PHILIPPON Jean

Jean Philippon réside à Brest dans un appartement rue du Château. Il est marié et père de quatre enfants. Il est lieutenant de vaisseau sur le sous-marin Ouessant, lancé en 1936. A la débâcle en 1940, le navire est en grand carénage à l’arsenal de Brest, il ne peut prendre la mer malgré les efforts désespérés de son équipage pour l’évacuer avant l’arrivée des allemands. Le sous-marin est alors sabordé à Brest le 18 juin 1940 en début de soirée.

Jean Philippon pense être fait prisonnier comme le reste des soldats encore présent à Brest mais il n’en est rien. Le responsable de la Marine de Brest, l’amiral Le Normand, négocie avec les allemands pour que soit maintenu du personnel français à l’arsenal, en particulier les officiers. Philippon est alors placé à un poste de Jardinier et devient le responsable de l’approvisionnement des légumes de la Marine à Brest. Ce poste est créé spécialement pour éviter d’être démobilisé ou affecté par la Marine allemand ailleurs. Il hérite de terrains en friches, appartenant à la Marine, derrière l’atelier des machines, sur le plateau qui domine la Penfeld. Il a aussi l’usufruit de plusieurs terrains au niveau de la Villeneuve. Il doit les cultiver, avec du personnel de l’arsenal, pour améliorer l’ordinaire des marins français.

Avec le début des bombardements anglais sur Brest, Philippon met à l’abri sa famille en Gironde. Il se retrouve seul et doit composer avec l’occupant, comme le reste des brestois.

En février 1941, Gilbert Renault dit Rémy se rend à Brest pour y rencontrer une potentielle recrue. C’est le Dr Pailloux qui lui a recommandé l’officier Jean Philippon. Rémy se présente à son appartement et lui explique sa situation tout en lui proposant d’adhérer à la cause de la France Libre. L’officier de la Marine est méfiant et se donne un temps de réflexion. Il hésite, sonde une connaissance, décortique le Code de Justice maritime, réfléchit aux conséquences qu’un tel engagement peut avoir. Quatre jours plus tard, Jean Philippon revoit Gilbert Renault et lui donne son accord, il entre en résistance et devient un agent de renseignement du réseau Confrérie Notre-Dame.

Les Réseaux - je ne connus ce terme ainsi que celui de Résistance qu’après la Libération.
Jean Philippon

La mission de Philippon est de renseigner l’amirauté britannique, par l’intermédiaire du réseau sur l’activité de la marine de guerre allemande et notamment les sous-marins, la construction de la base sous-marine à Laninon et de manière plus générale les travaux à l’arsenal. Il prend alors le pseudonyme d’Hilarion pour ses activités clandestines. Philippon prévient qu’il ne fournira aucune information sur les activités de la Marine Nationale et ses officiers aux anglais et que si il était amené à être muté en zone libre, le contact serait rompu ; ce que Rémy accepte.

Philippon recrute alors René Berthon en mai 1941 [1] pour l’épauler dans sa tâche. Il recommande également à Gilbert Renault un opérateur Radio ; Bernard Anquetil [2], ancien sous-marinier de son équipage sur le Ouessant.

Des informations sur les sous-marins, sperrbrecher, croiseurs-lourds Admiral Hipper & Prinz Eugen, croiseurs de bataille Gneisenau & Scharnhorst et les Ducs d’Albe prévus pour le cuirassé Bismarck, sont récoltées et transmises à l’agent de liaison Pierre Mauger ou directement à Gilbert Renault. Il arrive parfois que Jean soit obligé de monter à Paris ou en province pour déposer ses informations à une boîte aux lettres du réseau. Le compartimentage est important, Hilarion apprend ainsi qu’il n’est pas le seul agent à Brest, mais Gilbert Renault se garde de lui révéler l’identité de René Drouin du groupe Elie, avec qui il est en contact depuis novembre 1940.

Hilarion informe régulièrement le réseau de l’avancement des travaux de la base sous-marine de Laninon, il demande également un bombardement sur ce point précis. La réponse des anglais fut la suivante :

On attendra la fin de la construction pour tout détruire.

L’arrestation Bernard Anquetil en juillet 1941 mis en péril la mission et l’existence même des agents qu’il côtoyait. Il se mura dans le silence et ne livra aucun nom, le payant de sa vie. Privé de radio et désireux de poursuivre les émissions de renseignements sur la marine allemande basée à Brest, le réseau se tourne vers Arsène Gall sur suggestion de Jean Philippon. Gilbert Renault revient une nouvelle fois à Brest, accompagné par André Cholet, monteur radio du réseau. Ils apportèrent un émetteur radio qui fut monté et réglé sur place. Le jour même, Arsène Gall le teste dans l’appartement de Jean Philippon sous le regard de René Berthon. La liaison est de nouveau établie.

Philippon loue une pièce dans une ferme à Coat-Méal où par chance il y a de l’électricité. C’est de là bas qu’il décide d’émettre pour éviter d’être repéré par une les allemands. Le 6 décembre 1941, de 14 à 16 heures, en compagnie du radio Arsène Gall, ils émettent vers l’Angleterre pour prévenir du potentiel départ des navires de guerre allemands Scharnhorst et Gneisenau de Brest. Le 15 décembre Gilbert Renault revient à Brest pour apporter un nouveau poste émetteur, moins encombrant, tenant dans une valise, pour l’équipe brestoise. Ce nouveau poste sera introduit dans l’arsenal, dans un cabanon près du potager qu’entretenait Philippon et Gall. Plusieurs émissions seront effectuées entre décembre 1941 et février 1942, doublées par d’autres radios du réseau par l’intermédiaire de Gilbert Renault ou Paul Mauger.

Le 7 février il fait parvenir ce message à Londres
De Hil - Stop - Appareillage du Scharnhorst, du Gneisenau, du Prinz Eugen imminent - Stop - Méfiez-vous particulièrement de la période de la nouvelle lune.

Le 11 février vers 22 heures, l’opération Cerberus est déclenchée, les trois navires allemands quittent définitivement Brest, passent par le Pas-de-Calais et remontent vers l’Allemagne. Hilarion continuera de renseigner le réseau sur l’activité allemande à Brest et notamment les sous-marins jusqu’à sa mutation à Toulon fin mai 1942. Gilbert Renault respecta le pacte qu’il avait fait avec Philippon et ne chercha pas à le recontacter une fois passé en zone libre.

Philippon, écœuré par le sabordage de la flotte à Toulon, se retire auprès de sa famille à Puynormand pour le restant de la guerre. Fin 1944 il réintègre la Marine Nationale et poursuit sa carrière jusqu’à devenir Amiral. En 1969, il quitte le service actif.

Décorations :
- Grand Officier de la Légion d’honneur
- Croix de guerre 1939-1945 avec palmes
- Médaille de la Résistance
- King’s medal for courage

En 2006, la ville de Brest nomme un rond-point en son nom devant le château de la Marine, Préfecture Maritime de l’Atlantique.

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

Sources - Liens

  1. PHILIPPON Jean, S & G, éditions France-Empire, Paris, 1957.
  2. Ordre de la Libération, fichier des médaillés de la Résistance française.
  3. Amicale de C.N.D Castille, fiche de Jean Philippon.
  4. Wikipédia, fiche biographique de Jean Philippon.
  5. École Navale Traditions, fiche biographique de Jean Philippon.
  6. Association ALAMER, état de service de Jean Philippon.
  7. Service Historique de la Défense (S.H.D) de Vincennes, dossiers d’homologations de Jean Philippon (GR 16 P 474475 et GR 28 P 4 35 163) - Non consultés à ce jour.

Remerciement à Françoise Omnes pour la relecture.

Notes

[1Jean Philippon écrit dans S & G en 1957, que Berthon aurait été recruté plus tôt, ce que contredit la fiche signalétique de Berthon, conservée par l’amicale de C.N.D, indiquant Mai comme mois de recrutement.

[2Il acceptera d’entrer en résistance et transmettra plusieurs messages radio pour le compte du réseau C.N.D. Fait Compagnon de la Libération à titre posthume.

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