FAUCHER Baptiste

Baptiste Faucher souscrit un engagement volontaire dans l’Armée française en 1907. Il gravit les échelons et passe Sergent quelques mois avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Engagé sur le front, il est blessé en 1916. Après la fin de la guerre, il est affecté au Levant en 1919 puis en Indochine en 1924. Les affectations se succèdent pour ce militaire de carrière devenu Capitaine. Dans les années trente, il est affecté en Afrique-Équatoriale française. Marié à Marguerite Quéméner, le couple a deux enfants, Simone en 1919 et Éliane en 1928.

La Seconde Guerre mondiale le fait revenir avec son unité en France métropolitaine. Le bataillon de tirailleurs du Moyen-Congo, dans lequel il commande la 1ère compagnie, débarque à Bordeaux le 18 avril 1940. Dirigés dans les Pyrénées-Orientales, le bataillon est en instance de départ pour le front suite au déclenchement de la Campagne de France en mai 1940. De nombreuses difficultés empêchent son unité de participer à la défense du territoire. Par suite de l’Armistice du 22 juin 1940, son unité est dissoute et Baptiste Faucher est admis en retraite en août 1940 après 33 années de service. Au titre de la réserve, il est nommé Chef de Bataillon, il gagne alors Brest et retrouve sa famille en zone occupée.

Sur place, en juillet 1941, l’Intendance militaire française lui demande de servir de nouveau pour s’occuper du camp de prisonniers de Guerre de Brest, le front-stalag de la caserne de Pontanézen où sont internés des troupes coloniales. Il doit également, fournir l’intendance pour les prisons du Bouguen et de Pontaniou à la suite d’un accord passé entre Victor Le Gorgeu et la Kommandantur de Brest. Ce service d’intendance des prisons se termina en juin 1942.

Début août 1942, Baptiste Faucher voit le transfert des prisonniers coloniaux de Brest à Rennes. Il est alors affecté comme Chef de l’intendance coloniale de Brest, repliée à Quimper jusqu’en mars 1943. Après avoir transmis ses dossiers et passé la main à son successeur, il retrouve une nouvelle fois Brest, qui subit une énième période de bombardements. Il installe alors sa famille au manoir de Pennenfreff à Plourin. Baptiste Faucher fait également jouer ses relations amicales pour obtenir un poste grâce à l’Intendant Rouffaneau. Il est ainsi nommé Contrôleur du Ravitaillement Général du canton de Saint-Renan.

Il visite pour son nouvel emploi les communes du canton ainsi que Ploudalmézeau où lors du second semestre de l’année 1943, probablement en septembre, il fait la connaissance du notaire Henri Provostic. Ce dernier agit pour le mouvement de Résistance Défense de la France (D.F). En novembre, le nom de Baptiste Faucher circule aux oreilles des responsables du mouvement ainsi qu’à ceux de Libération Nord. Des tractations entre ces deux organes sont en cours, en prévision d’une coopération qui se matérialise en décembre de l’année 1943.

L’Armée Secrète (A.S) prenant corps, le département est scindé en cinq arrondissement. Brest à elle seule, compose avec son secteur deux des arrondissements. Le premier revient à Edouard Riban et le second à Baptiste Faucher. Il a désormais la responsabilité militaire de l’arrondissement rural de Brest. Son périmètre d’action s’étend du Conquet jusqu’à Plouescat, Lesneven, Landerneau et Daoulas. Il devient alors dans la clandestinité, le Commandant Louis.

L’objectif premier est de former des troupes de patriotes qui, le moment venu, déclencheront l’insurrection coordonnée pour participer à la libération de leurs secteurs. Pour se faire, Faucher doit prendre contact avec les différents groupements épars de la Résistance et inciter les chefs locaux à former les embryons d’unités combattantes. Ces unités doivent former les bataillons et compagnie des Forces Françaises de l’Intérieur (F.F.I) de Brest. Le mot d’ordre reste cependant l’attentisme et aucune action armée ou de sabotage ne doit être entreprise sans l’accord de la hiérarchie. En ce début 1944, le rapport de force est encore totalement en défaveur des Résistants démunis d’armes.

En quelques mois, les réunions s’enchaînent à Brest et dans les cantons. En avril et surtout en mai 1944, les allemands font tomber plusieurs chefs de la Résistance du pays de Brest. Une partie de l’état-major F.F.I est compromis, Baptiste Faucher se fait discret et prend le maquis. Début juin 1944, le débarquement est synonyme d’espoir, Mathieu Donnart ressert les rangs et prend en charge le commandement militaire de la région brestoise, en remplacement de son chef d’état-major, Paul Fonferrier, récemment arrêté. C’est également le moment où Joseph Garion devient le supérieur d’Edouard Riban et de Baptiste Faucher en tant que Responsable des F.F.I des arrondissements F.F.I de Brest.

Les unités F.F.I du pays de Brest recrutent de manière efficace des patriotes prêts à prendre les armes mais celles-ci font défaut. Ce problème est en passe d’être réglé, le responsable départemental Mathieu Donnart fait savoir à Joseph Garion, par une lettre datée du 26 juin, qu’il est en contact avec le Morbihan pour organiser des parachutages. Au cours de cette opération, il sera arrêté, plongeant à nouveau l’organisation de la résistance dans la pénombre. Il est remplacé par Roger Bourrières qui était jusqu’il y a peu, son adjoint dans le sud Finistère.

Le mois de juillet 1944 voit d’autres problématiques apparaître pour les F.F.I de Brest mais dans l’ensemble, les unités sont formés et lors de la réunion entre Bourrières, Garion et Faucher au Folgoët le 2 août 1944, ils estiment avoir à disposition entre 2 700 et 3 00 F.F.I dans le pays de Brest. L’armement tant espéré est parachuté grâce à la Team Horace - Mission Jedburgh dans la nuit du 2 au 3 août dans les cantons ruraux de Brest. Le 5 août 1944, les F.F.I de tout le pays de Brest reçoivent l’ordre de déclencher les insurrections et les opérations militaires d’harcèlement contre l’occupant allemand.

A compter du 15 août 1944, Joseph Garion prend la direction militaire des opérations F.F.I pour la réduction de la poche de la presqu’île de Crozon. Baptiste Faucher devient ainsi le Chef d’arrondissement F.F.I pour Brest. Il coordonne les attaques F.F.I en liaison avec l’armée américaine. Après l’encerclement de Brest par les trois divisions américaines, l’effort principal des F.F.I se portent sur la réduction de la poche du Conquet avec la 29ème Division d’Infanterie U.S. Ces opérations s’achèvent le 10 septembre et Baptiste Faucher reçoit les félicitations américaines pour l’engagement des F.F.I dans les combats. Il est décoré pour ce fait de guerre, de la distinction américaine Bronze Star Medal.

Faucher manœuvre enfin ses troupes pour la bataille finale de Brest mais seules quelques unités seront autorisées par l’armée américaine à participer à la reddition de la ville. Dans la foulée, il met sur pied un bataillon de sécurité pour gérer les affaires courantes à Brest et y interdire l’accès pour éviter les pillages et d’éventuelles victimes supplémentaires à cause des armes et munitions qui parsèment la ville. Baptiste Faucher est promu Lieutenant-Colonel le 25 septembre 1944.

Très rapidement, il met également en place des unités F.F.I qui doivent se porter sur la poche de Lorient. C’est le renouveau de l’Armée française où les F.F.I sont démobilisés et peuvent souscrire, sur la base du volontariat, un engagement pour la durée de la guerre à Landerneau. Baptiste Faucher reste sur le front de Lorient jusqu’en Novembre 1944 avant d’être relevé et affecté à Quimper pour y former une école de Cadres d’Officiers. Cette école fonctionnera jusqu’au 31 mai 1945 et formera près de 400 officiers. Enfin, il dirige le camp de prisonniers de guerre Allemands n°113 basé à Chateaulin jusqu’en juillet 1946. Atteint par la limite d’âge, il est admis à la retraite et se retire à Brest.

S’en suivra une carrière politique locale et surtout il assure, en tant que plus haute autorité brestoise des F.F.I après le décès de Joseph Garion en 1948, la rédaction et la transmission des divers dossiers d’homologations des services des Résistants. Il sera fait Commandeur de la Légion d’honneur en juin 1945. Une rue de la zone de Kergaradec à Brest porte son nom depuis 1983.

La sépulture de Baptiste Faucher se trouve dans le cimetière de Saint-Martin à Brest [Carré D, Rang 5, Tombe 19]

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Portfolio

Baptiste Faucher et Albert Le Bars au centre (1944-145)
Reddition allemande à Keringar (Le Conquet) le 9 septembre 1944
Baptiste Faucher à gauche, posant avec un chef de section après les combats.
Reddition allemande à Brest le 18 septembre 1944
Archives de Brest - 2fi02399
Maquis de Tréouergat, août 1944
Baptiste Faucher accompagné de deux officiers américains arrivent à la ferme de Kergoff, maquis de Tréouergat. L’homme qui ouvre la marche est le gendarme Grannec.
Commémoration
Probablement prise à l’inauguration de la stèle des F.F.I de Tréouergat, de gauche à droite : Un représentant américain du 86th Régiment de Reconnaissance méchanisée U.S, Pierre Huet, Baptiste Faucher et Jean Louis Arzel.
Baptiste Faucher recevant la Bronze Star (U.S) en septembre 1944

Sources - Liens

  1. Archives municipales de Brest, registre d’état-civil (3E476).
  2. Brest Métropole, service des cimetières - sépulture de Baptiste Faucher.
  3. Archives F.F.I de l’arrondissement de Brest.
  4. Service Historique de la Défense (S.H.D) de Vincennes, dossier individuel de Résistant de Baptiste Faucher (GR 16 P 217021), aimablement transmis par Edi Sizun.
  5. HATFIELD Thomas, Rudder - From leader to legend, Texas A&M University Press, 2011.
  6. CISSÉ Gérard, Rues de Brest - de 1670 à 2000, éditions Ar Feunten, Brest, 2012.