YVINEC Albert

Albert Yvinec passe un Certificat d’études primaires avant de débuter dans le monde professionnel comme mécanicien. Il devance son service militaire en s’engageant dans l’armée en 1930. Il sert jusqu’en 1932, au 2ème Régiment d’Infanterie Coloniale (R.I.C) puis dans un régiment de Tirailleurs algériens jusqu’en 1934. Il termine ses cinq années d’engagement au 2ème R.I.C en 1935 avec le grade de sergent. Il se fait embaucher ensuite par la Direction des armes navales (D.A.N) de Cherbourg comme ouvrier-artificier et adhère à la Confédération générale du travail (C.G.T) en 1936. L’année suivante, il épouse Yvonne Salou (1914-1998) à Plouguerneau. En 1938, leur fille voit le jour à Cherbourg puis la famille déménage en raison de la mutation d’Albert Yvinec au même poste à la D.A.N de Brest. Au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, il reste dans le secteur et se voit employer à la Pyrotechnie de Saint-Nicolas au Relecq-Kerhuon sous le statut d’affecté spécial. Sous l’occupation, Albert Yvinec est employé à la construction de la base sous-marine allemande de Brest dès 1941.

L’entrée en Résistance d’Albert Yvinec est assez mal définie. Il indique avoir réalisé de sa propre initiative, à partir de juillet 1941, des sabotages sur la construction de la base sous-marine. Son entrée dans une structure organisée de la Résistance est néanmoins plus tardive. En décembre 1943, son épouse, retirée à Plouguerneau avec leur premier enfant, donne naissance à leur fils Daniel. Le même mois, probablement par l’intermédiaire de sa sœur Évangéline, Albert Yvinec est recruté par Marcel Boucher dans le Groupe Giloux des Francs-Tireurs et Partisans (F.T.P) de Brest. Ce groupe a déjà engagé des actions armées contre l’occupant et entend poursuivre de cette manière la lutte.

Albert Yvinec semble fournir des armes à son groupe car il est soupçonné du vol de mitraillettes à la base sous-marine allemande. Le domicile des Yvinec est perquisitionné à Plouguerneau le 23 décembre 1943. Se sentant plus que menacé, Albert Yvinec quitte son emploi et sa famille le lendemain pour trouver refuge à Callac dans les Côtes-du-Nord. Il y reste une bonne partie du mois de janvier 1944. Après avoir rétabli les contacts avec les rescapés de son groupe, Albert Yvinec revient en Finistère et retrouve ses camarades dans une ferme isolée au Goënidou à Berrien le 25 janvier 1944. S’y trouvent alors Marcel Boucher, Guy Raoul, André Garrec, Alix Guillaume, Jean Coguiec et Jean-Claude Porhel.

Albert Yvinec relate les conditions de vie des maquisards :

Le groupe était donc logé dans une maison isolée, servant de dépôt de fourrages. [...] La popote était assurée à tour de rôle, par les membres du groupe, le mobilier de cette masure était réduit à son plus humble expression. Une table rustique, deux bancs et c’est tout. La cuisine se faisait dans l’âtre. [1]

Le groupe projette néanmoins des actions, notamment contre le barrage de Saint-Herbot. Il est aussi question de l’attaque d’un dépôt d’armes à Plounéour-Ménez. Dans la nuit du 2 au 3 février 1944, une mission de reconnaissance est faite à Plounéour-Ménez. Dans la matinée du 3 février 1944, un officier allemand et son ordonnance débarquent à la ferme où les résistants se cachent. Les allemands font le tour du secteur pour demander à la population d’évacuer temporairement les lieux en raison de séances de tirs de mortiers à Roc’h Trédudon. Curieux, l’allemand insiste pour visiter la ferme, il lui en coûte la vie, abattu par Marcel Boucher. Le soldat allemand qui l’accompagne est lui abattu par Jean Coguiec. Craignant des représailles, le groupe se disperse, pour sa part, Albert Yvinec part avec Jean Coguiec vers Huelgoat. Après y avoir laissé son camarade, Albert Yvinec poursuit vers Plouyé.

La dispersion reste coordonnée dans la mesure om tous doivent attendre une liaison pour se regrouper à nouveau. Celle-ci ne viendra jamais, le chef de groupe Marcel Boucher ayant été abattu le 4 février à la sortie de Landerneau avec Guy Raoul et André Garrec. Malgré l’ordre d’attente, Albert Yvinec s’impatiente et se rend chez sa sœur Yvette Dollet à Brest pour prendre des nouvelles. Après une semaine d’attente, il parvient à renouer des contacts avec le Groupe Lambert de Landerneau. Albert Yvinec apprend également le sort funeste de ses trois camarades. Le 17 février 1944, il participe avec trois landernéens, Alix Guillaume et Jean-Claude Porhel au déboulonnage de rails entre Dirinon et Landerneau sur la voie ferrée reliant Quimper à Landerneau.

Les rescapés du Groupe Giloux partent ensuite s’établir de nouveau à Berrien mais devant l’accroissement des patrouilles et arrestations dans le secteur, ils se ravisent et établissent leur maquis plus au sud, dans les bois de Coat-Bihan à Plonévez-du-Faou. Albert Yvinec est officiellement nommé chef de groupe en mars 1944 par Yves Autret. Les effectifs se renforcent peu à peu, et les actions se poursuivent. Outre les recrutements et l’instruction militaire de ceux-ci, le groupe récupère un peu d’armement, du matériel et une traction. Les maquisards effectuent des opérations de collecte de renseignements, à Brest ou au Relecq-Kerhuon ainsi qu’à des actions, notamment dans les Côtes-du-Nord. Vers la mi-avril 1944, les maquisards décident de scinder l’effectif en deux. André Lagoguet reste sur place, adoptant le nom de maquis de l’Étoile Rouge, embryon du futur Bataillon F.T.P Georges-Le-Gall tandis qu’Albert Yvinec part du côté de Scrignac pour ratisser plus large et trouver des volontaires. C’est pour ainsi dire la naissance théorique du futur Bataillon F.T.P Giloux.

Après un temps à Scrignac, les maquisards passèrent dans la région de Callac pour le mois de mai 1944. Durant toute cette période, les contacts avec la résistance F.T.P locale et départementale furent maintenus. Des actions d’aide à la population locale furent mises en œuvre, notamment la chasse aux pilleurs de fermes afin de revigorer la sympathie de cette population rurale qui avait de plus en plus de mal à ne pas confondre voleurs et maquisards. Le 4 juin 1944, le groupe qui s’est bien renforcé et qui a de bonnes assises dans le secteur, s’installe près de la chapelle de Saint-Maudez à Plourac’h où ils apprennent deux jours plus tard le débarquement en Normandie. La nuit du 7 juin est consacrée à établir des barrages sur les routes principales et secondaires du secteur. Le 8 juin, sur invitation du maire de Bolazec, les maquisards d’Albert Yvinec éliminent deux sentinelles allemandes du dépôt d’armes de la commune. Après récupération d’armes, munitions et équipements, le local est incendié.

Ce coup d’éclat permet d’accroître la notoriété des hommes d’Yvinec et de rallier un bon nombre de patriotes à sa cause. Il est d’ailleurs nommé par les autorités départementales F.T.P aux fonctions de responsable de maquis et adjoint pour le Nord Finistère à Daniel Trellu, Responsable départemental F.T.P. Albert Yvinec poursuit le travail de sape sur les routes et réclament des armes pour grossir son effectif. Début juillet, Yvinec parvient à être mis en relation avec un officier anglais des Jedburgh qui lui promet des armes. Les F.T.P du secteur sont alertés et vont se concentrer au maquis d’Yvinec pendant huit jours en vain, il n’y aura pas de parachutage. De surcroît, le maquis est contraint de décrocher à l’approche de troupes allemandes. Les groupes venus de pour le parachutage repartent les mains vides, l’équipe d’Albert Yvinec s’établit à Scrignac dans un vieux moulin. Enfin, il effectue une mission de liaison jusqu’à Laz (50 kilomètres) le 13 juillet pour obtenir un parachutage grâce à l’équipe Giles de la mission Jedburgh.

Les parachutages du 14 juillet à Plourac’h, 19 juillet à Plounéour-Ménez, 21 juillet à Plourac’h, 25 juillet à Scrignac et 28 juillet à Gueslesquin (ou Plourac’h ?) permirent enfin d’équiper les patriotes qui affluèrent de toute part. Le Bataillon F.T.P Giloux prenant vie, Albert Yvinec fut promu Chef de Bataillon avec le grade de Capitaine. L’équipe Jedburgh Hilary s’immisça dans la formation avec la demande d’attendre avant de déclencher l’insurrection générale. Les F.T.P n’en tiennent pas compte et harcèlent les allemands qui s’aventurent hors de leurs cantonnements.

Avec 4 compagnies de combat à sa disposition, Albert Yvinec ouvre la voie aux troupes américaines dans son secteur. Le bataillon est déployé sur la route entre Guingamp et Morlaix au Ponthou où les 3 et 4 août 1944, elle engage le combat contre les troupes allemandes avant de se replier sur Guelersquin pour y percevoir un nouveau parachutage. Le Bataillon F.T.P Giloux participe aux opérations de Libération dans le secteur Plouigneau et Morlaix. L’unité assure ensuite le nettoyage du secteur pour capturer les derniers ennemis et récupérer du matériel. L’unité est engagée vers le 20 août 1944 devant la poche allemande de Plougastel-Daoulas. Albert Yvinec retourne ensuite à Morlaix avec son unité pour dissolution.

Pour sa part, il souscrit un engagement pour la durée de la guerre et participe à la reformation du 118ème R.I.M en tant que capitaine d’une compagnie. Il est déployé sur le front de Lorient. Après guerre, Albert Yvinec s’occupa de ses camarades F.T.P et milita au P.C.F. Il reprit son poste à la Pyrotechnie de Saint-Nicolas d’où il fut licencié en 1952 pour avoir fait voter une résolution demandant aux ouvriers de l’arsenal de s’opposer au travail pour la guerre d’Indochine, ainsi qu’au chargement de wagons de balles pour le Vietnam.

Pour son engagement dans la clandestinité, il reçoit la Croix de Guerre 1939-1945, avec étoile d’argent et la médaille de la Résistance française en 1946. L’année de son décès, une rue près de Kéranroux à Saint-Pierre-Quilbignon est dénommée en son hommage, à la demande de l’A.N.A.C.R.

La sépulture d’Albert Yvinec se trouve dans le cimetière de Saint-Pierre-Quilbignon à Brest [Carré F, Rang 10, Tombe 19]

Publiée le , par Edi Sizun, Gildas Priol, mise à jour

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Sources - Liens

  1. YVINEC Albert, témoignage tapuscrit, 1969, aimablement transmis par Olivier Polard.
  2. Service historique de la Défense de Vincennes, dossier individuel de Résistant d’Albert Yvinec (GR 16 P 605732).
  3. Ordre de la Libération, Paris, registre des médaillés de la Résistance française.
  4. Archives Départementales du Finistère, dossier individuel de combattant volontaire de la résistance d’Albert Yvinec (1622 W).
  5. La Dépêche de Brest, édition du 9 février 1937.
  6. Le Maitron, fiche biographique d’Albert Yvinec.
  7. THOMAS Georges-Michel & LE GRAND Alain, Le Finistère dans la guerre - tome 2, éditions de la Cité, Brest-Paris, 1981.
  8. CISSÉ Gérard, Rues de Brest - de 1670 à 2000, éditions Ar Feuntelin, 2012, page 469.
  9. Brest Métropole, service des cimetières, sépulture d’Albert Yvinec.

Notes

[1YVINEC Albert, témoignage tapuscrit, 1969.