PÉTRON Roger

Roger Pétron et deux amis arrivent sur Brest en septembre 1940 pour rallier l’Angleterre et la France Libre. Il est jeune et vient de quitter le domicile parental, en toute discrétion, en costume du dimanche avec 500 francs en poche. L’un des amis a déjà fait son service militaire et pense pouvoir y trouver un passeur maritime. Ils essayent de trouver un embarquement au port de commerce mais en vain. Ils décident de rester dans les parages pour prospecter mais l’argent vient à manquer et il faut trouver du travail. Ils s’engagent auprès de l’organisation allemande Todt mais au bout d’un mois, par peur des bombardements, ses deux amis quittent définitivement Brest.

Roger lui décide de s’installer ici et change d’emploi, il travaille désormais à l’arsenal où il fait la connaissance de René Le Grill en fin 1941. Le normand évoque ses projets à René qui le convainc de rester ici et de faire de la résistance ensemble. Ils se mettent alors à collecter des renseignements sur l’activité maritime allemande et sur la base sous-marine en construction où ils travaillent désormais. Ces renseignements sont communiqués au réseau Jade dont ils font partie depuis novembre 1942. Pour ces missions, il leur est conseillé de prendre un pseudonyme, Roger opte pour celui de Robert Ropars et reçoit l’indicatif Z/D/28. Après un renvoi pour impertinence envers un officier allemand, les deux compères retrouvent un emploi dans la firme allemande Wendel de la Todt. Ils travaillent à la construction du mur de l’Atlantique sur la presqu’île de Kermorvan au Conquet où ils profitent de l’inattention d’un officier allemand pour subtiliser un plan des fortifications du site. Ce plan est remis à Georges Dauriac, un ami de René Le Grill, qui est bien décidé à monter un groupe de résistance actif. C’est ainsi que Roger Pétron rejoint en juin 1943 le groupe Action Directe, corps franc du mouvement Défense de la France (D.F). Roger s’adonne également à quelques petits sabotages sur la route du Conquet, notamment au sectionnement de câbles et lignes téléphoniques.

Roger loge près de l’église de Kerbonne à Saint-Pierre-Quilbignon, c’est là qu’il fait la connaissance du chanoine Charles Guermeur. Ce dernier adresse à Roger deux jeunes volontaires pour servir la résistance : Guy Le Goff et son cousin Paul Kervella. Ils sont ainsi recrutés dans le corps-franc et Guy met à disposition du groupe, pour des réunions ou stockage, la maison familiale de la rue Victor Hugo.

Le groupe monte une opération contre le garage de l’organisation Todt de Coataudon le 2 mars 1944. Après avoir désarmé les gardiens, les résistants volent des munitions et des fûts d’huile ainsi que les armes présentes. L’opération est menée par Yves Hall avec la participation de Roger Pétron, Francis Beauvais, Guy Le Goff, Paul Kervella et Jacques Boulaire [1].

Le 9 mars 1944, Roger Pétron se rend rue Victor Hugo chez les Le Goff pour y attendre l’arrivée des armes d’un parachutage. Une partie du groupe Action Directe est parti depuis plusieurs jours pour les rapatrier sur Brest. Mais à peine arrivé, Madame Le Goff lui intime l’ordre de décamper, les allemands sont dans la maison et arrêtent son fils Guy et Paul Kervella. Pris de cours, Roger est surpris par un allemand qu’il arrive à embobiner. Il fuit rapidement et trouve refuge chez Marie-Anne Stéphan pour donner l’alerte. Roger fonce ensuite avertir son collègue René Le Grill qui se rend lui aussi rue Victor Hugo, par chance il le trouve, lui évitant l’arrestation.

Le lendemain, Roger Pétron, Georges Dauriac, Yves Hall, Francis Beauvais et René Le Grill, lourdement armés, se présentent au domicile de la rue Victor Hugo pour récupérer des papiers compromettants en espérant que les allemands ne les ont pas trouvés avant. Dans la soirée du 11 mars, Roger Pétron se sent épié voire suivi. Il en parle à son chef, Georges Dauriac, qui lui conseille et l’autorise à se mettre au vert dans sa normandie natale. Roger prévoit de quitter Brest dès lundi 13 mars.

Mais le 12 mars, trois agents allemands arrêtent Roger à son domicile de l’avenue de Kerbonne. Amené à l’école Bonne-Nouvelle à Kérinou, Roger Pétron subit un interrogatoire où il tente de minimiser son implication dans la résistance, se faisant passer pour un simple petit trafiquant.

Il est jugé à Brest par un tribunal allemand de la Kriegsmarine, au 5e étage du 17 rue Jean-Jaurès. Condamné à la peine capitale, il est transféré de prisons en prisons en attendant la sentence. Il passe alors par les prisons de Quimper, du Cherche-Midi puis Fresnes à Paris où sa peine est commuée en de la déportation ; néanmoins il est classé Nacht und Nebel, exécutable à tout moment. Déporté en mai 1944 vers Natzweiler Sruthof puis, ensuite Allach-Dachau avec Jean Kerjean et Marcel Jacopin. Les conditions de survie sont très difficiles, Roger regrette presque de ne pas avoir été fusillé mais son copain Jean Kerjean lui remonte le moral.

Le 29 avril 1945 il est libéré par l’avance des Alliés. Alors qu’il n’a pas encore été rapatrié de déportation, Roger apprend par un soldat français de la 2e Division Blindée du général Leclerc, la libération et la destruction de Brest. Fin mai, début juin 1945 il retrouve la région brestoise Brest et apprend que son frère Gérard, 20 ans, a été tué dans les combats de la Libération à Herblay dans l’Oise le 18 août 1944.

En décembre 1945, il épouse Marie-Louise Le Bihan, qui lui donnera deux enfants. Resté faire sa vie à Brest, Roger se dévouera pour entretenir la mémoire des ses amis et deviendra notamment le président de la section brestoise de la Fédération Nationale des Déportés, Internés et Résistants Patriotes (F.N.D.I.R.P). Pour son action dans la résistance et sa déportation il est élevé au rang de Chevalier de la Légion d’Honneur en 1955 et il reçoit la médaille Militaire, la médaille de la Résistance en 1946 et la Croix de Guerre 1939-1945, avec palme en 1951.

La sépulture de Roger Pétron se trouve au cimetière de Recouvrance à Brest.

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

Sources - Liens

  1. Roger Pétron, témoignage manuscrit pour le 40e anniversaire de la Libération, 1984.
  2. Famille Pétron, documents personnel & iconographie.
  3. Yves Hall, rapport d’activité du groupe Action Directe.
  4. Yann Goaoc, Iconographie.
  5. Ordre de la Libération, fichier des médaillés de la Résistance.
  6. Archives Départementales du Finistère, dossier individuel de combattant volontaire de la résistance de Roger Pétron (1622 W 11).
  7. Fondation pour la Mémoire de la Déportation, liste des déportés "NN" de mai 1944.
  8. Arolsen Archives, archives numérisées en ligne.
  9. PICHAVANT René, Clandestins d’Iroise - Tome 4, éditions Morgane, 1988.
  10. Service historique de la Défense (S.H.D) de Vincennes, dossier individuel de résistant de Roger Pétron (GR 16 P 472598) - Non consulté à ce jour.

Remerciement à Françoise Omnes pour la relecture.

Notes

[1d’après son témoignage

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