ESTÉVENON Guy

Guy Estévenon est le fils d’un instituteur public, Pierre Paul (1881-1968), qui en 1912 est en poste à Plouescat. Sa mère, Yvonne Marec (1887-1979), originaire de Plounéour-Trez, est sans profession. Guy passe son enfance rue Lapérouse dans le quartier des Quatre Moulins à Brest.

Pendant l’Occupation, il occupe avec son épouse, Hélène, née Le Goffe (1912-2004), un poste double à l’école publique de Guissény. La situation des instituteurs publics est particulièrement difficile à l’époque du fait de la rivalité entre partisans de l’école catholique et de l’école laïque. L’école se compose de deux salles de classe (Filles – garçons) et d’un logement, en très mauvais état, au-dessus des salles de classe. À l’arrivée des Allemands en 1940, le couple doit céder les deux salles de classe à des hommes de troupe qui pour la plupart sont de jeunes recrues. Une partie du logement est transformé en salle de classe, une autre est ouverte dans l’ancienne école publique des filles désaffectée.

Cette cohabitation forcée amène le couple à s’éloigner régulièrement, notamment en fréquentant Adrienne et Roger Bothuan, à l’école du Tréas, à Kerlouan, où ils passent souvent la soirée du samedi et la journée du dimanche. Une solide amitié se lie entre les deux hommes.

En 1943, Roger Bothuan, est mis à pied comme franc-maçon par l’Inspection académique pour fausse déclaration de non-appartenance à une société secrète. Depuis 1942 Roger Bothuan est engagé dans la Résistance, au sein du réseau Alliance, puis au mouvement Défense de la France. Cette radiation affecte Guy qui sait l’ostracisme que peut entraîner cette mesure prise par le gouvernement de Vichy.

En mars 1944, Roger Bothuan demande à Guy Estévenon d’entrer dans l’Armée Secrète du secteur Guissény-Kerlouan. Ainsi Guy Estévenon aura à deux reprises à se rendre, de nuit, aux environs du château de Penmarc’h, en Saint-Frégant, pour attendre d’éventuels parachutages d’armes. Après un premier échec, les armes sont enfin parachutées dans la nuit du 2 au 3 août 1944. Il cache également dans son jardin du tabac à destination des hommes du maquis subtilisé chez le buraliste de Kerlouan par Roger Bothuan.

Fin avril 1944, alors qu’Hélène vient d’avoir un enfant, une vaste perquisition est menée à Guissény par le Kommando I.C 343 de Landerneau, dit Kommando Schaad, spécialisé dans la traque des résistants. Plusieurs hommes sont arrêtés pour être interrogés et le logement d’Estévenon est perquisitionné. À la fin de la perquisition il est interrogé par un officier assisté d’un collaborateur de Landerneau qu’il identifie. Il est relâché.

Le 6 juin 1944, c’est Roger Bothuan lui-même qui vient annoncer le débarquement allié de Normandie à Guy Estévenon (Roger est possesseur d’un poste de T.S.F qu’il a caché). Le 9 juillet 1944, une opération de grande ampleur, menée sur dénonciation, entraîne l’arrestation de Roger Bothuan et de plusieurs résistants de Guissény. Roger Bothuan qui était hébergé depuis plusieurs soirs par la famille Estévenon s’est fait cueillir au petit matin à son domicile à l’école du Tréas. Guy Estévenon pense avoir échappé par hasard à l’arrestation.

Après le retrait des forces occupantes du littoral, Guy Estévenon participe à la mobilisation de la Section F.F.I de Guissény, qui s’effectue sous les ordres du lieutenant Joseph Marie Barach, dit Zéphirin, professeur à l’école privée.

Commandant Faucher en 1947

À partir de la mi-juillet, avec les replis ennemis coïncide pour nos unités F.F.I et F.T.P une reprise intensive des sabotages (contre les voies ferrées et les lignes téléphoniques), interrompus au début juin 1944 pour des raisons de sécurité.

Le déclenchement de l’insurrection intervient le 5 août 1944. Le 6, à Guissény, la 266ème Division d’Infanterie allemande en retraite exécute 6 otages à Guissény. Des combats de harcèlement ont lieu les 8, 9 août, aux côtés de la 6ème Division Blindée américaine, aboutissant à la destruction de la division allemande dans les combats de Plouvien.

Le 15 août, Barach et Estévenon apprennent l’exécution de Roger Bothuan et deux jours plus tard un témoin, Léon Normand, qui fut incarcéré dans la même cellule que Roger Bothuan, leur apporte de précieuses informations (voir document). Roger Bothuan lui a remis son pull-over pour le transmettre à Estévenon, avant d’être extrait de sa cellule pour être fusillé. Il donne également le nom de la dénonciatrice supposée de la rafle du 9 juillet. Anne Le Roy, épouse Bolzer, résidant à Guissény, est aussitôt appréhendée par les F.F.I.

Les F.F.I suivent la progression de l’Armée américaine, d’abord vers les batteries ennemies de la pointe Saint-Mathieu puis vers Brest. En septembre 1944, ils entrent dans Saint-Pierre Quilbignon. Le 15 septembre, ils atteignent leur position extrême à la porte du Conquet, à l’ouest de la ville. Ensuite Guy Estévenon retournera chez lui pour préparer la rentrée scolaire. Le couple obtiendra au cours du premier trimestre 1944-1945 leur mutation pour Saint-Pol-de-Léon.

Publiée le , par Jean-Yves GUENGANT , mise à jour

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Portfolio

Témoignage de Guy Estévenon, enquête de gendarmerie (1950)
Service historique de la Défense (S.H.D) de Caen

Sources - Liens

Remerciements à Maurice Estévenon pour l’aide apportée à la rédaction de cette fiche biographique.

  1. ESTÉVENON Guy, témoignage manuscrit.
  2. Famille ESTÉVENON, archives familiales.
  3. Archives F.F.I de l’Arrondissement de Brest, registre des effectifs de la Compagnie F.F.I de Guissény.
  4. Service Historique de la Défense (S.H.D) de Caen, dossier Roger Bothuan.
  5. Service Historique de la Défense (S.H.D) de Vincennes, dossier individuel de Résistance de Roger Bothuan (GR 16 P 211859).
  6. LE GRAND Alain et LE BERRE Alain, La Bretagne à l’épreuve, édition Daoulan, 1992.