ABALLÉA Joseph

Joseph François Marie Aballéa réside sous l’occupation dans sa ville natale où il travaille comme boulanger.

Réfractaire au Service du Travail Obligatoire (S.T.O), il est visé par une circulaire de recherche du 12 août 1943, pour ne pas avoir répondu à la convocation. C’est très probablement par cette situation, qu’il est contacté en octobre 1943 par Aimé Talec et Yves Corre du mouvement de Résistance Défense de la France (D.F). Il accepte alors de rentrer dans cette organisation clandestine en prévision des combats de la Libération. Courant 1944, à la création du futur Bataillon F.F.I de Lesneven, il incorpore l’effectif sous les ordres d’Yves Pellennec et de Pierre Loaëc.

Dans la nuit du 2 au 3 juin 1944, il est arrêté à son domicile par le Kommando I.C 343 de Landerneau. D’abord ramené à Lesneven dans le café Riou, il est interrogé. Au total, ce sont 14 personnes qui sont appréhendées cette nuit là dans le canton. En plus de Joseph Aballéa, il faut ajouter : Éliane, Simone, Gabrielle et Jean de la famille Riou, Yves Corre, Joseph Foricher, Joseph Garnier, André Guéguen, François Guéguen, Pierre Loaëc, Léon Moal, Yves Péllennec et Aimé Talec. Au petit matin, les prisonniers sont ramenés au manoir Colleville à Landerneau. Dans la cour, les interrogatoires violents reprennent et durent une bonne partie de la journée.

Joseph Aballéa détaille cette rude journée

Aimé Talec, à peine conscient, subit de nouvelles brutalités ; il perd de nouveau conscience ; nos tortionnaires le sortent plusieurs fois, avec peine, de son évanouissement à grands seaux d’eau. Puis vient le tour d’Yves Péllennec qui est allongé dans la cour. Nous assistons impuissants à ce spectacle en attendant d’en être les victimes. A chaque instant, il est question de nous fusiller tous. Nous passons ainsi la journée dans cette cour, sous bonne surveillance et dans la hantise de la suite... Journée de cauchemar : notre vie ne semble tenir qu’à un fil.

Il est ensuite transféré à la prison de Pontaniou à Brest puis vers la mi juin au camp Marguerite à Rennes. Le débarquement en Normandie et l’avance des troupes Alliés vers Rennes, forcent les allemands à rassembler tous les détenus, du camp Marguerite et de la prison Jacques Cartier, en deux convois pour les expédier dans l’est en prévision de leur déportation.

Joseph Aballéa relate son évasion

Après avoir passé par Redon-Pont Château, le convoi arriva à Nantes dans la soirée du 3 août 1944. Dans cette dernière ville, les Allemands prirent les dernières dispositions pour empêcher toute évasion. Portes verrouillées, barbelés devant les fenêtres d’aération immobilisées.

A la nuit tombante, le convoi prit la direction de Segré. La fatigue, la soif, le manque d’air ne nous donnaient que plus de courage à tenter l’évasion. Vers minuit nous décidâmes de mettre nos projets à exécution.

Avec l’aide d’un vieux madrier se trouvant dans le wagon nous avons démoli une partie de la fenêtre d’aération. Au couteau nous finîmes de pratiquer une ouverture suffisante pour le passage d’un homme. Les barbelés furent sectionnés à l’aide d’une pince universelle qu’un détenu avait subtilisé aux Allemands. Le bruit du train en marche ne permettait pas à nos anges-gardiens de devenir nos préparatifs.

Le premier évadé du Wagon fut : Yves Hugues de Loudéac, suivi du lieutenant Raymond Le Pen, Noël Pichon, Guillaume Penduff, Jean Le Puloch et de moi-même, d’autres suivirent. Le Colonel Fonferrier de Brest se trouvant à nos côtés nous avait donné les consignes suivantes : Chaque évadé devait rester allongé sur la voie, le plus près possible des rails pour ne pas éveiller l’attention des gardiens, et éviter, en cas d’alerte, les rafales de mitraillette. Ensuite ne quitter la voie ferrée qu’après le passage du convoi. Malgré les précautions, les sentinelles s’aperçurent des évasions et mitraillèrent la voie puis le train ralentit et stoppa.

S’en suit une fuite à grands enjambées mais tous les évadés n’eurent pas la chance de recouvrer leur liberté. Plusieurs évadés furent tués ou fusillés pour cette tentative. Joseph Aballéa parvient lui à se terrer une bonne partie de la nuit et trouve refuge auprès de monsieur Baudoin qui lui apprend qu’il se trouve au village de La Goulière à Saint-Mars du Désert en Loire-Inférieure (Loire Atlantique aujourd’hui). Joseph Aballéa reste caché dans les environs jusqu’au 12 août 1944, jour de l’arrivée des troupes américaines.

Avec l’aide des F.F.I locaux et des colonnes américaines, il parvient à remonter à Saint-Méen le 15 août 1944.

Après la Libération, il épouse Marie Bourhis à Plounévez-Lochrist le 27 décembre 1944. Pour son action dans la Résistance, il reçoit la Croix de Guerre 1939-1945 et la médaille des Évadés.

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Sources - Liens

  1. Archives Départementales du Finistère, dossier individuel de combattant volontaire de la résistance de Joseph Aballéa (1622 W).
  2. Mémoire de Guerre, iconographie et article le convoi de Langeais.
  3. BOHN Roland, Chronique d’hier -Tome 1 - La vie du Léon 1939-1945, auto édition, 1993.
  4. Service historique de la Défense (S.H.D) de Vincennes, dossier individuel de résistant de Joseph Aballéa (GR 16 P 207) - Non consulté à ce jour.