RIBAN Edouard

Edouard Riban s’engage volontairement dans l’armée à 18 ans. Il participe à la Première Guerre mondiale. Durant le conflit, il épouse Marie Le Gac le 6 avril 1915 à Brest. En 1930, il est élevé au rang de Chevalier de la Légion d’honneur. S’ensuit une longue carrière sous le drapeau qui l’amène au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Mobilisé durant la drôle de guerre, il subit la débâcle. Le 20 août 1940, il est rayé des cadres de l’armée et démobilisé après 33 ans de service. Il prend alors la présidence de la commission du service du ravitaillement à Brest. Ses bureaux se trouvent dans une maison au croisement des rues Choquet du Lindu et Levot [1].

L’entrée en résistance d’Edouard Riban daterait de mars 1942. Il est cité comme ayant appartenu au réseau d’évasion R.P Barnsby. Sans pouvoir préciser à quelle date, il a également noué contact avec l’ingénieur Aldéric Lecomte du réseau Cohors-Asturies. Edouard Riban a également des échanges avec Paul Masson et Anne-Marie Le Scour du réseau Alliance, sans pour autant faire partie de leur réseau. En 1943, avant le mois d’octobre, ces deux résistants viennent lui proposer d’incorporer le capitaine Paul Le Pouleuf dans son groupement de résistance. Edouard Riban refuse, un différend l’oppose avec l’individu en question, de plus, il estime qu’il serait préjudiciable de le recruter car la discrétion n’est pas son fort.

Le 18 novembre 1943, un bombardier américain est touché au dessus de Brest. L’un des aviateurs, Joseph Quirk, est recueilli par la résistance et transféré à Brest. Hébergé chez le docteur Phélippes de la Marnierre, il est transféré une nuit au domicile d’Edouard Riban. L’américain y reste plusieurs jours avant d’être transféré chez Jeanne Callarec. Il est est évacué dans la période de noël 1943 par la côte nord Finistère grâce au réseau Jade.

Le 22 ou 23 décembre 1943, se déroule à Brest une rencontre clé entre les principaux dirigeants des mouvements de résistance Libération-Nord et Défense de la France pour sceller l’organisation de l’Armée Secrète (A.S) dans le Finistère. A l’occasion de cette réunion, est défini le premier état-major de la résistance du Finistère. Edouard Riban devient dès lors le responsable de la Résistance de l’agglomération urbaine de Brest, comprenant également Saint-Marc, Saint-Pierre-Quilbignon et Lambézellec. Son homologue pour la région rurale de Brest le commandant Baptiste Faucher. A eux deux reviennent la lourde tâche d’organiser la résistance armée pour l’A.S de Brest (A.S) qui devient en février/mars 1944, les Forces Françaises de l’Intérieur.

De sa nomination jusqu’à ses arrestations, Edouard Riban n’a qu’un leitmotiv : unifier les nombreux groupes épars de résistants de la ville. Malgré l’ennemi commun, le rassemblement est contrarié par des divergences politiques, d’opinions et de méthodes. Les corps-francs poursuivent leurs actions coup-de-poing et les F.T.P refusent de reconnaître l’autorité mise en place par le commandement F.F.I du Finistère. Edouard Riban insiste et parvient, tant bien que mal, à instaurer la structure suivante dans l’agglomération brestoise :

La cohabitation entre les différents groupes est très précaire et il est question d’amalgamer les groupes F.F.I et F.T.P pour former des unités combattantes cohérentes. Edouard Riban prévoit qu’au déclenchement de l’insurrection, le grand Brest dispose de cinq compagnies de combat comprenant quatre sections chacune. Les divergences, le manque d’armes, les usurpateurs et les arrestations, rendent caduque le projet.

Le 30 mai 1944, d’autres problèmes se profilent pour Edouard Riban, plus personnels ceux-ci. De retour à son bureau à 17h30, un homme se disant de la résistance de Tréboul souhaite un entretien. Méfiant, Riban nie son appartenance à la résistance et se déclare même son ennemi. L’étranger insiste et lui pose des questions sur le Colonel Rossignol, le Commandant Louis et Pierre Beaudoin, négociant. Edouard Riban répond négativement pour les deux premiers, il concède connaître le troisième dans le cadre de son travail. On frappe à la porte du bureau, coupant court à la discussion, Riban sort du bureau et se voit prévenir par son secrétaire Monsieur Raoul que la gestapo est à la porte. Comprenant qu’une souricière est en place, Riban retourne auprès du visiteur et tente une feinte, la jouant paternaliste et l’incitant à laisser tomber cette fameuse résistance, etc... Le visiteur à la solde des allemands tente le tout pour le tout en montrant une carte des F.F.I, portant sa photo et établie par le Comité d’Alger au nom de Jacques Cerdan. Il finit par lui demander si il connaît le Capitaine Le Pouleuf ce à quoi Riban répond par l’affirmative.

Edouard Riban rapporte les propos de François Munoz, agent du S.D, alias Jacques Cerdan :

Je sais que vous n’êtes pas camarades. Mais ne persistez pas à nier votre appartenance à la résistance car Le Pouleuf vous connaît bien et c’est précisément lui qui m’a dit que vous en êtes le chef à Brest. Il tire alors un papier de sa poche qu’il me tend en me disant : tenez, regardez, il m’a même établi un plan pour m’indiquer où je pourrais vous joindre.

Arrêté, le résistant est conduit à son domicile pour une perquisition. Serein, il ne garde rien de compromettant chez lui. Cerdan lui fait miroiter une libération rapide si comme Riban le prêtant, il n’a rien à se reprocher. Il est conduit à 18h30 à l’Aussenkommando du S.D de Brest, à l’école Bonne-Nouvelle en Kérinou. Il subit un premier interrogatoire très court et simple par Alice David avant d’être enfermé dans une cellule répugnante. Dans les cellules attenantes, se trouvent le capitaine Paul Le Pouleuf et son fils Robert, tout deux arrêtés le jour même.

Le 3 juin vers 17 heures, les prisonniers sont transférés à Pontaniou. Dans le camion qui les y amène, Edouard Riban reconnaît son ami François Queffelec, secrétaire du Commissaire Central de la police brestoise, arrêté également le 30 mai. Arrivé dans la prison, Queffelec et Riban sont placés à l’isolement. Circonspect de ne pas avoir été interrogé plus sérieusement lors de sa présence à Pontaniou, malgré le fait qu’il soit cité comme chef de la résistance, Edouard Riban vient à penser que les allemands n’ont au final rien de concret sur lui. Au dixième jour de son internement à Pontaniou, il est extrait de la prison pour subir un interrogatoire à Bonne-Nouvelle. C’est de nouveau Alice David qui l’interroge. Ayant profité de ces 13 jours d’internement pour réfléchir à des réponses, Edouard Riban se sort aisément de cette épreuve d’autant plus facilement que l’Aussenkommando n’a (comme il l’envisageait) rien sur lui.

En rentrant chez lui il hésite entre fuir ou rester. Il opte pour rester à Brest afin d’éviter des représailles sur son domicile, ou pire, sur sa famille. Il espère atténuer également les soupçons qui pèsent sur lui car il s’attend à une surveillance durant quelques jours, peut-être même à un piège. Il ne cherche pas à recontacter la résistance et reprend son activité normale. Riban constate qu’on le surveille à plusieurs reprises. Le 20 juin vers 11h30, un nouvel individu [2] vient pour l’appréhender.

Edouard Riban relate sa nouvelle arrestation :

Nous sortons. Du couloir, j’aperçois sur le trottoir, devant la porte, deux autres individus qui attendent et je reconnais l’un d’eux comme ayant fait partie de la bande qui avait procédé à ma première arrestation. Arrivant près d’eux, j’affecte un air de soulagement et je dis : Ha, c’est vous, et bien me voilà rassuré. L’un d’eux, interprète de la gestapo me demande ce que je veux dire. Je lui réponds, vous savez que je suis considéré comme un collabotareur. J’ai déjà reçu plusieurs lettres de menaces et je m’attends tous les jours à les voir mettre à exécution. Quand j’ai vu votre collègue pénétrer dans mon bureau et me parler sur ce ton, j’ai bien pensé que c’était un terroriste. Je préfère avoir à faire à la gestapo.

Il est interné à Pontaniou directement. Huit jours passent, las d’attendre, il demande son interrogatoire, qui a lieu deux jours après à Bonne-Nouvelle. Il y apprend que c’est une nouvelle dénonciation de résistants, arrêtés eux aussi, mais qui ne le connaissent que de nom et donc n’ont rien pu donner comme information vérifiable. Renvoyé à Pontaniou immédiatement après l’interrogatoire, il est remis en liberté le 6 juillet 1944. Dès sa sortie, il reprend son activité classique et ne cherche plus à reprendre contact avec la résistance.

A l’arrivée des troupes américaines dans le secteur, début août 1944, il se rend à Landerneau et renoue avec les F.F.I. Il intègre le Bataillon Castel de Landerneau avec lequel il participe à la mise en place du dispositif de combat et aux opérations dans le secteur de Plougastel-Daoulas et sur la presqu’île de Crozon. A la dissolution des troupes F.F.I, il est démobilisé et reprend son emploi au Service du Ravitaillement.

A l’issue des combats de la Libération, il fait partie du Comité de la Libération de Brest. Il sera cité à l’ordre de la Brigade et recevra une Croix de Guerre 1939-1945, avec étoile de Bronze, pour ses activités clandestines. En 1954, il est promu Officier de la Légion d’honneur. Il ne fera pas sa demande d’homologation auprès de l’état français pour être reconnu à juste titre.

La sépulture d’Edouard Riban se trouve dans le cimetière de Recouvrance à Brest [Carré 1, Rang 11, Tombe 18]

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Portfolio

Sources - Liens

  1. Famille Riban, documents personnels d’Edouard Riban & iconographie.
  2. Archives de Brest, registre d’état-civil numérisé, disponible en ligne.
  3. Brest Métropole, service des cimetières - sépulture d’Edouard Riban.
  4. FAUCHER Baptiste, attestation d’appartenance à la résistance, 1947.
  5. BROC’H Jean-François, J’avais des camarades, éditions Télégramme, 1949.
  6. HUGUEN Roger, Par les nuits les plus longues, éditions Les presses bretonnes, Saint-Brieuc, 1976.
  7. LE BRAS Joël, Résistance de Brest-Est, texte non publié, 2007.

Remerciement à Françoise Omnes pour la relecture.

Notes

[1La maison existe encore de nos jours.

[2Il s’agissait de Robert Gourmelon, lui aussi agent de l’Aussenkommando.