ROHOU Jean

Jean Rohou réside chez ses parents au 13 rue de Penfeld à Lambézellec au milieu des années 1920, tout en travaillant à l’arsenal de Brest en tant qu’ajusteur. Au préalable, le brestois d’adoption a passé son service militaire en tant que mécanicien dans un régiment de chars de combat. Il épouse Françoise Derrien (1903-1961), le 17 avril 1925 à Lambézellec et de cette union naissent deux garçons : Robert (1926-2010) et André (1932-1984). En 1927, Jean Rohou change de métier et intègre le corps des Marins-pompiers, au sein de la 2ème Compagnie de Brest. La famille pose alors ses valises dans un logement de fonction, au 1 rue de la Voûte - Jardin Kéravel à Brest. Dans les années 1930, Jean Rohou est décoré de la médaille Militaire.

Militaire d’active au sein de la Marine nationale, Jean Rohou reste à son poste à Brest au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Après la débâcle et l’armistice de juin 1940, le pompier brestois assiste au début de l’occupation allemande à Brest. Malgré cette situation inédite, Jean Rohou reçoit de l’avancement en étant promu maître principal (Adjudant-chef) durant l’été 1940. À partir de l’automne 1940, les premiers bombardements alliés sur la ville et l’arsenal débutent. Quand des incendies se déclarent en ville, il n’est pas rare que les marins-pompiers portent assistance à leurs confrères du corps des sapeurs-pompiers municipaux. À noter que lors de certaines interventions, les pompiers allemands participent aux côtés de leurs homologues français à la lutte contre le feu.

Dans son témoignage d’après-guerre, Jean Rohou indique avoir mené une résistance individuelle à partir du début de l’occupation, notamment en retardant les extinctions d’incendies touchant les installations allemandes à l’arsenal. À l’été 1941, avec beaucoup de marins pompiers de Brest, Jean Rohou reçoit néanmoins un témoignage officiel de satisfaction par l’Amiral de la flotte, pour l’ardeur constante avec laquelle il a participé à plusieurs reprises, dans des conditions particulièrement pénibles et dangereuses, aux opérations de sauvetage lors des incendies consécutifs aux bombardements sur l’arsenal et la ville de Brest.

La date d’entrée dans une structure clandestine de la Résistance de Jean Rohou n’est pas clairement définie. Il est spécifié dans divers documents, qu’il aurait contribué de manière tangible à lutter contre les Allemands à partir de mai 1942. Le principal intéressé ne justifie pas davantage son activité et se contente d’indiquer qu’il travaillait alors pour un membre de l’Intelligence Service. Le maître principal Rohou indique également avoir transmis des informations aux réseaux Jade-Fitzroy et Manipule, de 1942 à 1943. Si aucun témoignage, ni aucune attestation ne sont venus étayer ses propos, le mouvement Vengeance quant à lui atteste que Jean Rohou a rejoint ses rangs en novembre 1943, en tant qu’agent de renseignements.

Quoi qu’il en soit, le maître principal Rohou met à profit son poste au sein de l’arsenal et son effectif de marins-pompiers au service de la Résistance. Il recrute plusieurs agents de renseignement au sein de sa compagnie pour épier les faits et gestes de l’ennemi. En novembre 1943, Jean Rohou rencontre Honoré Chalm et Hervé Quillévéré pour discuter des possibilités d’enlèvement et de séquestration d’un officier gênant la Résistance.

À partir d’avril 1944, les résultats des collectes d’informations par les différents réseaux encore en activité à l’arsenal sont centralisés au sein du Groupe Arsenal. Cette structure a pu voir le jour par le rapprochement entre les responsables départementaux de l’Armée Secrète (A.S), de la Marine nationale en la personne du commissaire général Pierre Douillard et des différents réseaux de résistance. Jean Rohou participera à cet effort d’unification en contactant les agents du réseau Ronsard-Marathon.

Peu avant le début du siège de la ville de Brest en août 1944, Jean Rohou prend une semaine de repos à Lesneven, où sa famille est réfugiée. À l’approche des combats, il rentre à Brest et se tient à son poste à l’arsenal. Dès le 7 août 1944, les marins-pompiers volontaires pour rester à leurs postes s’installent définitivement dans l’abri situé près de la direction du port. Pour les autres, l’Amiral Négadelle leur a offert la liberté de quitter la ville. Jean Rohou passe ainsi les 42 jours du siège à tenter de lutter contre les incendies et à secourir les victimes des bombardements. Le 15 août 1944, il échappe de peu à la mort lors d’une reconnaissance. Le marin-pompier Jean Rivoallan qui l’accompagne est pour sa part abattu par des soldats allemands. À partir du 9 septembre et jusqu’à la Libération, Jean Rohou et son équipe ne peuvent plus sortir de l’abri qu’ils occupent, tant les pilonnages de l’artillerie et de l’aviation américaine sont importants. Les soldats américains entrent dans le tunnel des pompiers, le 19 septembre 1944 vers 10 heures du matin, mettant ainsi fin à leur calvaire.

En février 1945, Jean Rohou est nommé Chevalier de la Légion d’honneur et reçoit par la même occasion la Croix de Guerre 1939-1945, avec palme. L’année suivante, il reçoit la médaille de la Résistance française.

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Sources - Liens

  • Archives municipales de Brest, registre d’état civil (2E/L123).
  • Service historique de la Défense de Vincennes, dossiers individuels de résistant de Jean Rohou (GR 16 P 517835 et GR P 28 4 387 26), aimablement transmis par Edi Sizun.
  • Archives départementales du Finistère, dossier individuel de combattant volontaire de la résistance de Jean Rohou (1622 W).
  • Ordre de la Libération, Paris, registre des médaillés de la Résistance française.
  • ROHOU Jean, Siège de Brest - du 7 août au 18 septembre 1944, témoignage tapuscrit non daté.
  • La Dépêche de Brest, éditions du 24 août 1940 et 1er août 1941.
  • Ouest-France, édition du 10 avril 1945.

Remerciements à Françoise Omnes pour la relecture.