LE GALL René

René Jean Le Gall réside sous l’occupation chez ses parents au 198 rue de la Vierge à Lambézellec (65 rue Paul Masson à Brest de nos jours). Il travaille comme tôlier automobile avec son père Jean Le Gall dans le garage familial rue Racine ou à l’atelier situé sous leur logement de la rue de la Vierge. Il fréquente Anne Blaize, proche voisine du 213 rue de la Vierge, dont le frère, Joseph, travaille à l’arsenal.

C’est vraisemblablement par l’intermédiaire de ce dernier, que débute l’activité de Résistance de René et son père Jean Le Gall. A l’automne 1940, Joseph Blaize est sollicité par son collègue de travail René Gourvennec pour intégrer le Groupe Élie. A son tour il propose plusieurs noms pour grossir le groupe, dont probablement les Le Gall qu’il fréquente régulièrement. Cependant, il est également possible que les Le Gall connaissaient Louis Élie, de part leur métier et la fréquentation du même quartier, bien avant leur entrée dans son groupe de patriotes.

Au delà d’une simple adhésion au groupe, l’activité du père et du fils Le Gall ne commence tangiblement qu’à partir de mars 1941. Ils reçoivent un important stock de matériels militaires anglais et allemands, qu’ils camouflent. C’est Louis Élie qui se charge seul, semble t-il, du transport au garage de la rue Racine depuis la rue Carnot, où se trouvait la chambre devenue trop petite, louée par Alice Abarnou. En mai 1941, le groupe est démantelé par une succession d’arrestations. Le garage Le Gall est perquisitionné par les allemands.

Alice Abarnou relate la descente au garage Le Gall, dans la foulée de celle de Louis Élie :

Le même soir une perquisition fut faite chez moi par la Gestapo et ensuite chez Le Gall rue Racine. Les armes furent saisies par les Allemands. Le Gall fut mis au mur pour un interrogatoire serré. Il nia énergiquement et indiqua qu’il ignorait ce dépôt dans ce garage. J’ai crains qu’il ne fut fusillé séance tenante car j’assistais à la perquisition d’un endroit où les Allemands ne pouvaient me voir et surtout me reconnaître car j’avais échangé de vêtements et portais des lunettes.

René Le Gall n’est pas présent lors de la perquisition et par miracle, son père arrive à convaincre les allemands de son innocence puisqu’il n’est pas arrêté ni envoyé à Bonne-Nouvelle pour interrogatoire. Voici la liste du matériel saisi dans son garage :

  • 23 fusils avec et 11 baïonnettes
  • 14 chargeurs de fusil
  • 13 revolvers ou pistolets
  • 35 grenades à main
  • 1 mitrailleuse
  • 3 dagues
  • 3 couteaux
  • 4 matraques
  • 1 transmetteur de terrain
  • 64 détonateurs (cuivre)
  • 35 détonateurs (aluminium)
  • 23 fusibles à incandescence avec détonateur intégré
  • 16 allumages pour grenades françaises
  • 1 allumeur électrique avec pièce de guidage pour engins explosifs
  • 26 rouleaux de papier avec garnitures de grenat (petits)
  • 12 rouleaux de papier avec garnitures de grenat (larges)
  • 3 explosifs en papier de paraffine (30 cm) avec allumeur électrique intégré
  • 80 charges explosives
  • 1 cartouche de signal (blanc)
  • 60 matières celluloïd avec de la poudre de pistolet
  • 9 bobines de cordon d’allumage.

Après avoir frôlé la catastrophe, l’activité clandestine des Le Gall cesse temporairement. C’est aussi le moment pour René Le Gall de sceller son union avec Anne Blaize qu’il épouse, tandis que son frère Joseph Blaize épouse Anna Drogou pour sa part. La double noce se déroule le 27 septembre 1941 à Lambézellec. De l’union de René et Anne, naissent deux enfants. L’occupation se poursuit et bientôt c’est par un autre résistant du quartier, Georges Lacroix, du réseau Alliance œuvrant également pour le mouvement Défense de la France (D.F), que les Le Gall reprennent du service en faveur de la Résistance. Il faut sans doute voir dans ce recrutement, la patte de Paul Masson, lui aussi des organismes clandestins précités et habitant du quartier, ayant dans la fin des années 20, mené le comité des fêtes du quartier de Kerichen, dont le local pour les réunions et les fêtes n’était autre que le garage Le Gall.

René Le Gall est alors chargé de faire l’agent de liaison pour livrer les fausses cartes d’identité puis les journaux clandestins du mouvement. Après l’arrestation de Georges Lacroix en septembre 1943, René Le Gall poursuit la lutte avec les contacts tissés auprès de Défense de la France. D’autres armes parviennent au garage où son père prodigue l’instruction pour le maniement. Son activité dans la Résistance est stoppée en avril 1944. Suite à une opération du groupe Action Directe sur Ploudalmézeau, la voiture des Le Gall, prêtée pour l’occasion, est emboutie contre un pylône électrique. C’est Pierre Plouet qui vient prévenir Jean Le Gall de se mettre au vert, il se propose de l’envoyer se cacher à Tréglonou chez Joseph Mouden. Il y sera arrêté le 31 mai 1944 et déporté. René Le Gall craignant d’être à son tour inquiété, part se cacher quelques temps à Elliant avant de revenir sur Brest.

La charge du garage revient donc au jeune René Le Gall qui cesse une seconde fois ses activités clandestines, pour de bon cette fois. Lors du siège de la ville en août et septembre 1944, il reste à son poste et sera d’une grande utilité pour réparer les véhicules de la Croix Rouge Française pour les transports des blessés. Dévoué, il ne comptera pas ses heures, allant même jusqu’à accompagner les infirmières lors de transports.

La sépulture de René Le Gall se trouve dans le cimetière de Kerfautras à Brest [Carré 30, Rang 06, Tombe 08]

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Sources - Liens

  1. Archives Municipales de Brest, registres d’état-civil (1E262 et 6E/L34).
  2. Archives Départementales du Finistère, dossier individuel de combattant volontaire de la résistance de René Le Gall (1622 W).
  3. Service Historique de la Défense (S.H.D) de Vincennes, dossier Procès du Groupe Élie (GR 25 P 16344).
  4. Brest Métropole, service cimetière - sépulture de René Le Gall.