BERTHOMÉ Henri

Henri Berthomé nait le 9 juillet 1923 en Vendée où son père est cheminot. Lorsque la guerre éclate en septembre 1939, il milite aux Jeunesses socialistes de la ville de Rezé, Loire-Inférieure, dont son frère Georges, né en 1920, est le secrétaire. La chute de l’Espagne républicaine l’a marqué : il écrira que cela ne lui laissa pas d’illusions pour la suite. Dès l’armistice, les jeunes socialistes de Rezé refusent les pleins pouvoirs donnés au maréchal Pétain. Henri, muni d’un C.A.P d’ajusteur, travaille aux chantiers navals Dubigeon et commence à militer avec les trotskistes locaux en 1941.

À la mi-septembre 1942, Henri Berthomé est envoyé par le groupe nantais du Parti Ouvrier Internationaliste (P.O.I), chercher du matériel de propagande à Paris. Il y croise par hasard Éliane Ronël, militante de Quimper, qui deviendra en 1947 son épouse. Le mois suivant, lors de la réquisition d’ouvriers français des arsenaux et chantiers navals pour aller travailler en Allemagne, des mouvements de grève et des manifestations éclatent à Nantes.

Henri Berthomé

j’ai personnellement incité au débrayage avec d’autres camarades des chantiers Dubigeon

La situation à Nantes devenant difficile, Robert Cruau, Georges et Henri Berthomé, se réfugient chez Éliane Ronël, à Quimper en mars 1943. Ils s’installent à Brest, où Cruau et les frères Berthomé occupent le même appartement. Il trouve du travail comme ajusteur à l’arsenal de Brest et se lie avec des membres de l’organisation Todt.

L’essentiel de l’action du groupe est la diffusion des journaux du parti et de tracts, essentiellement tournés vers la condition ouvrière. Courant 1943, apparaît le thème de la fraternisation avec les soldats allemands dans un sens anticapitaliste. Des réunions ont régulièrement lieu à Quimper, chez Eliane Ronël, ou à Daoulas, dans le cadre de l’auberge de jeunesse.

Les 15 et 16 août 1943, s’est tenue à Daoulas un rassemblement d’une vingtaine de militants auxquels s’est joint Yvan Craipeau, dirigeant du P.O.I.

Éliane Ronël se rappelle

Le travail était organisé en commissions. Et suivi de discussions communes à toutes les commissions. Au cours de l’une de ces journées nous avons travaillé par équipe de deux. Alice Bourhis [1] a rappelé qu’elle était avec Henri Berthomé […]. Robert Cruau et moi-même traitions du "Travail allemand".

Henri Berthomé, à compter de sa venue à Brest fin mars 1943, a une activité de résistance
intense, notamment par sa participation à des sabotages et à des relevés de plans
d’installations militaires sur le port militaire de Brest. Il fournit de faux papiers à des
réfractaires au STO.

Il quitte Brest au mois d’août 1943 pour rejoindre Nantes, avec pour tâche militante
d’organiser la liaison entre les cellules de Brest, de Quimper et de Nantes, et la direction du
POI à Paris. Il s’engage alors à la raffinerie Say de Nantes, prenant le risque d’être reconnu et
arrêté. Le 30 octobre 1943, il est appréhendé à Nantes.

Du Travail allemand, il écrira plus tard

A ma connaissance au moment des arrestations de Brest des copains du travail allemand on a compté au plus une quinzaine de soldats allemands.

Il est déporté depuis Compiègne vers Buchenwald le 22 janvier 1944, dans le cadre de l’opération, Écume de mer, puis à Dora le 29 octobre 1944. Il est évacué du camp vers Bergen-Belsen (marches de la mort). Il est libéré le 15 avril 1945. Il doit être hospitalisé en Belgique pour soigner une pleurésie contractée à Dora. Il y reste deux semaines avant de revenir à Rezé. Il revient le 30 mai 1945 en France. Il a contracté une blessure au poumon,
constatée par une commission de réforme en 1946.

À son retour de déportation, Henri est durement éprouvé par ce qu’il a vécu à Dora et par la disparition de son frère Georges. Il doit faire des séjours réguliers en sanatorium. Il sera
administrativement inscrit au réseau Cohors-Asturies en novembre 1947, pseudonyme :
Charles comme agent P1. Sa blessure lui vaudra une pension militaire.

Des notes portées en marge du livre d’Yves Craipeau, Contre vents et marées, que possède Henri Berthomé, montrent l’amertume créée par les multiples revirements de la IVième Internationale, responsable des erreurs qui ont conduit des militants à la mort et à la déportation ! Surtout, la classe ouvrière, au nom de laquelle il s’était battu, semble ne pas avoir perçu les échos de leur lutte.

Il se marie le 26 juillet 1947 avec Éliane Ronël, et continueront leur combat. Il est très intéressé par les événements survenus en Yougoslavie. L’espoir d’une alternative au stalinisme s’esquisse enfin et s’exprime dans le journal Le Militant, journal du P.C.I, région Bretagne.

Cependant en 1948, la tendance regroupant des hommes proches des Berthomé - Louis Dalmas, Jean-René Chauvin, Yvan Craipeau et Marcel Baufrère - est exclue du Parti Communiste Internationaliste. Elle se retrouve au sein du Rassemblement Démocratique Révolutionnaire. Le couple Berthomé, qui a lutté à leur côté aura un parcours très proche de ces derniers, d’abord dans la Nouvelle Gauche puis l’Union de la Gauche socialiste et enfin le Parti socialiste unifié.

Il décède le 30 janvier 1999. À ses obsèques, le 3 février, Lanig Le Disloquer, ancien membre du bureau national du P.S.U (décédé en 2007), rappelle son ultime combat pour la Bosnie (Président du Comité de Bosnie, 1992-1999, Quimper) :

Dans sa vigilance sans faille, il restait fidèle à l’esprit de la Résistance et à son cri trop souvent oublié : plus jamais ça ! Quand notre mobilisation lui semblait fléchir, il la relançait avec détermination. Il ne fallait jamais se taire ; il ne fallait pas qu’on puisse dire qu’on ne savait pas.

Quelques jours plus tard, une exposition consacrée au Kosovo est inaugurée à Quimper, dernière expression du combat d’Henri Berthomé. Les enfants Berthomé ont légué la bibliothèque de leurs parents à la ville de Quimper (Médiathèque des Ursulines).

Publiée le , par Jean-Yves GUENGANT , mise à jour

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Portfolio

Sources - Liens

  • Archives départementales du Finistère, dossier individuel de combattant volontaire de la résistance d’Henri Berthomé (1622 W).
  • LE BRIS DU REST Erwan, conférence donnée à la médiathèque des Ursulines, Quimper, 16 février 2013.
  • CALVEZ André, J’ai essayé de comprendre, mémoires, 1ère partie : 1928-1950.
  • CRAIPEAU Yves, Contre vents et marées, les révolutionnaires pendant la seconde guerre mondiale, Savelli, 1977.
  • Journaux : Le Militant (archives de Brest),Voix et visages (revue de l’ADIR), juillet-octobre 2002, Rouge (février 1999) – Le Télégramme – Ouest-France.
  • Médiathèque des ursulines, Quimper : fonds – « bibliothèque d’Éliane et Henri Berthomé »
  • Hebdomadaire Rouge, article nécrologique

Remerciement à François Omnes pour la relecture.

Notes

[1Institutrice, veuve de Marc Bourhis, militant trotskiste fusillé le 22 octobre 1941 à Chateaubriant