LE BIHAN Jean

Jean Francis Le Bihan, parfois nommé Jean-François, est le fils d’une femme au foyer et d’un employé de commerce, tous deux originaires de Recouvrance. Jean Le Bihan vient au monde l’année suivante du mariage de ses parents, hélas en 1909, son père succombe. Sa mère se remarie en 1911, à Saint-Pierre-Quilbignon. C’est là qu’il passe son enfance avant de devancer son appel sous les drapeaux. Jean Le Bihan contracte un engagement volontaire dans la Marine nationale en 1928. Rapidement, il est formé à la mécanique et élevé au grade de quartier-maître. Jean Le Bihan épouse Marie Pichard (1912-2001), le 13 avril 1931 à Saint-Pierre-Quilbignon et de cette union, naissent deux garçons : Jean (1932-2001) et Robert (1936-2014).

Dans les années 1930, Jean Le Bihan multiplie les affectations dans différentes bases et sur plusieurs bâtiments de la Marine nationale. À la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, il est versé en tant que second-maître mécanicien à bord pétrolier Loing. Malgré la débâcle et l’Armistice, il reste en poste dans la Marine nationale. Sous l’occupation, il est basé à Toulon.

Nous ignorons la date et les modalités de son enrôlement dans la Résistance. Une attestation émanant de Baptiste Faucher, datée d’octobre 1944, indique que Jean Le Bihan serait entré dans la lutte clandestine en janvier 1942, sans pour autant préciser le nom de son organisation de rattachement. Cette datation doit être prise avec un certain recul, tant Jean Le Bihan n’apparaît pas dans les registres des réseaux ou mouvements connus pour opérer à Brest à cette période. Son livret individuel de services dans la Marine précise qu’il était à Toulon à cette période. Il a cependant une longue permission de 3 mois entre avril et juillet 1942 mais rien ne vient à ce jour corroborer son engagement en 1942.

Il est probable que l’on ait cherché à établir une continuité entre sa carrière dans la Marine et son entrée en Résistance, dans le but d’une prise en compte comme service actif pour son dossier militaire. Ceci facilitant les démarches d’après-guerre pour les pensions et facilités accordées aux veuves de guerre.

Toujours en poste à Toulon, Jean Le Bihan est affecté à bord du torpilleur Poursuivante quand l’invasion allemande de la Zone libre provoque le sabordage de la flotte. Son navire sabordé, Jean Le Bihan est mis en congés d’armistice. Il regagne alors Brest fin 1942, début 1943, pour retrouver sa famille et du travail comme ouvrier. La famille semble résider au 35 rue Kéravel à Brest, avant d’être réfugiée à Huelgoat.

Ce serait courant 1943 qu’il serait plus probablement entré en Résistance à Brest. Un témoignage anonyme et non daté, conservé aux Archives de Brest, évoque qu’à partir du mois d’octobre 1943, les ouvriers Eugène Le Roy, Albert Calloch, Léon Saillour et Jean Le Bihan, furent mis à disposition du Groupe Deumars. Eugène Le Roy et Jean Le Bihan servirent dès lors comme agents de liaisons entre le groupe auxquels ils appartenaient (non identifié à ce jour) et Marcel Pirou, chef du Groupe Deumars, alors replié à Pont-de-Buis.

À l’instauration des Forces françaises de l’intérieur (F.F.I) dans le secteur de Brest, Jean Le Bihan est versé naturellement au Groupement cantonal Brest-Ouest. Ceci est étonnant compte tenu de son lieu de résidence mais peut s’expliquer par sa mise au courant par son chef (identité inconnue) des activités de Marcel Pirou, alors nommé chef de la Résistance pour Recouvrance - Saint-Pierre-Quilbignon, et ce assez tôt dans l’organisation. Plus tard en 1944, il est même chargé d’assurer, avec Eugène Le Roy, Léon Saillour et le groupe franc de Recouvrance, la sécurité de l’état-major de Brest-Ouest.

Fin juillet 1944, le Groupement cantonal Brest-Ouest (devenu Groupement Marcel-Boucher) se compose théoriquement de deux compagnies (Marcel-Boucher & Dixmude) et d’une section spéciale à Brest avec l’appui d’une compagnie extérieure fondée avec les effectifs du Groupe Jean-Marin pour le littoral Ouest. Jean Le Bihan est lui affecté à la section spéciale (corps franc).

Composition de la section spéciale : (22 hommes)

  1. BROUDIN Jean
  2. CALLOCH Albert
  3. GALENNEC René
  4. LAOUENAN Jean-Yves
  5. LE BIHAN Jean
  6. LE ROY Eugène
  7. MEVEL Georges
  8. MEVEL Jean
  9. PENNEC Henri
  10. RUNAVOT Julien
  11. SAILLOUR Léon
  12. THEPAULT Jean
  13. XXX Georges (travaillait au chantier Dubigeon)

Au début du siège de Brest, Jean Le Bihan et son groupe doivent se tenir à disposition de Marcel Pirou, au restaurant Celton dans la rue Monge, ceci en prévision de l’insurrection. La liaison entre eux et Recouvrance est assurée par l’abbé Francis Ricou. Faute d’armes, le groupe n’effectue que des sorties la nuit pour saboter de lignes téléphoniques allemandes.

L’évacuation totale de la ville s’effectue le 14 août 1944 en prévision des durs combats qui s’annoncent. Devant la difficulté d’acheminer des armes dans la ville, les F.F.I décident de se regrouper à l’extérieur pour reformer des unités combattantes cohérentes. Jean Le Bihan évacue avec la population et rejoint Tréouergat avec Guillaume Maudire et Léon Saillour. Le 15 et 16 août, c’est le temps de l’instruction et de la reformation de l’unité. Le 17 des dissensions provoquent l’éclatement du Bataillon F.F.I Marcel-Boucher. Jean Le Bihan reste avec Marcel Pirou dans ce qui devient la Compagnie FFI Brest-Ouest.

Avec son unité, il participe à la libération de la poche du Conquet. Dans la matinée du 6 septembre 1944, alors que son unité se trouve dans le secteur de Kerivin-Vao en Plougonvelin, la Compagnie F.F.I Brest-Ouest est surprise par le feu ennemi, plusieurs F.F.I sont tués dont leur chef, Marcel Pirou.

Tués lors de cet accrochage :
- LE BIHAN Jean
- LE FLEM Maurice
- NÉLLONÉO Noël
- PIROU Marcel
- ROUDAUT Roger
- SAILLOUR Léon

Les corps seront envoyés à l’hôpital Le Jeune de Saint-Renan. Le lendemain de son décès, son nom et celui de ses camarades tombés sont inscrits sur le registre d’état-civil de Saint-Renan. Cela aurait du être fait à Plougonvelin, leur lieu de décès, mais la commune n’était pas encore libéré, rendant impossible la démarche administrative. À titre provisoire, les corps sont inhumés à Saint-Renan.

Son nom est gravé sur la stèle F.F.I du Cosquer en Plougonvelin, où se déroule chaque année - début septembre, une cérémonie commémorative pour rendre hommage aux F.F.I tués lors des combats de la Libération.

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Portfolio

La famille Le Bihan en Indochine
Crédit photo : Famille Le Bihan
Jean Le Bihan (1944)
Crédit photo : Famille Le Bihan
Stèle F.F.I du Cosquer à Plougonvelin
La stèle commémorative des F.F.I tués aux combats pour la Cie de Saint-Renan et des autres combattants tués à Plougonvelin, se situe Place des F.F.I, Cosquer Village à Plougonvelin (29217)
Crédit photo : Gildas Priol

Sources - Liens

  • Famille Le Bihan, documents et iconographie (2016).
  • Archives municipales de Brest, registres d’état-civil (5E115 & 2E/P64).
  • Ville de Saint-Renan, registre d’état civil.
  • Aux Marins, notice biographique de Jean Le Bihan.
  • Service historique de la Défense de Vincennes, dossier individuel de F.F.I de Jean Le Bihan (GR 16 P 346387 et CC8 62 F 7172) - Non consultés à ce jour.
  • Service historique de la Défense de Caen, dossier d’attribution de la mention Mort pour la France de Jean Le Bihan (AC 21 P 70065 ) - Non consulté à ce jour.