SENELLIER Jean

Jean Senellier est étudiant à Paris. Sous l’occupation, avec sept autres élèves de Louis-Le-Grand et du lycée Henri-IV, il crée en 1941 un mouvement de résistance, les Volontaires de la Liberté (V.D.L) qui fusionne au début 1943, en partie, avec le mouvement Défense de la France (D.F) de Philippe Viannay.

Jean Senellier est l’instigateur du mouvement Défense de la France à Brest. Chargé par Paris de développer la structure clandestine en Bretagne, et grâce à des adresses fournies par Jacques Boulaire, il débarque à Brest en avril 1943 lors des vacances de Pâques et se met en relation avec Léonie, sa sœur Andrée Boulaire et Simone Le Saout. L’affaire est entendue, les femmes s’occupent désormais de la réception des journaux clandestins en provenance de Paris via le train, de leur stockage, de la distribution et si possible du recrutement d’agents. Il semble que ce soit Jean Senellier qui convoyait les journaux dans deux valises jusqu’à Brest, à raison d’un aller-retour par mois.

Lors d’un de ces voyages, il est mis en contact avec Pierre Bernard, résistant œuvrant pour le réseau Jade Fitzeroy. Ce dernier est lui même en contact avec un groupe de jeunes qui s’est formé sous l’impulsion de Georges Dauriac, qu’il met en relation avec Défense de la France. Le mouvement prend de l’ampleur et continue de s’étendre, notamment grâce à la propagande du journal. Le 13 ou 14 juillet, avec Pierre Bernard, Jean Senellier se présente à la mairie de Guissény et y rencontre Jean Broc’h qui accepte d’entrer au mouvement. Durant cet été 1943, une vague d’arrestations touche le mouvement parisien. Jacques Boulaire converse des risques de la situation avec Jean Senellier qui lui livre son ressentiment :

Tu ne connais pas les tortures de la Gestapo. Moi, j’en rêve toute les nuits. Je me demande comment je tiendrais le coup si j’étais arrêté.

Il rencontre également à Brest un groupe d’amis (cf Michel Villot) que connaît Jacques Boulaire. Ces derniers veulent rallier l’Angleterre pour rejoindre les Forces Françaises Libres. Jean tente de les dissuader mais ils insistent. Le parisien leur propose alors un rendez-vous sur Paris où il essayera d’arranger leur évasion grâce à ses chefs. Il remonte alors à la capitale et s’y fait arrêter le 27 juillet 1943. Jean Senellier, torturé, catégorisé Nacht und Nebel et devenu matricule 14645, est déporté de Paris vers Buchenwald. Il est ensuite transféré au camp de Dora à Nordhausen où il succombe le 23 mai 1944 à 22 ans.

A titre posthume, pour son engagement clandestin, il reçoit la médaille de la Résistance en 1954. Son nom est également apposé sur une plaque commémorative de l’église Saint-Pierre de Montrouge. Il faut attendre l’arrêté du 18 juin 2002 pour que soit apposé sur son acte de décès, la mention Mort en déportation.

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Portfolio

Sources - Liens

  1. Famille Senellier-Strullu, iconographie.
  2. Archives de Paris, registre d’état-civil (V11E 423).
  3. Ordre de la Libération, Paris, registre des médaillés de la Résistance française.
  4. Service historique de la Défense de Vincennes, dossier individuel de Jean Senellier (GR 16 P 544948).
  5. Arolsen Archives, fonds d’archives sur les victimes des persécutions nazies.
  6. Fondation pour la Mémoire de la Déportation, registre des déportés (I.169).
  7. BOULAIRE Jacques, témoignage sur l’historique de Défense de la France, 1957.
  8. PICHAVANT René, Clandestins d’Iroise - tome 4, éditions Morgane, 1988.
  9. WIEVIORKA Olivier, Une certaine idée de la résistance - Défense de la France 1940-1949, éditions du Seuil, Paris, 1995.
  10. Service historique de la Défense de Vincennes, dossier individuel de Jean Senellier (GR 16 P 544795) - Non consulté à ce jour.