camion, toujours dans les tonneaux de vin, reprend à destination de Saint-Frégant en prenant un large détour. À Saint-Divy, le camion a un pneu à plat, des allemands en faction dans le bourg aident les chauffeurs à changer la roue... Le camion arrive finalement à destination au manoir de Penmarc’h alors qu’il fait encore jour.

Après 9 jours perdus, Horace est désormais à pied d’œuvre pour l’arrondissement de Brest. L’équipe s’active et prépare un plan d’attaque de Brest avec l’État-major F.F.I de Brest. Manquant cruellement d’armes, il est prévu plusieurs zones de largages pour recevoir des conteneurs. Ces zones, préalablement repérées par les groupes locaux de F.F.I, voient leurs coordonnées communiquées en Angleterre par William F. Zielske.

Zones de largages demandées par l’équipe Horace à Londres :

Le 31 juillet, Londres informe l’équipe Horace que plusieurs terrains sont refusés car jugés trop dangereux à cause de la défense anti-aériens allemandes. Le lendemain, l’équipe est informée que les Alliés avancent dans leur direction. Dans la nuit du 2 au 3 août 1944, grâce à l’équipe Horace, certaines zones reçoivent tout de même leur parachutage d’armes. C’est le cas des terrains Clio, Melpomène, Talie et Terpsichore.

Après compte rendu des parachutages, Horace renvoie dans l’après-midi du 3 août 1944, un message à Londres en réclamant de servir les terrains Vénus et Calliope immédiatement sans quoi ils ne pourront pas déclencher des attaques dans Brest. Cette réclamation restera hélas lettre morte, privant les cinq compagnies F.F.I théoriques de Brest d’armement et annihilant ainsi toute insurrection possible dans la cité du Ponant.

Jusqu’au 4 août, l’équipe de John W. Summers avait pour consigne d’éviter que les F.F.I de Brest déclenchent l’insurrection. Il fallait donc tempérer les hommes pour maximiser l’effet de surprise, qui devait profiter aux troupes américaines dont l’arrivée dans le secteur de Brest était une question de jours. Le 5 août 1944, les jedburgh donnent le feu vert aux F.F.I de l’arrondissement pour entrer dans la bataille. Une réunion se tient à Gouesnou en présence de différents responsables F.F.I de l’arrondissement. Joseph Garion met en branle son plan d’attaque malgré l’imperfection de l’armement. Le 2ème Bureau F.F.I quant à lui, missionne une Avant-garde F.F.I d’aller à la rencontre des troupes américaines avec des informations et cartes à jour, pour une pénétration rapide dans Brest. L’objectif est clair, forcer rapidement la capitulation allemande par les blindés américains, à défaut de pouvoir les harceler militairement dans les rues.

Le 6 août, les troupes allemandes du Nord de l’arrondissement, après avoir été harcelées par les F.F.I et en prévision de l’arrivée des américains, se replient sur la forteresse de Brest, provoquant une désorganisation temporaire des unités F.F.I. Le 7 août 1944, l’équipe Horace se met en relation avec les premiers éléments américains parvenus dans son secteur. Le 8 août, John W. Summers et William F. Zielske travaillent en coopération avec le service G2 (renseignement) de la 6th Armored division (U.S.A) pour manœuvrer les F.F.I, tandis que Georges Leclercq reste dans un maquis près de Lesneven. Dans les jours Horace participe à la coordination des forces, à la traduction des informations recueillies par la résistance brestoise ainsi qu’à la reddition de la garnison allemande du camp retranché de Saint-Pabu (280 prisonniers). Georges Leclercq s’établit lui à Plabennec et travaille particulièrement avec les Civil affairs des U.S.A et le quartier général des F.F.I.

Les 14 et 15 août 1944, les Jedburgh voient la 6th Armored division quitter le secteur, ne laissant que quelques unités pour maintenir la poche de Brest. Le commandement des F.F.I revient à Baptiste Faucher, pour remplacer Joseph Garion qui prend la tête d’une unité mixte F.F.I pour nettoyer le secteur de Plougastel-Daoulas, le Menez-hom et la presqu’île de Crozon. Pour sa part, le lieutenant Georges Leclercq s’est mis en relation avec la mission Aloès du Colonel Éon. Les jours suivant sont alloués à la collecte d’informations sur les positions allemandes et à l’inspection de la ligne de front, notamment avec le capitaine Bernard Knox de l’équipe Jedburgh Giles, venu se rendre compte de la situation dans l’arrondissement de Brest.

Avec l’arrivée du VIII U.S Army Corps à Brest dans les derniers jours d’août 1944, les Jedburgh coordonnent les efforts et font la liaison avec les F.F.I. L’effort pour les unités françaises étant particulièrement tourné vers la poche du Conquet, John W. Summers suit les éléments de la 29th Infantry division et du 2nd Ranger Battalion dans cette zone de combats. Après les redditions, de la batterie allemande de Keringar, de la presqu’île de Kermorvan et d’Illien, les F.F.I sont rassemblés en prévision de la poursuite des opérations sur Brest. Ils ne seront cependant pas engagés (ou très peu) dans les rues de la cité du Ponant. La mission de l’équipe Horace s’achève ainsi le 13 septembre 1944. Le 15, les trois parachutistes prennent un avion pour retourner en Angleterre.

Après guerre, Georges Leclercq épouse Eyliette Poussard (1921-2007), le 19 septembre 1945 à Alger.

Remerciements à Yann Goaoc pour leur aide à la rédaction de cette notice.

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Sources - Liens

  • Archives départementales des Yvelines, registre d’état civil (4E 5860).
  • Archives nationales françaises, compte rendu d’action de la Team Horace.
  • Service historique de la Défense de Vincennes, messages radios de l’équipe Jedburgh Horace (GR 28 P5-31), aimablement transmis par Yann Goaoc (2019).
  • HUESER Michael, album photo des équipes Jedburgh.
  • Service historique de la Défense de Vincennes, dossiers individuels de résistant de Georges Leclercq (GR 16 P 349722, GR 28 P 4 304 61 et GR 28 P 2 331) - Non consultés à ce jour.

Remerciements à Françoise Omnes pour la relecture de cette notice.

Notes

[1Ceci est plausible, dans son rapport l’équipe Gilles indique avoir rencontré Roger Bourrières le 12 juillet 1944.

[2Alias Paul Lebel, nom de code Loire, né le 9 mai 1913 à Guingamp, décédé le 1er janvier 1995 à Nice.

[3Dans sa version datée de 1949, François Broc’h indique avoir participé à ce convoyage, ce qui n’est pas confirmé par l’équipe Jedburgh qui ne cite que les deux premiers noms.