F.F.I Ploudalmézeau - Cie Russe

[1944]

Deux mois après le débarquement alliés en Normandie, le 31 juillet 1944, les troupes américaines percent à Avranches et s’engouffrent vers la péninsule bretonne. Malmenées, les troupes allemandes se replient dans le désordre vers les ports de Brest, Lorient et Saint-Nazaire. De son côté la résistance finistérienne étoffe ses rangs par un afflux massif de jeunes volontaires avides d’en découdre.

Pour les mouvements unifiés de la résistance ; les Forces Françaises de l’Intérieur (F.F.I), la principale préoccupation est d’armer tant bien que mal ces futurs combattants tout en leur prodiguant un minimum d’instruction militaire. La grande majorité de ces hommes n’ont jamais manié une arme de leur vie. Par chance, quelques anciens militaires formeront des cadres solides et éviteront bien des tragédies. L’armement par contre, fait cruellement défaut malgré les parachutages d’armes dans la nuit du 2 au 3 août, dans le nord du Finistère.
L’objectif est simple pour les F.F.I ; déclencher l’insurrection locale qui permettra de bousculer les allemands dans leurs lignes et accélérer le processus de libération du territoire quand le rouleau compresseur allié déferlera dans le secteur. Concrètement l’État-major brestois de la résistance sait que malgré les 3 800 F.F.I à disposition, ils ne peuvent seuls, neutraliser la garnison allemande de Brest dont les puissantes positions fortifiées interdisent par de violents tirs de barrage, tout accès frontal à la cité portuaire.

Déterminés, les F.F.I n’attendent cependant pas l’arrivée des américains pour déclencher l’offensive et attaquent les différentes positions au Nord de Brest. Ces insurrections qui se généralisent un peu partout en Bretagne, crée un climat d’insécurité et force l’ennemi à se retrancher, permettant à l’armée américaine de traverser la région en moins d’une semaine.
Début août, les allemands en déroute vers Brest et ceux en poste dans l’arrondissement, commettent des atrocités envers la population civile (Penguerec, Plouvien, Guipavas, etc...), souvent en représailles d’attentats et d’actes de franc-tireurs. A Tréouergat, un contingent de soldats de la wehrmacht se dirige, d’un pas décidé vers la ferme de Kergoff. S’y trouve l’important maquis du Bataillon F.F.I de Ploudalmézeau, commandé par le gendarme Joseph GRANNEC, alias Joseph 351 dans la résistance.

L’unité assaillante traverse le modeste bourg, elle fait forte impression aux habitants tétanisés et inquiets. Ces derniers ne se font guère d’illusion sur le sort de la famille LE GALL qui, depuis plusieurs jours, héberge à leur risque et péril les résistants.

Alerté, le maquis s’apprête à recevoir l’assaut. Les patriotes s’équipent et prennent position. Un signe de reconnaissance abaisse la tension. Les assaillants sont en fait 164 « russes blancs » de l’Ostruppen Bataillon n°633, intégrés dans l’armée allemande, qui désertent.

Qui sont-ils et d’où viennent-ils ?
L’Ostruppen Bataillon n°633, fort de quatre compagnies et plus de 650 hommes, arrive dans le secteur de Brest au mois de décembre 1943 en remplacement d’une unité allemande mutée sur le front de l’Est. Encadré par des officiers et sous-officiers allemands, son effectif se compose majoritairement de Russes, d’Ukrainiens, Baltes et d’une poignée de Polonais et Tchèques. Ces soldats originaires de lointaines contrées soviétiques, aux parcours variés, sont d’anciens prisonniers de guerre recrutés par anticommunisme et opposition au régime stalinien ou de manière plus pragmatique ; pour échapper aux conditions effroyables des stalags allemands. Intégrés dans l’armée Vlassov [1], ils restent considérés comme des sous-hommes par l’armée allemande.

Le bataillon 633 occupe les positions du mur de l’Atlantique de Ploumoguer, Plouarzel, Lanildut, Porspoder, Ploudalmézeau et Saint-Pabu. L’état-major cantonne au château de Kergroadez en Brélès.

Les habitants s’en méfient comme de la peste, sûrement par crainte de l’étranger mais rapidement leur sinistre réputation ne sera plus à faire. Passé le côté folklorique de quelques-uns, ils sont généralement mal encadrés et laissés libres de divaguer. Nuit et jour, des éléments rodent en petits groupes dans les campagnes à la recherche de vivres à barboter. Des vols (alcool, denrées alimentaires, argent) et des actes de violence sont commis, forçant les habitants à prendre des mesures de sauvegarde. Seul point positif, les russes se révèlent plus laxistes en matière de surveillance du mur de l’Atlantique et bien moins rigoureux que les soldats allemands avec les travailleurs de la Todt. Début mai 1944, trois soldats Vlasov, alcoolisés, s’en prennent à des fermes de Saint-Pabu et Lampaul-Ploudalmézeau. Ils tirent sur les bâtiments, commettent des rapines et tente d’abuser d’une fillette de douze ans. Ces exactions provoquent l’indignation dans les chaumières. Les autorités françaises alertent les allemands. L’occupant organise une confrontation à Saint-Pabu. Les trois fauteurs de troubles sont reconnus parmi les soldats russes alignés sur la place d’appel. Ils sont immédiatement arrêtés et châtiés par les allemands. Après ces péripéties les victimes françaises se rendent au café AUDRET de Corn-ar-Gazel en début d’après-midi du 7 mai. Subitement un russe fait irruption pour se venger et commet de terribles représailles. Il abat trois personnes, Robert LAOT, Yves SALOU et François BEGOC. Blessé et laissé pour mort, Servais KERBOUL en réchappe miraculeusement.

Tous ces actes odieux expliquent que peu de français sympathiseront avec ces soviétiques. Néanmoins plusieurs personnes s’y aventureront, comme Nathalie DOUILLARD.

Mme Douillard
Madame Nathalie OUVAROFF, née à Kiev en Ukraine le 9 septembre 1911. Issue d’une famille de la noblesse ukrainienne dont le grand-père, industriel prolifique, fut ministre de l’éducation nationale au temps des Tsars. Quand éclate la révolution russe en 1917, la famille émigre en France, Grande-Bretagne et Suisse.

Avant le déclenchement de la seconde guerre mondiale, le 8 juillet 1939 à Paris, elle épouse Pierre DOUILLARD, veuf, de 30 ans son aîné. Ce dernier est originaire de Brest, et a déjà une brillante carrière dans la Marine. Il dirige à Paris la Direction centrale du Commissariat de la Marine et représente « La Royale » au Conseil d’État. Février 1941, le Commissaire Général de la Marine Pierre DOUILLARD démissionne de ses fonctions et regagne son domicile de Kersaint en Landunvez et retrouve sa femme, réfugiée au domicile conjugal depuis le mois de mai 1940. A partir de 1942 il intègre la résistance et tente de fédérer les patriotes de la Marine. Quand arrivent les Russes en 1943, Pierre estime que son épouse a un rôle à jouer ; il l’encourage à servir d’intermédiaire. Mais Nathalie n’a pas pratiqué depuis fort longtemps sa langue natale et ne la maîtrise plus. Elle se force donc à réapprendre le russe puis va à la rencontre des officiers soviétiques de cette unité. Le contact est noué et durant six mois, les discussions évolueront en tractations, au profit de la résistance.

C’est avec le Lieutenant de 1ère classe Vladimir RASOUMOVITSCH, Commandant de compagnie et de son État-major qu’elle parvient à sympathiser. Ces gradés seront même invités régulièrement au domicile des DOUILLARD. Ce qui permet d’instaurer un climat de confiance entre deux évocations de leur origines communes. Il faut attendre le printemps 1944 pour qu’enfin ces derniers acceptent de se rallier à la résistance. Les multiples défaites du IIIe Reich face à l’U.R.S.S et la pression Anglo-américaine en Afrique et Italie n’y sont sûrement pas étrangères. Nathalie les renseigne sur l’évolution de la situation militaire mondiale par la diffusion de tracts en langue russe.

Le double jeu des DOUILLARD est plutôt mal perçu par la population locale. Les habitants ne se doutent certainement pas des enjeux de ces réceptions avec les soldats russes. Le principal est d’organiser cette alliance de manière efficace pour qu’au soulèvement des F.F.I, cette unité intègre les rangs de la résistance. Après le 6 juin, Nathalie enfonce le clou en expliquant aux russes le succès du débarquement américain et l’avance en Normandie. Elle achève de les convaincre de s’allier aux Forces Françaises de l’Intérieur et distribue des brassards tricolores en signe de ralliement. Au désespoir des DOUILLARD, les soldats russes, peu discrets par nature, arboreront ces brassards avant même l’insurrection. La démarche de Madame DOUILLARD va dans le sens de l’ordre donné le 25 juin par Mathieu DONNART alias Le Poussin, responsable F.F.I du Finistère ; instruction incitant ses subordonnés à retourner les soldats russes présents dans le département contre les allemands ou à s’assurer de leur neutralité.

6 août 1944 à Ploudalmézeau
Le dimanche 6 août, les paroissiens assistent à la grande messe de 10 heures. Le calme règne dans le bourg. Soudain, un camion des F.F.I surgit, fusil-mitrailleur en batterie sur son toit. Les résistants ouvrent le feu et abattent un officier russe sur son cheval [2] Apeurée, la monture galope vers la route de Saint-Renan et désarçonne son cavalier, face au cimetière. Les allemands ripostent mais le camion des F.F.I réussit à s’échapper en direction de Tréouergat, laissant la commune dans la panique et la confusion. Affolés, des jeunes gens, témoins du drame, s’engouffrent dans la mairie et s’échappent par une porte dérobée. Malheureusement Gabriel BIZIEN du hameau de Gouranou, pris au piège est appréhendé. Il est effroyablement torturé avant d’être achevé à bout portant au camp de Lézérouté [3].

Dans l’après-midi, alcoolisés, les Russes du camp de Lézérouté envahissent le bourg avec l’intention d’effectuer des représailles. La population, transie de peur, se calfeutre dans les maisons. Les soldats soviétiques apportent un canon et des fûts d’essence sur la place de l’église. Hystériques et emplis de rages, ceci mitraillent, pillent et saccagent les cafés. Un cavalier russe pénètre dans l’église avec sa monture, chamboule l’intérieur puis en ressort, bien décidé à embraser l’édifice.

Alertée par un courageux messager à son domicile de Kersaint-Landunvez, Nathalie DOUILLARD décide d’intervenir au mépris du danger. Elle enfourne sa bicyclette [4] et se dirige vers Ploudalmézeau. Elle pénètre seule, dans le bourg en proie aux soldats ivres de haine. Accompagnée à la Kommandantur, l’officier allemand lui annonce dans une fureur incontrôlable, son intention de raser le bourg et menace de fusiliers des otages. La résistante, parlant un peu la langue allemande, tente de parlementer et prend la défense des habitants. Peu de temps après, le lieutenant Vladimir RASOUMOVITCH, venu de Tréompan, intervient et participe aux négociations. Nathalie DOUILLARD, après d’interminables palabres, persuade l’occupant de mettre fin à ses sinistres projets. De son côté, le lieutenant russe reprend le contrôle des ses soldats et, la troupe recadrée, retourne à son camps de Lézérouté. Gardée en otage à la Kommandantur, Nathalie DOUILLARD retrouve son domicile le lendemain.

Irrésistibles, les forces américaines approchent du port du Ponant. L’état-major de la wehrmacht ordonne alors à ses troupes de rejoindre la forteresse de Brest. Les Russes de l’Ost-Btl 633 sabotent le matériel intransportable et incendient leurs baraquements. Deux bunkers à munitions explosent dans un fracas étourdissant. Le départ est proche, les DOUILLARD parviennent à convaincre le Lieutenant RASOUMOVITCH, qui semble encore hésiter, à gagner le maquis F.F.I de Tréouergat. L’officier russe donne ses instructions à ses hommes et avec eux gagne le point de regroupement du bataillon à Lanildut. La nuit venue, après avoir réquisitionné des agriculteurs et leurs attelages, la colonne s’ébranle en direction de Saint-Renan. En arrière-garde, la compagnie RASOUMOVITCH se laisse distancer et au signal convenu, se débarrasse de l’encadrement allemand à coups de crosses et à l’arme blanche. Ils épargnent un vieil interprète et rallient le maquis.

Ferme de Kergoff – Maquis de Tréouergat
Accueilli par les patriotes, la compagnie RASOUMOVITCH s’intègre au maquis de Tréouergat et bivouaque dans une prairie. Ils troquent leur uniforme allemand contre des vêtements civils ou teignent leur tenue en noir. Ils sont rapidement mis à contribution en effectuant des patrouilles. Lors de l’une d’elles, le 10 août deux russes seront blessés. Le 11 août, un maladroit F.F.I tue accidentellement le sous-officier ILIN Afanasy, âgé de 31 ans.

Leur emploi au combat, envisagé par l’état-major F.F.I est soumis à l’accord de la 6ème division blindée des U.S.A récemment arrivée dans le secteur. Feu vert. Désormais membre à part entière du dispositif des Forces Françaises de l’Intérieur, la compagnie Russe renforce la valeur militaire [5] du bataillon de Ploudalmézeau.

Celui-ci est le plus gros bataillon du nord Finistère, il est composé d’un Etat-Major et de quatre compagnies :
- Ploudalmézeau (1ère)
- Saint-Pabu & Plouguin (2ème)
- Landunvez, Porspoder & Plourin (3ème)
- Lanildut & Brélès (4ème).

Les opérations militaires
La première action militaire des volontaires russes a lieu à l’encontre de l’importante station radar allemande de Saint-Pabu. Le bataillon F.F.I de Ploudalmézeau projette de s’emparer de cette place forte qui depuis plusieurs jours, pilonne ponctuellement le bourg et les environs de Landéda. Dans la nuit du 11 août, les combattants F.F.I et les Russes encerclent et harcèlent la garnison de coups de fusils sporadiques ou de tir de mitrailleuses. Malgré la position intenable et la démoralisation, les allemands craignant les représailles des terroristes ; ils refusent de capituler. Lannilis à peine libérée, l’état-major F.F.I sollicite le concours des troupes américaines. Après de brefs pourparlers et là présence dissuasive d’un peloton blindé U.S, les 287 allemands de la station radar se rendent.

Le 14 août, le commandement U.S décide de conquérir la position fortifiée du Corsen. Le commandant du bataillon F.F.I de Ploudalmézeau, le Lieutenant Joseph GRANNEC, engage dans l’opération une section de sa 1ère Compagnie et le détachement F.F.I russe du Lieutenant Georgu KUTAJEV. La ligne de front des F.F.I se situe au niveau de Lanildut et Brélès. Le secteur est loin d’être sécurisé, une telle offensive sans protection sur ses flancs, s’avère périlleuse. Les hommes, transportés par les camions des Ponts et Chaussées jusqu’à Trézien, progressent et bivouaquent à deux kilomètres de l’objectif. Dans la soirée du 15 août, les canons de la redoutable batterie lourde de Kéringar tonnent et pilonnent le bourg de Trézien.

Au matin du 16 août, les tirs germaniques, guidés depuis un poste d’observation dans le clocher de Ploumoguer, bombardent avec acharnement les lignes françaises. Les allemands tentent, avec de l’infanterie, une puissante attaque.

En infériorité numérique (1 contre 4), les patriotes opposent une résistance acharnée mais se trouvent menacés de débordement. L’intervention précise des fusils-mitrailleurs et mortiers du détachement russe de Georgu KUTAJEV, infligent de lourdes pertes et brisent l’assaut ennemi qui parvient néanmoins à reprendre Trézien. Dans l’affrontement, les forces françaises déplorent la perte de trois combattants.

L’habileté avec laquelle les hommes du Lieutenant KUTAJEV ont su rétablir la situation suscite le respect aux combattants F.F.I. Ils sont revigorés par la présence à leurs côtés de ces soldats expérimentés venus du lointain Oural, devenus des camarades de combat. Autre point positif, la compagnie russe gagne définitivement la confiance de l’état-major F.F.I et devient le fer de lance du bataillon de Ploudalmézeau.

Les jours suivants, de sporadiques escarmouches opposent les F.F.I à des patrouilles allemandes. Le 18 et 19 août, les soldats russes Alexander SEMJONOV et Alexander KOUZMINE succombent sous les balles. Ils sont inhumés au cimetière de Plourin, un détachement F.F.I leur rend les honneurs militaires.

Le 25 août, les Russes déployés au centre du dispositif, concentrent leurs efforts sur la position retranchée du Corsen. Quatre jours de lutte acharnée et trois attaques d’infanterie achèvent de réduire cette position allemande. Les F.F.I et la compagnie russe enregistrent la capture de 60 officiers et soldats allemands mais déplorent la mort au combat du soldat russe Pjort JILKO.

Acculé, l’ennemi se retranche sur la poche du Conquet. Le 30 août, les 1ère, 3ème compagnies du bataillon de Ploudamézeau, renforcés par la compagnie Russe se chargent avec succès du nettoyage du hameau de Kerlochouarn. Le 3 septembre, les F.F.I reçoivent la mission de s’emparer d’Illien. Sans soutien de l’artillerie, les unités appuyées par une compagnie d’infanterie américaine se lancent à l’assaut du redoutable bastion.

La farouche ténacité avec laquelle la position [6] allemande résiste, empêche malgré la bravoure des assaillants, toute progression. Sur ordre du commandement U.S, l’unité américaine présente sur les lieux se retrouve affectée vers un autre objectif. Le professionnalisme militaire et le courage des russes, sans omettre le cran des F.F.I sous les feux de l’ennemi, font forte et bonne impression aux officiers américains. Pour maintenir l’illusion de la présence américaine dans ce secteur, une quinzaine de russes perçoivent, en toute confiance, des tenues de combat américaines. Le harcèlement de la presqu’île d’Illien se poursuit jours et nuit jusqu’au 10 septembre, date de la capitulation de la garnison allemande.

Après la reddition de la poche du Conquet, l’unité russe fait mouvement sur la Trinité-Plouzané pour un éventuel déploiement sur la forteresse de Brest. Au soir du 16 septembre, la compagnie russe occupe les forts du MENGANT, du DELLEC et les grèves avoisinantes. Les américains, maître du terrain et en nombre suffisant, n’autorisent que quelques détachement F.F.I à combattre dans Brest.

Après la libération
La compagnie russe bivouaque dans la région du Conquet où elle assure le ramassage des armes et du matériel abandonné. Le 4 octobre 1944, le Lieutenant-Colonel Baptiste FAUCHER, Commandant des F.F.I de l’arrondissement de Brest, adresse un courrier aux autorités départementales F.F.I pour que lui soit attribué des fonds supplémentaires afin de régler les soldes et surtout le ravitaillement de cette unité. Il fait également une demande explicite pour que l’unité soit employée à d’autres tâches et qu’elle soit dirigée sur un front actif. Le 13 octobre, Baptiste FAUCHER adresse également un courrier à l’état-major F.F.I de l’arrondissement de Lamballe, où d’autres Russes stationnent, pour envisager un regroupement. Malgré ces initiatives, les Russes sont toujours en faction à l’ouest de Brest début novembre mais cette fois du côté de Brélès.

De son côté, Mme DOUILLARD écume la façade Atlantique de Quimper jusqu’à Bordeaux et participe aux pourparlers destinés à faire déposer les armes aux unités Vlassov luttant encore pour les allemands. Pour la globalité de son action dans la résistance et lors de la Libération, Mme DOUILLARD recevra la Croix de Guerre le 22 novembre 1945 et sera promue au grade de Chevalier de l’ordre de la Légion d’Honneur.

Le destin tragique des volontaires russes du bataillon F.F.I de Ploudalmézeau
Le bataillon F.F.I de Ploudalmézeau officiellement dissout le 1er octobre 1944, les volontaires rejoignent leur foyer ou incorporent l’Armée. Dans l’immédiat, le gouvernement Gaulliste plus préoccupé à rétablir l’ordre républicain, se montre peu soucieux de statuer sur le sort des anciens soldats russes présents sur le sol français. Ils auraient pu servir, pour la durée de la guerre, dans une unité régulière de l’armée française ou souscrire un engagement dans la Légion Etrangère. L’avenir en décidera autrement.

Les accords de Moscou du 29 juin 1945 stipulent que tous les soviétiques, civils comme militaires doivent être rapatriés vers l’U.R.S.S. Devenu des indésirables sur le territoire nationale, les anciens F.F.I russes sont convoyés jusqu’à Rennes, puis rassemblés avec leurs homologues près de Bordeaux. Ils regagnent par voie maritime, l’appréhension au cœur, la mère patrie. L’impitoyable régime stalinien réclame des comptes à ces anciens soldats ayant trahi leur patrie. Dès leur arrivée sur le sol natal, des pelotons de la police soviétique fusillent les officiers. Les hommes du rang connaîtront les conditions épouvantables de l’univers des camps Sibériens.

Le 8 août 1965 à Tréouergat, les pouvoirs publics inaugurent une stèle à la mémoire du bataillon F.F.I de Ploudalmézeau. Sur sa façade est gravé les noms des résistants victimes de la barbarie nazie, des combattants F.F.I et russes morts aux champ d’honneur lors des combats et des déminages. L’inscription de quatre noms de soldats russes sur ce monument commémoratif reste l’une des rares preuves visibles de leur ultime sacrifice et de leurs engagements militaires aux côtés de leurs frères d’armes français. On remarque cependant l’absence sur la stèle, du lieutenant russe Joseph KOROCHENKO pourtant inscrits sur la liste des décès des archives du bataillon F.F.I de Ploudalmézeau. Il aurait été tué lors d’un accident le 8 novembre 1944. Tout renseignement complémentaire serait le bienvenu.

Conclusion
Ironie de l’histoire, au milieu des années quatre vingt et jusqu’à la dislocation du bloc de l’Est, face à la stèle de Tréouergat, devenue lieu de mémoire, chaque premier dimanche du mois d’août, une délégation de l’Ambassade de l’Union Soviétique prenait part aux côtés des autorités locales et des vétérans du bataillon F.F.I aux commémorations. Est-ce un hommage tardif à ces soldats devenus des oubliés de l’histoire ?


Remerciements à Laurent CORRE, Hervé FARRANT, Joël LE BRAS, Patrick LE CANN, Jos SALIOU, Gildas SAOUZANET, Ronan TABURET et la fabuleuse Coline VIALLE pour l’aide apportée à la rédaction de cet article.

Publiée le jeudi 31 octobre 2019, par Gildas Priol.


[1Appellation française de ces soldats russes ; du nom d’Andreï Vlassov, général russe capturé et retourné par les allemands en 1942.

[2C’était le médecin de la Compagnie Russe du camp de Lézérouté.

[3Deux jours plus tard, des agriculteurs découvriront son corps martyrisé dans un ruisseau.

[4abandonnée par les anglais en déroute en 1940

[5l’unité arrive avec tout son armement individuel, quatre mitrailleuses lourdes, trois canons anti-chars, des mortiers ainsi que des munitions pour toutes les armes.

[6Truffée de bunkers permettant des tirs croisés