DOLOU Yves

Yves François Louis Marie Dolou est le premier enfant d’une ménagère et d’un cultivateur établis à Kervillon en Ploudaniel. La famille s’agrandit avec les naissances de Marie en 1916, Jean en 1918, Hervé en 1920 et Olivier en 1922. Durant l’entre-deux-guerres, Yves Dolou travaille probablement dans la ferme familiale. À la déclaration de la Seconde Guerre mondiale en septembre 1939, Yves Dolou est mobilisé comme soldat de 2ème classe au 55ème Régiment d’infanterie Alpine (55e R.I.A) de Digne. En novembre 1939, il a la douleur de perdre son père, âgé de 59 ans.

Le parcours d’Yves Dolou durant la Drôle de guerre en 1939 et durant les combats en 1940 nous est inconnu. Il est cependant fait prisonnier par l’armée allemande lors de la débâcle en juin 1940. Le finistérien est interné sous le matricule n°57384 au stalag XVII-B de Krems-Gneixendorf en Autriche durant plus d’un an et demi. Yves Dolou bénéficie en février 1942, d’un rapatriement sanitaire en France car il souffre de rhumatismes articulaires. Démobilisé le mois suivant, il se retire dans la ferme familiale de Kervillon où il aide aux travaux agricoles.

Il indique avoir intégré le groupe communal de la Résistance de Ploudaniel en novembre 1942. ll y a sans doute méprise dans la mesure où le nom de l’intéressé n’a pu être trouvé sur les registres des réseaux actifs dans la région à cette période. Ses déclarations datant d’après-guerre et émises dans le cadre d’un dossier d’homologation des faits de Résistance, il est probable qu’Yves Dolou ait cherché à établir une continuité entre sa libération du stalag et son entrée en Résistance, dans le but d’une prise en compte comme service actif pour son dossier militaire. Cependant, il semble avoir porté assistance aux jeunes réfractaires requis pour partir travailler en Allemagne dans le cadre de la conscription obligatoire de l’automne 1942 puis du service du travail obligatoire (S.T.O) à partir de 1943. Il y aurait donc bien un acte patriotique de sa part.

Selon les registres de la Résistance locale, ses frères Hervé et Olivier donnèrent leurs adhésions au groupement communal de la Résistance de Ploudaniel en septembre 1943. Il est donc probable qu’Yves Dolou ait donné à son tour, à la même période ou un peu avant, son adhésion à ce groupement. Quoi qu’il en soit, Yves Dolou participe dès lors à la lutte contre l’occupant en diffusant la propagande, en collectant des renseignements et semble t-il en recrutant des volontaires prêts à prendre les armes en cas d’insurrections. À partir de l’automne 1943, les résistants du secteur s’affilient au mouvement Défense de la France (D.F), avant de se placer sous l’organisation de l’Armée secrète (A.S) du Finistère à partir du début 1944. À l’instauration des unités combattantes des Forces françaises de l’intérieur (F.F.I) dans le premier semestre 1944, Yves Dolou et ses frères (Hervé & Olivier) sont logiquement affectés à la Compagnie F.F.I de Ploudaniel.

Dès lors, la ferme familiale des Dolou devient un lieu de réunion et semble t-il le maquis de rassemblement de l’unité. Après le débarquement en Normandie en juin 1944, le groupement cantonal de Lesneven doit se réorganiser suite à plusieurs arrestations, notamment celle du chef cantonal Aimé Talec. La compagnie des frères Dolou passe alors sous les ordres d’Augustin Salou. Le mot d’ordre reste le même : faire profil bas en attendant l’ordre d’insurrection. Les armes manquent également, mais ce problème est partiellement réglé dans la nuit du 2 au 3 août 1944. L’équipe Horace de la mission Jedburgh parvient à faire larguer entre Pont-Pol et Kervillon, 25 à 27 contenairs d’armes à destination du canton de Lesneven. Rapidement récupérés par 45 F.F.I, le matériel est aussitôt dispersé pour équiper les différents groupes de combat du canton.

Le lendemain, dans la nuit du 4 au 5 août 1944, le même terrain de largage sert cette fois de zone d’atterrissage aux parachutistes S.A.S de la 2ème Compagnie du 3ème Régiment de chasseurs parachutistes. Le Stick de commandement et probablement le Stick n°6, atterrissent dans la lande. Les parachutistes et les F.F.I se regroupent dans la ferme des Dolou pour s’organiser. Dans les jours qui suivent, les F.F.I et les S.A.S entrent en action et participent aux combats de la Libération du canton. Yves Dolou pour sa part, sert de guide aux S.A.S dans cette période.

Le canton libéré, le Demi Bataillon F.F.I du canton de Lesneven se réorganise avant d’être déployé plus à l’Ouest, pour la réduction de la poche allemande du Conquet. Les combats durent jusqu’au 10 septembre 1944, date de reddition complète de l’occupant.

Démobilisé à la dissolution des unités F.F.I en fin septembre 1944, Yves Dolou semble retourner à la vie civile. Il travaille comme boucher au bourg de Ploudaniel et épouse Joséphine Riou (1913-1982), le 25 novembre 1945 à Ploudaniel. Pour son action clandestine et sa tenue au front, Yves Dolou est cité en 1945 à l’ordre de la brigade, comportant l’attribution de la Croix de Guerre 1939-1945, avec étoile de bronze.

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Sources - Liens

  • Centre généalogique du Finistère (C.G.F 29), registres d’état-civil.
  • Service historique de la Défense de Vincennes, dossier individuel de résistant d’Yves Dolou (GR 16 P 188376), aimablement transmis par Virginie-Lagadec Dolou.
  • Bibliothèque nationale de France, bibliothèque numérique Gallica, liste officielle (n°23) de prisonniers français, 30 septembre 1940 (4-LH4-4448).
  • Archives F.F.I de l’arrondissement de Brest, registre des effectifs du canton de Lesneven.
  • BOHN Roland, Chronique d’hier -Tome 1 - La vie du Léon 1939-1945, à compte d’auteur, 1993, pages 230 et 237.

Remerciements à Françoise Omnes pour la relecture de cette notice.