CALVÈS Edmond

Edmond Calvès entre aux apprentis à l’Arsenal de Brest le 25 septembre 1939, comme ajusteur dans les ateliers de l’Artillerie Navale. Il réside à Recouvrance, rue Pontaniou. Comme beaucoup à cette époque, il pressent la guerre avec l’Allemagne mais garde confiance en l’Armée française et surtout la ligne Maginot. En juin 1940, il assiste au débarquement des rescapés de Dunkerque à Brest. Le 17 juin, avec tous les autres apprentis, ils participent aux sabotages dans l’arsenal et à la destruction des archives. Le lendemain, la Marine évacue Brest et le 19 les allemands entrent dans la cité du Ponant.

Il poursuit son apprentissage et devient aide-ouvrier électricien jusqu’en décembre 1941. Un de ses maîtres d’apprentissage est René Gourvennec, du groupe Elie. Comme beaucoup de jeunes, Edmond passe sa rage de l’occupation en mettant quelques coups de canif dans des câbles téléphoniques allemands ou en dessinant des V et croix de Lorraine sur les murs et autres. Edmond intègre l’équipe de la Défense Passive de Recouvrance.

En fin décembre 1941, son certificat d’apprentissage en poche, il change de poste et travaille désormais à l’Atelier allemande de la Pointe. A la mi-mai 1942, il change de nouveau d’affectation et se retrouve aux Mouvements Généraux de la D.C.N où il s’occupe avec un ouvrier âgé, du petit train de l’arsenal. Il en profite, avec quelques copains de l’arsenal, pour effectuer des petits sabotages, notamment sur les trains ou le pont transbordeur. Son activité professionnelle lui laisse pas mal de temps et il en profite pour étudier. En parallèle, il prend des cours par correspondance d’Ingénieur Dessinateur.

Il fait la connaissance de François Jullien, neveu de son chef d’atelier fin 1942. Ce dernier, antipathique au début, se révèle être un résistant. Après avoir testé le patriotisme d’Edmond Calvès, il le met dans la confidence. Il lui confie alors la mission, en mars 1943, de rassembler des renseignements d’ordre militaire sur les bâtiments de guerre, avaries, positionnement, description des insignes peintes, numéros, etc. De même pour les unités allemandes présentes dans le secteur, les insignes sur les véhicules, défenses anti-aériens et côtières.

Edmond Calvès devient alors l’indicatif Z/Q/35 du réseau Jade et opte pour le pseudonyme Philippe. Il recrute deux connaissances, Roger Jaffré et Jean Gourmelen puis en 1944 il fait entrer dans le réseau Robert Tailleur, Jacques Fily et Etienne Jacq. François Jullien lui affecte également Guillaume Floch et enfin, François Cren lui est présenté par un démissionnaire du réseau. A la tête de ce groupe, les informations affluent sur la Marine de guerre allemande, les fortifications côtières et défenses anti-aériens mais aussi sur le camp d’aviation de Guipavas. Edmond rassemble les indications et les reporte sur des cartes qu’il remet à François Jullien. Ce dernier les transmet à Jean Bizien, étudiant en médecine, qui les achemine sur Rennes.

Début 1944, par l’intermédiaire d’un ami, il rencontre Marcel Pirou, responsable de la Résistance à Recouvrance. Ce dernier lui propose d’intégrer son groupe mais Edmond décline en expliquant être déjà fort occupé avec un réseau. Les deux hommes restent néanmoins en contact régulièrement.

Edmond Calvès relate le relevé des fortifications

Nous l’avons fait méthodiquement, zone par zone, tout autour de Brest. Au départ, seule la partie ouest était intéressée, les Allemands n’envisageaient pas encore qu’il puisse y avoir une menace venant de l’Est. On y allait à deux, soit seul. On se déplaçait à pied, souvent à travers champs et on observait ; lorsqu’on voyait quelque chose, on le mémorisait (pas question de prendre des notes sur place), sans se faire remarquer (avoir l’air toujours naturel). nous étions habillés de façon passe partout, personnellement, j’avais un pantalon de travail, un vieux blouson, béret basque. Nous avions des faux papiers, carte de séjour en zone interdite, etc. Ce que nous avions vu était défini avec le maximum de précisions possible sur un relevé dès le retour à la maison. Ces éléments étaient, par la suite, reportés sur un agrandissement de carte d’état-major.

Le risque d’une arrestation est bien réel, Edmond Calvès manque de se faire arrêter à plusieurs reprises mais ses précautions, faux papiers et le fait de ne pas porter d’armes (celui lui avait été refusé, jouent en sa faveur. En fin avril, début mai 1944, le réseau subit plusieurs arrestations. Edmond Calvès fait mettre son groupe en veilleuse et fait cacher les preuves compromettantes en cas de perquisitions.

Le 6 juin 1944, il apprend que le débarquement en Normandie est prévu dans les 24 ou 48 heures par Guillaume Floch, qui le tient lui même de Victor Bourvéau, responsable cantonal des F.F.I de Guipavas. Les deux résistants du réseau Jade montent à Guipavas, y retrouvent Sébastien Pallier et Joseph Prigent. Le groupe se met au parfum auprès de Bourvéau et demande quels sont les ordres pour la Résistance. Pour le moment, il faut attendre, les alliés sont loin et la densité allemande est trop forte à Brest. Toute tentative isolée serait du suicide. Toujours en juin, Edmond Calvès fait la rencontre de l’agente de liaison Simonne Bescond.

Le 7 août 1944, les brestois du groupe d’Edmond sont piégés à Brest. Ils restent en ville jusqu’au 17 août, date de l’évacuation générale. Edmond quitte la ville avec ses parents, destination Plougastel. Après une halte de deux jours chez sa grand-mère, la situation reste précaire et la famille prend la direction de Hanvec. C’est là-bas qu’Edmond rencontre pour la première fois les américains. Il reste dans le secteur deux jours et remonte à Landerneau pour se mettre à disposition de l’Intelligence Service. Il est alors envoyé vers le personnel de la Marine F.F.I. Malgré les informations qu’il leur donne, les militaires ne le prennent pas vraiment au sérieux et ne l’accepte pas avec eux au front. Il retourne alors à Hanvec puis Plougastel voir sa grand-père. Edmond sympathise alors avec un lieutenant d’une batterie américaine de 105mm et donne quelques indications de tirs.

La vision du siège de Brest par Edmond

En face, le spectacle était hallucinant, partout ça explosait, brûlait, la fumée envahissait tout, de Brest, nous ne voyons que la ligne des jetées, au-dessus, un immense nuage de fumée d’où émergeait le haut du clocher de l’élise Saint-Martin, au travers, on distinguait les explosions et la lueur des incendies. Je conserverai toujours cette vision...

Après guerre, sa maison détruite, Edmond est logé en baraque au Bouguen. Il travaille à l’arsenal comme dessinateur et épouse Annick Férellec avec qui il aura deux enfants.

La sépulture d’Edmond Calvès se trouve dans le cimetière de Recouvrance à Brest [Carré 8, Rang 11, Tombe 40]