DAUCHET Léonce

Léonce Théodore Maxime Dauchet est né dans une famille de cultivateurs. Il est tout jeune à la déclaration de la Première Guerre mondiale. Avec une partie de sa famille, il est envoyé à l’abri en Seine-Maritime à Auzouville-Auberbosc. Sa mère, Marie Brailly, décède à l’hôpital d’Abbeville en 1915. A l’issue du conflit, son père vient le récupérer.

Plus tard, il s’installe à Farbus près d’Arras. Léonce Dauchet effectue son service militaire en 1931 et signe un engagement dans l’Armée. Affecté au 8ème Régiment de Tirailleurs Marocains (R.T.M), basé à Belfort, il rencontre sa future femme Marie-Thérèse Verrier (1910-1996). Ils se marient à Auxelles-Haut le 28 mars 1938. La famille s’installe à Saint-Nom-la-Bretèche en région parisienne. A la déclaration de guerre en 1939, Léonce Dauchet est réserviste, il est donc mobilisé. En décembre, sa fille Christiane voit le jour à Saint-Germain-en-Laye.

Léonce Dauchet pour sa part est affecté au 6ème Régiment Étranger d’Infanterie (R.E.I) de la Légion Étrangère. Nous ignorons son parcours durant la Campagne de France mais il n’est pas fait prisonnier par l’Armée allemande. Démobilisé en novembre 1940, il retrouve sa famille en région parisienne. Il reprend son emploi de métayer et travaille également comme manœuvre. Avec sa femme et sa fille, il quitte la région parisienne et s’installe au bout du Finistère, à Plougonvelin, semble t-il pour éviter d’être incorporé ou fait prisonnier par l’occupant. Il réside au bourg de la commune, chez la famille Goualc’h.

Après le débarquement en Normandie le 6 juin 1944, Roger Priol reçoit l’ordre de recruter des patriotes pour former une unité combattante en prévision de l’insurrection. Ce dernier contacte en premier lieu les habitants de Plougonvelin ayant une expérience militaire. C’est ainsi qu’il contacte Léonce Dauchet, qui malgré être jeune père et non originaire de la commune, accepte immédiatement de rejoindre les rangs des Forces Françaises de l’Intérieur (F.F.I).

L’organisation se poursuit de juin à juillet 1944, il n’y a cependant toujours pas d’armes. Le groupe est mis en alerte début août 1944, un parachutage d’armes est organisé près de la ferme de Kerzévéon à Locmaria-Plouzané. Durant trois nuits, plusieurs groupes locaux, dont certains de Brest, se rassemblent dans l’espoir de voir un appareil anglais. Dans la nuit du 2 au 3 août, au troisième soir, l’avion passe mais ne largue rien, jugeant le terrain trop dangereux. Déçu, le groupe regagne Plougonvelin. Par la suite, des consignes sont données de rejoindre Tréouergat par petits groupes ou individuellement pour ne pas éveiller les soupçons. Se trouve là-bas le maquis du bataillon F.F.I de Ploudalmézeau. Les résistants gagnent à pieds ce bastion et sont enfin armés. De là, les F.F.I sont envoyés rapidement en patrouille ou en contrôle de secteur. Le groupement dont fait partie Léonce est fusionné avec la Compagnie F.F.I de Saint-Renan.

Composition du groupe 1, première section de la Compagnie :
- CAM Jean
- DAUCHET Léonce
- GOALES Jean
- GUENA Yves (père du ministre)
- HERVEOU François
- KERMARREC François
- LAURENT Frédéric (n’a pas 16 ans)
- LAURENT Pierre
- MALGORN Michel
- PRIOL Roger
- QUERE Michel (chef de groupe)
- RAGUENES François
- RAOUL René

Les combats les mèneront à Plourin, Ploudalmézeau, Brélès, Lanrivoaré, les faubourgs de Saint-Renan où ils rencontrent pour la première fois les Américains. Exceptés les jeunes, le groupe de Léonce a la meilleure composition militaire de la Compagnie, ils sont alors détachés auprès du 2nd Ranger Battalion pour servir d’éclaireurs. Avec cette unité, ils participeront à la libération de Locmaria-Plouzané, à l’isolement de la poche du Conquet vis à vis de celle de Brest. Puis ce seront les combats du verrou de Goasmeur et le ratissage de la zone jusqu’au Lannou.

Avec François Hervéou, Léonce Dauchet fait prisonnier plusieurs soldats allemands, notamment à Kerivin-Vao. Le 6 septembre 1944, il convoie avec Michel Malgorn un groupe de onze prisonniers allemands vers l’arrière des lignes pour les remettre aux américains. Ils se trouvent entre Toul-an-Ibil et Goasmeur lorsqu’un tir de barrage allemand pilonne le secteur. Les deux F.F.I se mettent tant bien que mal à l’abri près d’un talus mais un éclat frappe mortellement Léonce.

Sa carte d’identité, faite en juillet 1944 à Plougonvelin (voir photo dans le portfolio), est récupérée sur lui et conservée par l’état-major F.F.I. Sa dépouille est envoyée à l’hôpital de Saint-Renan où l’acte de décès est rédigé. Le 8 septembre, vers vingt heures, Michel Quéré parvient à avertir le maire de Plougonvelin, Henri Le Goasguen, de la mort de Léonce Dauchet. Le maire inscrit également dans le registre des décès de la commune, l’acte de Léonce Dauchet. Le 10, alors que la dernière poche allemande de Kermorvan capitule, le corbillard de Saint-Renan ramène à Plougonvelin Léonce Dauchet. Il est veillé par ses camarades F.F.I et inhumé à Plougonvelin le lendemain.

Sa femme et sa fille ne restent pas dans la commune et retournent dans le territoire de Belfort, pour se rapprocher de leur famille. Le sujet étant trop douloureux pour Marie-Thérèse, qui ne s’est jamais remariée, sa fille Christiane ne connaîtra jamais l’histoire de son père. Elle n’obtiendra que des informations parcellaires. La sépulture de Léonce Dauchet a semble t-il disparu de Plougonvelin, sans doute au déménagement du cimetière de la commune, qui correspondrait à un non renouvellement de concession. Cela reste incertain, d’autant plus que la sépulture devait être frappée de l’inscription Mort pour la France. Le mystère reste intact à ce jour.

En 2015, des recherches sont menées pour retrouver la trace de sa fille, hélas disparue en 2011. Cependant, sa petite-fille, Brigitte Parcheminey est retrouvée. Elle découvre l’histoire de son aieul et en 2016 traverse toute la France pour se recueillir devant la stèle des F.F.I au Cosquer à Plougonvelin. A cette occasion, elle reçoit du maire de Plougonvelin, la médaille de la commune à titre posthume pour Léonce Dauchet, en reconnaissance de son engagement et son sacrifice pour la Libération de la commune. Le Musée du Ponant de Saint-Renan lui remet également lors de cette visite, la carte d’identité de Léonce Dauchet datant de 1944, seul souvenir matériel de son passage dans notre région. Avec Roger Priol, un des deux derniers vétérans de la section F.F.I de Plougonvelin, Brigitte Parcheminey retourne sur les traces de la dernière semaine de combat de son grand-père, découvrant ainsi une partie de son histoire familiale.

Les recherches se poursuivent de nos jours pour déterminer ce qu’il est advenu de la sépulture de Léonce et tenter de comprendre sa motivation à venir à Plougonvelin pendant la guerre, où il ne semblait pas avoir d’attache familiale.

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

Sources - Liens

  1. Musée du Ponant de Saint-Renan, fonds Baptiste Faucher (F.F.I), documents et iconographie.
  2. Service Historique de la Défense (S.H.D) de Vincennes, dossier individuel de résistant de Léonce Dauchet (GR 16 P 159042).
  3. Service Historique de la Défense (S.H.D) de Caen, dossier d’attribution de la mention Mort pour la France (AC 21 P 112956).
  4. Le Télégramme, édition du 9 octobre 1944.
  5. Famille Dauchet-Lombard-Parcheminey, renseignements.
  6. PRIOL Roger, témoignages de 2013 à 2016.

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