DESHAIES Raymond

Raymond Eugène Louis Deshaies suit une formation d’ingénieur des Arts et Métiers. Il entre dans la Marine Nationale en 1924 à l’École des Élèves-Officiers mécaniciens. Il change de cursus et opte pour le Corps des Commissaires de la Marine où il est promu en octobre 1928 au grade de Commissaire de 2ème classe. Sa première affection à Brest est en 1937. Sous l’occupation allemande, il reste en poste à l’arsenal de Brest avec le grade de Commissaire principal, puis en chef de 2ème classe en 1943.

Cette année là, il bascule dans la Résistance en juillet 1943. Depuis sa résidence secondaire de Kerivoal dans la région de Quimper, où s’est retirée sa femme et son jeune fils pour fuir les bombardements sur Brest, il est sollicité par la famille Le Guennec et Jacqueline Hereil pour intégrer le mouvement Vengeance. On lui propose alors de développer la structure clandestine dans la région de Brest en recrutant des agents de renseignements. Raymond Deshaies devient alors le chef du secteur brestois, sous l’indicatif K.R.P 12 et le pseudonyme Dubreuil.

Par relations professionnelles, il se met en rapport avec les frères René et Pierre Guézénnec du réseau Alliance mais les échanges sont rapidement coupés suite au démantèlement qui touche leur réseau dès septembre 1943. Raymond Deshaies est également approché par le mouvement Libération Nord (L.N), qu’il intègre dans le second semestre de l’année 1943. Il est alors question de rapprocher les différents organes de la Résistance pour former l’embryon de l’Armée Secrète (A.S) du Finistère. Il côtoie et oeuvre dans la clandestinité avec Mathieu Donnart et Roger Bourrières. Il mettra d’ailleurs son domicile de Kerivoal à leur entière disposition pour leurs missions dans le sud Finistère.

Fin 1943, l’Armée Secrète (A.S) de Brest devient tangible par le rapprochement des mouvements Libération Nord et Défense de la France. L’unification est alors la priorité et la question de la Marine Nationale est à l’ordre du jour au début 1944. L’approche du Commissaire Douillard par Libération Nord en février règle la question d’une coopération, s’ensuit une prise de contacts auprès du Capitaine de Corvette Jean Cloarec du réseau Marathon. Des ponts sont également établis avec le docteur Ary Fichez du mouvement O.C.M pour améliorer les collectes et les transmissions des informations, notamment en recensant les marins de la côte-nord renvoyés dans leurs foyers par Vichy, afin de les recruter.

Raymond Deshaies devient le chef des F.F.I Marine avec pour mission de structurer et rassembler les groupes épars encore en activité à l’arsenal. La tâche de former une unité combattante avec du personnel de la Marine Nationale, revient au Groupe Narval du Capitaine de Corvette Jean Cloarec. A l’arsenal, Raymond Déshaies contacte l’Ingénieur des Directions de Travaux Principal Jean Aubert. Ce dernier reçoit pour mission d’accélérer le recrutement et d’unifier les groupes d’ouvriers patriotes sous sa bannière, au sein du Groupe Arsenal qui prend forme fin mars, début avril 1944. Également à partir de ce mois, il ravitaille au titre de Libération Nord des maquis dans les environs de Quimper en matériel divers.

A partir de mai 1944, la Résistance Marine détecte que des dispositions sont prises par les Allemands en vue d’une destruction éventuelle de l’arsenal en cas d’abandon de la ville. L’occupant prévoit de détruire les quais, bassins, engins et autres infrastructures portuaires. Le groupe de résistants informe alors sa hiérarchie de la Marine française et surtout la résistance pour qu’un contre-plan soit mis en place. Un inventaire des destructions prévues par les allemands est réalisé et des dispositions sont prises pour contrarier au cas par cas.

Le siège de Brest et l’évacuation des civils ne permettront pas aux résistants de mettre en oeuvre les mesures de protections bien que quelques actions eurent lieux. A l’approche des troupes américaines, Raymond Deshaies quitte son poste et se met à l’entière disposition des F.F.I.

Il se rapproche du Capitaine de Vaisseau Pierre Lucas, parti de Cherbourg le 9 août 1944 pour prendre ses fonctions de Commandant du 2ème Arrondissement Maritime (Préfet Maritime de Brest). Le 13 août 1944, au plus près de la ligne de front au Vergez à Guipavas, Raymond Deshaies est confirmé dans son statut de chef des F.F.I Marine et nommé chef du 3ème Bureau (Opérations). Dès lors, cet état-major poursuit le rassemblement des effectifs de la Marine non affectés aux différentes unités F.F.I. La 1ère Compagnie F.F.I de Fusiliers-Marins prend forme avant d’être déployé dans le opérations de réduction de la poche allemande du Conquet.

Voulant jouer un rôle dans la prise de Brest, la Marine dépêche le 10 septembre 1944 Raymond Deshaies et deux autres officiers aux portes de la ville pour étudier le terrain. Déjà, la Cie F.F.I des Fusiliers-Marins se rapproche de Saint-Pierre-Quilbignon mais c’est dans les rues de Brest que Raymond Deshaies et le Section Spéciale (François) Pengam s’illustrent. L’engagement est violent et coûte la vie à deux français, Marcel Le Bail et Paul Bruera. Cependant, le commissaire Deshaies parvient à faire un bon dans les lignes allemandes de 350 mètres et obtenir la reddition de 53 allemands. Surpris, les Américains félicitent publiquement les F.F.I Français et acceptent qu’ils engagent des troupes à leurs côtés.

Raymond Deshaies retourne auprès de son état-major et prend la tête de deux sections de la 1ère Compagnie F.F.I de Fusiliers-Marins. Il s’engouffre dans les combats de rues à Brest, par la place Strabourg pour descendre dans l’axe de la rue Jean-Jaurès. C’est l’une des rares unités à avoir combattu dans les rues de Brest. L’engagement se déroule du 12 au 18 septembre 1944, date de la reddition complète de la garnison allemande de Brest. A 15 heures le pavillon français flotte sur les ruines de la Préfecture Maritime et à 16 heures les couleurs sont envoyées à la porte Tourville.

Après avoir été depuis la Libération le chef d’état-major du Préfet Maritime de Brest, il est affecté comme directeur du Commissariat de la Marine au Maroc à Casablanca. Il poursuivra sa carrière dans la Marine jusqu’à sa retraite.

Pour son action dans la Résistance, il est promu Officier de la Légion d’honneur en 1945. C’est le Général De Gaulle en personne qui le décore le 21 juillet 1945 à Brest lors de sa visite (voir portfolio). Il reçoit également la Médaille de la Résistance française en 1945, avec Rosette en 1947. Depuis 1998 à Brest, une rue porte son nom dans le quartier de Keraudren.

La sépulture de Raymond Deshaies se trouve dans le cimetière de Recouvrance à Brest [Carré 4, Rang 15, Tombe 19-20]

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Portfolio

Sources - Liens

  1. Archives Départementales du Finistère, dossier individuel de combattant volontaire de la résistance de Raymond Deshaies (1622 W).
  2. Ordre de la Libération, Paris, registre des médaillés de la Résistance française.
  3. École Navale Traditions, fiche biographique de Raymond Deshaies.
  4. Archives F.F.I de l’arrondissement de Brest, journal de marche de la S.S.P.
  5. Service historique de la Défense (S.H.D) de Vincennes, dossier d’unité combattante de la Résistance, Compagnie F.F.I de fusiliers-marins de Brest (GR 16 P 108).
  6. Brest Métropole, service des cimetières - sépulture de Raymond Deshaies.
  7. LAFFERRE Max, Le Siège de Brest – les heures dures, éditions Librairie Le Goaziou, Quimper, 1945.
  8. THOMAS Georges-Michel & LE GRAND Alain, Le Finistère dans la guerre - tome 1, éditions de la Cité, Brest-Paris, 1979.
  9. CISSÉ Gérard, Rues de Brest - de 1670 à 2000, éditions Ar Feuntelin, 2012, page 548.
  10. Service historique de la Défense (S.H.D) de Vincennes, dossier individuel de Résistant de Raymond Deshaies (179327) - Non consulté à ce jour.