COATANÉA-GOUACHET Jean

Jean François Coatanéa réside sous l’occupation au 25 rue de Bertheaume à Plougonvelin. Il travaille avec son beau-père, Prosper Gouachet, en tant que matelot sur la gabare Paul-Georges, basée au Conquet. Ce navire est réquisitionné depuis 1941 par l’armée allemande pour assurer des transports de personnels et de marchandises entre Le Conquet, Brest et Ouessant.

Le jeune plougonvelinois indique avoir été contacté au début du mois de juin 1943 par Andrée Virot, pour l’aider dans la lutte contre les allemands. Jean Coatanéa accepte et se met à sa disposition. Il est alors chargé de fournir des renseignements sur les fortifications en construction ou existantes, les emplacements de Kommandantur ou Poste de Commandement, les casernements, le moral des troupes d’occupation et l’attitude des civils. Jean Coatanéa reçoit l’autorisation de recruter lui même des informateurs tout en se gardant bien de préciser pour qui il oeuvre clandestinement. Cette mesure de sauvegarde sera respectée, seul Jean s’occupera des liaisons. Il enrôle d’abord son ami Jérôme Stang puis les voisins de son oncle, Yves et Jean-René Caradec ainsi que Pierre Léaustic. Jean Coatanéa s’est lié d’amitié avec eux en allant pêcher des crustacés, il les sait de confiance.

Les renseignements convergent assez vite grâce à ses camarades. Jean a lui même des facilités pour épier les fortifications côtières allemandes lors de ses traversées sur la gabare. En septembre 1943, il est officiellement considéré comme un agent du réseau Jade. Le petit groupe s’élargit par le recrutement de Jean Le Coz en janvier 1944.

Les liaisons sont coupées au début 1944 avec le réseau Jade. Sans que l’on puisse déterminer à ce jour par quel truchement, le groupe de Jean Coatanéa bascule au service du mouvement Défense de la France (D.F). Les jeunes transmettent un plan notamment à Louis Mongour qui lui même le transmet à l’État-Major des F.F.I de Brest. Fin mars 1944, c’est le résistant brestois Roger Cabon qui est envoyé se cacher à Plougonvelin, dans la famille de Jean Coatanéa. Avec ce mouvement, les activités se diversifient et désormais, le petit groupe reçoit quelques exemplaires du journal clandestin Défense de la France qu’ils distribuent la nuit sous les portes des maisons. Roger Cabon restera jusqu’à la mi juin 1944 à Plougonvelin, l’occasion pour Coatanéa de faire quelques liaisons avec Brest ou de rencontrer d’autres résistants comme Georges Dauriac et Jean Morvan.

En avril 1944, le groupe se renforce d’une nouvelle recrue locale en la personne d’Yves Oulhen et semble t’il à partir de juin 1944, des liens sont tissés avec la Résistance du Conquet. Le groupe du Corbeau transmet des informations, par son seul intermédiaire, à Albert Le Bars du Groupe Luart. Ces informations sont ensuite transmises au responsable cantonal de la Résistance de Saint-Renan. Cette méthode de liaison est plus simple et plus rapide pour les jeunes de Plougonvelin. Elle est également plus sécurisée car leur mouvement de rattachement à Brest est sérieusement ébranlé par une vague d’arrestations fin mai 1944.

Le débarquement voit le moral se gonfler et offre l’opportunité aux chefs de la Résistance de concrétiser le travail clandestin en formant des unités combattantes. Le 20 juillet 1944, le groupe Coatanéa entre en relation avec un autre groupe de résistants à Plougonvelin, emmené par François Hervéou, Roger Priol, Pierre Laurent et Jean Goalès. Les deux groupes faisaient à peu de chose près le même travail clandestin, sans se connaître. Il est question de la formation de groupes de combat pour les plus âgés et de poursuivre le renseignement pour les plus jeunes. L’organisation piétine encore un peu et le manque d’armement se fait cruellement ressentir. En août 1944, Jean Coatanéa est affecté à la Compagnie F.F.I de Saint-Renan, comme estafette à vélo pour la 1ère Section. Il participe au sein de son unité aux opérations de reconquête du territoire depuis les environs de Lanrivoaré jusqu’au Conquet.

Après guerre, en 1946, Jean s’engage pour l’Indochine. Il revient en France en 1948 et épouse Denise Creff le 9 décembre 1950 à Lambézellec. L’année suivante, il est adopté officiellement par Prosper Gouachet. Il se forme au cabotage puis exerce divers postes embarqués en France d’abord, puis avec l’agrandissement de la famille un poste plus sédentaire en Algérie (Bône). Revenu à Brest en 1962, après divers postes embarqués il reprend la Marine Marchande où il exerce la fonction d’officier de pont jusqu’à sa retraite qu’il partagera entre Plougonvelin et Brest.

La sépulture de Jean Coatanéa se trouve dans le cimetière communal de Plougonvelin [Carré A, Rang 4, Tombe 3-4]

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Portfolio

Jean Coatanéa (2011)
Crédit photo : Jean-Marc Le Gall
Jean Coatanéa après la Libération
Crédit photo : Jean-Marc Le Gall

Sources - Liens

Remerciement à Jean-Marc Le Gall pour l’aide à la rédaction de cette biographie.

  1. Famille Coatanéa-Gouachet, informations et iconographie.
  2. Les Amis de Saint-Mathieu, témoignage manuscrit de Jean Coatanéa, 1984.
  3. Musée du Ponant de Saint-Renan, fonds Baptiste Faucher (F.F.I), dossier Jean Coatanéa.
  4. Service Historique de la Défense (S.H.D) de Vincennes, dossier individuel de résistant de Jean Coatanéa (GR 16 P 134657), aimablement transmis par Edi Sizun.
  5. CARADEC Yves, Les mémoires d’un paysan de la côte, auto-édition, 1995.
  6. CLOCHON Jean-Pierre, La pêche sous l’occupation (2009) et Une gabare au Conquet : le "Paul-Georges" (2010).
  7. Commune de Plougonvelin, service cimetière - sépulture de Jean Coatanéa.