TROMELIN Jean

Jean Louis Marie Tromelin, dit Yannick, est étudiant à Saint-Pol-de-Léon au début de la Guerre. À l’été 1942, il termine ses études et reste avec sa famille à Plouguin.

Fin septembre 1942, les Tromelin hébergent l’aviateur américain Gilbert Graham Wright [1] durant deux mois, dans l’attente de trouver une filière pour le rapatrier en Angleterre. Durant ce temps, il est hébergé à Plouguin mais également à Plouguerneau chez une tante Tromelin. Après le débarquement des Alliés le 8 novembre 1942 en Afrique du Nord (Maroc et Algérie), Jean Tromelin s’adresse à son ami Charles Jourde pour obtenir de l’aide à propos de l’aviateur. Ce dernier s’adresse alors à l’ancien Sous-secrétaire d’Etat aux Travaux publics Pierre Mazé (1893-1946), qui accepte de concourir à l’évacuation de cet aviateur lors de son prochain séjour à Vichy. Gilbert Graham Wright quitte ainsi les Tromelin le 3 janvier 1943. C’est Marie Tromelin, la sœur de Yannick qui l’accompagne jusqu’à Rennes par le train. Pierre Mazé et son fils Jacques, candidat pour rallier la France libre, prennent alors en charge l’aviateur.

Quelques temps plus tard en mars 1943, Jacques Mazé se présente à Pont Ours en Plouguin chez les Tromelin. Il indique que seul l’aviateur a pu passer en Suisse mais qu’une fois sur place, il s’est fait refouler très vite. De plus, avec les mesures en place pour traquer les réfractaires au Service du travail obligatoire (S.T.O), il éprouve de grandes difficultés à se déplacer. Il requiert alors l’aide de Yannick, non soumis à cette législation car trop jeune, pour tenter une nouvelle fois d’évacuer Gilbert Graham Wright, qui se cache désormais à la frontière Suisse. Le jeune plouguinois accepte et avec l’aide financière de ses parents, se rend auprès de l’aviateur américain. Une fois retrouvé, Jean Tromelin effectue plusieurs démarches à la frontière Suisse, en vain. Le breton ne désespère pas et cherche d’autres alternatives. Il fait d’abord prendre en hébergement l’aviateur par la veuve du peintre Armand-Émile Mathey-Doret à Besançon, avant de partir tenter sa chance dans les Pyrénées. Maus auparavant, Jean Tromelin envoie un courrier à Plouguin pour obtenir du ravitaillement pour l’aviateur et sa logeuse, ce qui sera fait.

Parvenu à la frontière des Pyrénées, c’est un nouvel échec. Les informations des autochtones s’avèrent souvent fausses et l’argent dont il dispose s’amenuise de jour en jour. Jean Tromelin doit souvent se déplacer à pieds et dormir à la belle étoile. Le jeune breton monte alors à la Capitale et parvient, sans que l’on sache par quel truchement, à rencontrer un dénommé Guillaume [2], membre d’une organisation s’occupant des aviateurs tombés en France. Guillaume indique que son organisation peut prendre en charge l’américain sur Paris et conseille alors à Jean Tromelin d’obtenir un costume d’ecclésiastique pour faciliter le transport. De retour à Besançon, le plouginois se rend auprès du vicaire général de l’archevêché de Besançon et parvient à obtenir ce qu’il désire.

Déguisé en prêtre, le pilote Gilbert G. Wright et Jean Tromelin se rendent à Paris. L’americain est confié à Guillaume, qui œuvre pour le réseau Comète. Malheureusement, tous ces efforts seront réduits à néant au début avril 1943. Alors qu’il était à un rendez-vous en gare de Montparnasse à Paris pour être évacué, Gilbert Graham Wright est arrêté, suite à une dénonciation. Il sera déporté en Pologne jusqu’à la fin de la guerre.

De son côté, Jean Tromelin retourne à Plouguin mi-avril 1943 après s’être vu promettre par Guillaume, qu’il tenterait également de le faire passer en Angleterre. Mais à peine rentrée, la famille Tromelin a pris en charge un autre aviateur tombé le 16 avril 1943 en Plouguin. Cette fois ci, c’est un anglais, Peter William Lefevre fils du maire de Canterbury. C’est Yannick qui le convoie en sécurité chez de la famille à Plouguerneau après une nuit au moulin à Pont Ours. Le lendemain, il monte à Paris prévenir Guillaume qu’il a un nouvel aviateur à évacuer. Le réseau Comète consent de nouveau à s’occuper de ce pilote, il est cependant demandé à Jean Tromelin de le convoyer à Étables-sur-Mer où il sera pris en charge par le fils du maire Jérôme Camard. Une fois ce voyage réalisé, Peter William Lefevre est accueilli chez les costarmoricains en attendant une évasion maritime.

Dans la foulée, le réseau requiert une nouvelle fois les services de Jean Tromelin. Il est question cette fois de récupérer en Bretagne l’aviateur canadien Edward Roland Turenne dont l’appareil s’est écrasé à Landeleau en février 1943. Parvenu à lui, Yannick le rapatrie sur Plouguin quelques jours en mai 1943. Ce nouveau binôme gagne Paris à la fin du mois et se met en relation avec le réseau. Dans la Capitale, un regroupement d’aviateurs est en cours, la filière d’évasion maritime basée à Saint-Quay-Portrieux est stoppée depuis le 29 mai 1943. Il est décidé de faire repasser tout ce groupe de plus d’une dizaine d’aviateurs par l’Espagne. Jean Tromelin et Jacques Bonneron sont alors chargés le 1er juin 1943 par le réseau, de faire prendre le train en gare d’Austerlitz aux aviateurs. Parmi eux, Yannick retrouve Peter William Lefevre, qu’il avait laissé quelques temps auparavant à Étables-sur-Mer.

Le plouguinois les accompagne en direction de Bordeaux, puis Dax et Pau. Il est autorisé par le réseau à les suivre pour tenter de rallier l’Angleterre. Jean Tromelin passe en Espagne grâce à la filière en juin 1943 et parvient à gagner Gibraltar le mois suivant. Cela lui évitera bien des tracas, car le 20 juin 1943, Jacques Bonneron et Jean Camard, avec qui il a travaillé dans la clandestinité, sont arrêtés à Paris dans une souricière au 72 rue Vaneau. D’autres arrestations s’enchaînent et bientôt la famille Tromelin est dans le collimateur. Jean Tromelin est arrêté à Plouguin le 5 juillet 1943, semble t-il suite à l’obtention par les allemands d’informations auprès de la famille Camard.

Jean Tromelin, parvenu à Londres avec 19 autres compagnons (dont Edward Roland Turenne et Peter William Lefevre [3]), souscrit un engagement volontaire dans les Forces françaises libres, le 18 août 1943. La famille Tromelin apprendra par la B.B.C que leur fils Yannick Larvor, est bien arrivé en Angleterre. Affecté sous les couleurs des Forces aériennes françaises libres (F.A.F.L) à la R.A.F anglaise, Jean Tromelin débute l’instruction militaire. Le 28 avril 1944, il est muté au Canada pour une année afin de poursuivre son apprentissage. Il obtient son grade d’aspirant et son brevet de pilote de chasse le 29 mars 1945. De retour en Angleterre il ne participe pas aux combats aériens au dessus de l’Allemagne. De retour en France, il est affecté à Meudon avant d’être démobilisé en décembre 1945.

Pour son engagement clandestin, Jean Tromelin obtient la médaille des évadés ainsi que la médaille de la Résistance française en 1945, la Medal of freedom (U.S.A) en 1946 et la King’s Medal (U.K) en 1949.

Jean Tromelin repose au cimetière de Briec de l’Odet, dans la caveau familial de son épouse, née Rolland.

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Portfolio

Jean Tromelin au Canada durant sa formation de pilote
Crédit photo : Famille Tromelin - Tous droits réservés
Jean Tromelin et l’aviateur canadien Edward R. Turenne
Crédit photo : Famille Tromelin - Tous droits réservés

Sources - Liens

  • Famille Tromelin, renseignements et iconographie.
  • Centre de généalogie du Finistère, registres d’état civil, aimablement communiqués par Gilles Cardinal.
  • Archives départementales du Finistère, dossier individuel de combattant volontaire de la résistance de Jean Tromelin (1622 W) et témoignage de Jean Tromelin (père) en 1945 (1 J 788).
  • Service historique de la Défense de Vincennes, dossier individuel de Résistant de Jean Tromelin (GR 16 P 578820), aimablement communiqué par Edi Sizun.
  • Francaislibres.net, notice synthétique de Jean Tromelin.
  • France-Crashes 39-45, notices des crash de Gilbert Graham Wright, Edward Roland Turenne et Peter William LeFevre.
  • Evasioncomete.be, notice de Gilbert Graham Wright.
  • American Air Museum in Britain, notice biographique Gilbert Graham Wright.
  • Le-Fever.org, notice biographique de Peter William LeFevre.
  • KEITH Janes, They Came from Burgundy : A Study of the Bourgogne Escape Line, 2017, page 53.
  • Service historique de la Défense de Vincennes, dossier individuel de contre-espionnage de Jean Tromelin (GR 28 P 2 361) - Non consulté à ce jour.

Notes

[1Lieutenant américain engagé dans la Royal Air Force Volunteer Reserve (R.A.F.V.R). Son Spitfire s’est écrasé après avoir consommé tout son carburant lors d’une mission d’escorte de bombardiers au dessus de Morlaix.

[2Il pourrait s’agir de Robert Aylé, non confirmé à ce jour.

[3Il sera abattu en vol, le 6 févier 1944 au dessus de L’Aber Vrac’h par la D.C.A. Sa dépouille tombée en mer ne sera jamais retrouvée.