SEAC’H Jean

Jean-François-Marie Seac’h nait dans le village de Kerret, en Locmaria-Berrien, le 29 mars 1922. Son père, 28 ans, y est cultivateur. Sa mère, Marie Guenver, âgée de trente ans, est dite « ménagère ». Le 13 juin 1944, il épouse à Berrien Albertine, Marie, Thérèse Cadiou. Le mois suivant, il est arrêté lors d’une opération organisée par le Kommando de Landerneau et exécuté le 7 août 1944, alors qu’il est interné à la prison de Pontaniou, à Brest.

Le Kommando de Landerneau

En avril 1944, se constitue un « commando de chasse », appartenant à la 343e division d’infanterie allemande (343 ID). Un rapport du 19 mai 1944, émanant du XXVe CA (corps d’armée) définit la doctrine de lutte contre le terrorisme : « l’engagement inopiné de commandos de chasse, de la valeur d’une section à plusieurs compagnies, a donné les meilleurs résultats. Les interventions ont toujours eu lieu le matin ou le soir, sur renseignements précis et en connaissance d’adresses, avec la collaboration de forces spécialisées de la Feldgendarmerie et du Sichheitsdienst (Service de sécurité : SD) et elles ont amené l’arrestation de multiples terroristes ». [1]
A Landerneau, le 17 avril, sous le commandement de l’officier Willy Kruger, lieutenant, une section d’une vingtaine de soldats de la Wehrmarcht, est constituée, appuyée par une douzaine d’agents et d’indicateurs, tous finistériens. Essentiellement issus du Parti national breton (PNB) et pour la plupart proches de l’abbé Perrot abattu le 12 décembre 1943 à Scrignac. On y trouve également au moins deux résistants « retournés », dont Jean Corre (21 ans), arrêté le 1er mai, qui participe activement à la lutte contre le maquis, et Gabriel Poquet, inspecteur de police stagiaire passé à la résistance (groupe Vengeance, Quimper) arrêté le 8 mai – qui rejoint ensuite le maquis le 6 juin, prétendant avoir joué un rôle d’agent double. Certains comme Paul Le Rest se spécialisent dans le renseignement, mais la plupart, comme André Geoffroy et Hervé Botros sont directement sur le terrain, sous l’uniforme allemand. Le commando dit de Landerneau est mené par le sous-officier Schaad, qui parle parfaitement le français. Les premières actions se déroulent au Faou, Saint-Évarzec et surtout Landerneau, dont François Pengam, 19 ans, arrêté le 21 mai et fusillé le 27 à Brest.

Dénonciations et premières actions

Après plusieurs interventions sur le Nord Finistère, le commando part à la chasse des résistants jugés responsables de la mort de l’abbé Perrot. Jean Corre déclare lors de son interrogatoire :

« Je dois préciser que quelques jours suivant mon arrestation, me trouvant dans la pièce voisine de celle où discutaient Le Hir, Le Reste et les Caouissin, j’avais entendu qu’ils signalaient à Schaad l’affaire Perrot exécuté à Scrignac et donnant des renseignements sur Stéphan et une autre personne demeurant à la Croix-Rouge en Scrignac. Ils donnèrent également le signalement de l’exécuteur de l’Abbé Perrot… Lors de l’expédition de Bourbriac, Schaad nous chargea Le Hir et moi de vérifier à Bourbriac la présence des deux frères Plassard en nous faisant passer pour des résistants venant de la part de Simon qui les avait signalés. »

Jean Corre, interrogatoire, le 30 novembre 1944. Un jeune résistant, Yves Simon, est capturé et torturé par le commando, puis remis au SD. Il est fusillé à Rennes le 10 juin 1944, en même temps que les cousins, Armel et Francis Coant, capturés en mai lors de la recherche d’Albert Stéphan, supposé commanditaire de l’exécution de J.-M. Perrot . [2]

Déjà sur la zone Huelgoat- Scrignac-Bourbriac en mai et après une interruption (Guémené/Scorff (Morbihan), à compter du 11 juin où l’école Sainte-Anne est transformée en centre d’interrogatoire), le commando attaque à Bourbriac, Huelgoat et Scrignac. En ligne de mire, le chef FTP, Albert Stéphan [voir Albert Duperrier] et les exécuteurs de l’abbé Perrot.

Jean Séac’h est ciblé par les nationalistes

André Geoffroy a reçu de la part de célestin Lainé (chef du Bezen Perrot) un courrier qui allait conduire à rechercher activement certaines personnes :

« Cette lettre contenait quelques renseignements sur quelques personnes susceptibles d’avoir pris une part quelconque dans l’assassinat de l’abbé Perrot. Il y était désigné à Huelgoat Jean Seac’h, Louis Guillou, Antoine Aubry [Aubrée, NdA], deux frères dont le nom m’échappe déjà arrêtés et un autre surnommé Anatole, arrêté depuis quelque temps par les Allemands. A Scrignac, Guyomard, Laizet, Hénaff et Stéphan chef de gare. Il y avait une mention spéciale pour le nommé Thépault Jean, dit Jos, habitant rue Gambetta à Morlaix. Leur signalement et domicile indiqués avec précisions. Toute la bande devait se trouver à Quinimilin en Berrien au Huelgoat ».

L’équipe part en chasse, revêt l’uniforme allemand un fois sur les lieux d’intervention et va perquisitionner les fermes susceptibles de cacher les résistants. Stéphan passera entre les mailles du filet, provoquant une violente réaction des militants nationalistes, mais le Kommando arrête sur dénonciation plusieurs jeunes du pays, dont Jean Séac’h. Après la guerre, une dénonciatrice sera clairement incriminée et condamnée à dix ans de prison, pour les informations qu’elle a transmises au Kommando.

Jean Séac’h en résistance

le dossier constitué en 1949 en vue de son homologation au titre de sergent dans les FFI, indique son engagement à compter du 1er juin 1944 dans les rangs des FFI. Sans doute la dénonciation a essayé de le mouiller également dans l’affaire Perrot. cependant il n’est pas membre du Front national, ni sympathisant du parti communiste, principal suspect des membres du Kommando de Landerneau. Dans le maquis, il a reçu une formation à l’usage des armes automatiques et a été désigné comme instructeur des nouvelles recrues dans le maniement des mitraillettes Sten et des fusils mitrailleurs fournis par les Alliés.

Cinq ans après les faits, il est considéré comme disparu après déportation en Allemagne. On note même qu’il aurait été déporté avec les Saint-Politains (fusillés en fait le 6 juillet). Le dernier train à quitter Brest vers l’Allemagne est parti le 20 juillet. Il est noté comme membre de Défense de la France à compter du 1er juin 1944. Il aurait participé aux tentatives de parachutages dans la région du Huelgoat, sous les ordres du capitaine Rousvoal.

Des documents plus anciens, datant de 1946, indiquent son appartenance à des mouvements de résistance : en premier lieu Libération-Nord , groupe de Rousvoal. Son entrée en résistance est assimilée à celle de la naissance du mouvement en Bretagne, pourtant il est organisé essentiellement à l’automne 1943.

Jean Séac’h a pris le maquis depuis cinq semaines quand il est arrêté chez ses parents, route de Berrien au Huelgoat, le 9 juillet 1944. Il est conduit à Landerneau, puis interné à Pontaniou, selon les consignes données par le commandement allemand. Il est signalisé avoir été "brutalisé" à Landerneau. Ce qui était courant de la part des membres Bretons du Kommando.
André Geoffroy a participé à l’arrestation de Séac’h, il raconte dans son interrogatoire les conditions de l’arrestation, sans s’appesantir sur les conséquences (livraison au SD et exécutions) :

« Cette expédition eu lieu début juillet. Nous avons quitté Landerneau après avoir revêtu la tenue allemande vers 23 heures. En passant à Sizun une cinquantaine de parachutistes en renfort. L’opération débuta dans une ferme où l’on supposait que Stéphan se cachait. Une dizaine de maisons furent incendiées. L’opération se poursuit à Huelgoat. Je reste à Huelgoat avec Le Reste. Les autres continuent vers Scrignac, 4 ou 5 arrestations dont Guyomarc’h, les frères Hennaf. Interrogées à Landerneau toutes ces personnes sont relâchées. » André Geoffroy, dossier judiciaire, archives d’Ille-et-Vilaine, 215 W 11. (Hamon, Les nationalistes bretons… pp. 217-218).

Jean Séac’h est interné à Brest à la prison de Pontaniou. Le 7 août à l’aube, il est fusillé. Son corps n’est pas retrouvé, il fait partie des disparus de Pontaniou.
Entre le 12 juillet et le 6 aout, date du repli du Kommando dans la presqu’ile de Crozon, le Kommando mène plusieurs attaques contre le maquis : K. Hamon recense 33 maquisards abattus ou fusillés (Quimerc’h, Saint-Méen, Scaer, Lopérec).

Remarque concernant André Geoffroy :
André Geoffroy est un militant de la première heure du Parti national breton. Le 10 août 1939, il participe au transbordement d’armes, transportées depuis Hambourg par le chalutier Gwalarn. Originaire de Locquirec, puis rejoint l’Allemagne le 9 juin 1940, participe au recrutement de militants bretons prisonniers de guerre dans les stalags. A ne pas confondre avec André Geoffroy, dit Ferrand, milicien du Bezen Perrot.

Publiée le , par Jean-Yves GUENGANT , mise à jour

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Sources - Liens

  • État-civil, mairie annexe de Locmaria-Berrien, Poullaouen. Recensements de population, Locmaria-Berrien, archives départementales du Finistère.
  • Dossier du Service historique de la défense, Vincennes, GR 16 P 542 433.
  • Brewalan Biger et René-Pierre Sudre, Les fusillés du Finistère, mémoire de master sous la direction de Christian Bougeard, 2011, CRBC, Brest.
  • Christian Bougeard (dir.), Bretagne et identités régionales pendant la Seconde Guerre mondiale, CRBC, Brest, 2002.
  • Roger Faligot, La Harpe et l’Hermine, Terre de brume, 1994. (Sur le rôle de Geoffroy dans l’affaire du Gwalarn)
  • Thierry Guidet, Qui a tué Yann-Vari Perrot ?, Beltan, 1986.
  • Kristian Hamon, Les nationalistes bretons sous l’occupation, An Here, 2001. Le Bezen Perrot, 1944, Yoran Embanner, 2004. Agents du Reich en Bretagne, Skol Vreizh, 2011.
  • Françoise Morvan, Miliciens contre maquisards, éditions Ouest-France, 2010.

Remerciements : M. L. Boucher, Ordre de la Libération, SHD Vincennes, pour la communication du dossier de jean Séac’h et à Françoise Omnes pour la relecture de cette notice.

Notes

[1Circulaire citée par Alain Le Grand, Alain Le Berre, La Bretagne à l’épreuve, 1940 – 1944, éditions DAOULAN, 1992, pp. 413 et 414.

[2Le texte est cité par C. Hamon, auteur des Nationalistes bretons sous l’occupation » et le Bezen Perrot. Forum Le Monde en Guerre - Kommando de landerneau (39-45.org), rédacteur Kristian Hamon 22 mai 2010. L’enquête de police menée après-guerre, indiquera que le jeune Simon fut conduit à Quimper, Brest, Saint-Brieuc et enfin Rennes, qu’il fut à chaque fois torturé longuement puis fusillé.