LE ROUX Adolphe

Adolphe Le Roux est électricien à Bolazec dans les années trente. Il y épouse l’institutrice Marguerite Hemery (1911-2011), le 1 juin 1935. En décembre de la même année, leur premier fils vient au monde, le second verra le jour sept ans plus tard, en juin 1942. La famille quitte l’Est du Finistère pour s’établir à Brest au 92 rue Jean-Jaurès. Adolphe Le Roux y adhère au Parti Communiste Français (P.C.F), ainsi qu’à la Confédération Générale du Travail (C.G.T) en 1936. Militant très actif, selon Eugène Kerbaul ; Adolphe Le Roux aurait participé à la reformation du parti dans la clandestinité à l’automne 1939. Cette information semble incertaine dans la mesure où Adolphe Le Roux est rappelé sous les drapeaux et sert dans la Marine Nationale à la déclaration de la Seconde Guerre mondiale. Son affectation est inconnue à ce jour, il est cependant démobilisé le 11 février 1941. Pour une raison que l’on ignore, Adolphe Le Roux semble être interné quelques jours dans un camp de prisonniers de guerre à Bordeaux avant d’être remis en liberté à la fin du mois de février 1941. De retour à Brest, il se fait employer à partir d’avril 1941, comme commis d’octroi.

C’est à cette même période qu’Adolphe Le Roux indique être entré en Résistance. Il signale également avoir intégré un groupe de francs-tireurs au début de l’année 1942. Il s’agit probablement d’un groupe de l’Organisation Spéciale (O.S), sans que l’on puisse cependant déterminer lequel. Adolphe Le Roux aurait participé à des sabotages et à la propagande. Cette diffusion s’effectue grâce à la distribution de tracts et journaux du parti et du Front National (F.N) ainsi qu’à des inscriptions à la peinture sur les murs. Dans la continuité de son action, il est versé dans les Francs-Tireurs et Partisans (F.T.P) à leur implantation à Brest.

Le 14 mai 1942, le résistant Carlo De Bortoli est condamné à mort, notamment sur la base d’un faux témoignage de policier brestois. En réaction, les responsables du P.C.F et des F.T.P de Brest, se réunissent chez Adolphe Le Roux. Ils y rédigent un courrier commun demandant au policier Guivarc’h de retirer son faux témoignage, sous peine de représailles. Malgré cette action, le policier reste muet et se voit condamner à mort par un Tribunal de la Résistance en cas d’exécution de Carlo De Bortoli. Vers la fin mai 1942, Venise Gosnat réorganise le triangle de direction des F.T.P de Brest et nomme Pierre Corre comme responsable. Lui est adjoint Pierre Berthelot pour sa bonne connaissance des explosifs et Adolphe Le Roux à qui l’on confie une responsabilité nouvelle ; le service de renseignement du mouvement.

Parmi les tâches qu’il supervise dans le renseignement, lui incombe la filature du policier Guivarc’h en prévision de son exécution. Il note ses déplacements, ses habitudes et les lieux qu’il fréquente. Grâce à ces informations et sans attendre l’exécution de Carlo De Bortoli, les F.T.P enclenchent les représailles. Le 21 août 1942 vers 19 heures, le responsable départemental Jean-Louis Primas tente d’abattre le brigadier devant son domicile du 6 rue Richelieu mais bien que blessé, le policier en réchappe. Le 19 septembre 1942, une bombe est confectionnée chez Adolphe Le Roux par Albert Rolland. L’engin est ensuite déposé contre le Gasthaus du 93 rue Jean-Jaurès par les deux précités en compagnie de Joseph Ropars et Jean Pierre Reste. L’explosif détonne à 00h30 le 20 septembre.

La tentative d’assassinat du policier brestois, le 21 août et l’exécution à Nantes, le 9 septembre d’un juge français, provoquent une vive réaction des services de sûreté français. De nombreuses arrestations sont menées partout en Bretagne, dont 17 à Brest dans la soirée du 1er octobre 1942. Pour Adolphe Le Roux, les agents de la police et de la gendarmerie se présentent au restaurant où il dîne pour l’appréhender. Le résistant est ensuite emmené chez lui pour la perquisition. L’un des agents, le gendarme Pierre Allanic [1], est un compagnon d’enfance de Le Roux mais lors des arrestations de différents résistants communistes, il semble être brutal et faire du zèle. Adolphe Le Roux est d’abord interné à la prison de Pontaniou avant d’être transféré au château de Brest, lieu de détention des prisonniers communistes. Les détenus du château sont transférés à la prison Jacques-Cartier de Rennes le 29 janvier 1943. Pour ce transfert, les Allemands réquisitionnent la gendarmerie. Le détachement des gendarmes est placé sous les ordres du gendarme Allanic, encadré par des soldats allemands. Adolphe Le Roux et ses camarades sont ensuite envoyés à Fresnes en vue de leurs jugements. Le 28 août 1943, le Conseil de guerre allemand de Paris le condamne à purger une peine d’un an de réclusion à Villeneuve-Saint-Georges.

Mais grâce à l’aide d’un co-détenu qui faisait fonction d’interprète au bureau des entrées et sorties de la prison, le dossier de Le Roux est falsifié lui permettant une sorte d’évasion administrative. Libéré par anticipation le 14 décembre 1943, Adolphe Le Roux saisit sa chance et ne remet plus les pieds à Brest. Il prend alors la direction de sa région natale. Dans la seconde moitié du mois de janvier 1944, il entre en relation avec les résistants F.T.P du secteur. Son activités est là encore inconnue, il participe néanmoins à l’attaque du dépôt d’armes de Bolazec le 8 juin 1944. Sous les ordres de Pierre Le Foll, il s’intègre dans la 1ère Compagnie du Bataillon F.T.P Giloux. Avec cette unité, il participe aux opérations de Libération de la région sud-est de Morlaix.

Morlaix Libéré le 8 août 1944, les unités F.F.I et F.T.P participent au nettoyage des zones de combat et au début de l’épuration. C’est à cette période qu’Adolphe Le Roux se venge du gendarme Allanic, originaire lui aussi de Lohuec. Il le fait arrêter alors que ce dernier se rend dans sa commune natale, pour voir sa femme et ses enfants, puis le transfert à Bolazec où il est frappé et humilié par les habitants. Le gendarme est ensuite transféré au château de Keranroux à Ploujean près de Morlaix. Le 20 août 1944, Adolphe Le Roux exécute le gendarme. Dans les jours qui suivent l’absence du gendarme Allanic, attendu sur Brest, est remarquée. Un motocycliste est envoyé à sa recherche et apprend le sort du gendarme. Son supérieur hiérarchique, membre des F.F.I, fait déclencher une enquête et en pleine bataille de Brest, déplace une section F.F.I de Plabennec (en armes) pour récupérer le corps et l’inhumer à Lohuec avec les honneurs militaires. Il faut dire que les témoignages sur ce gendarme, mise à part ceux des communistes, sont plutôt élogieux sur son attitude. Il est décrit comme quelqu’un de patriotique et détestant les allemands. D’après son supérieur, Allanic aurait même aidé la Résistance en effectuant des liaisons.

Adolphe Le Roux et d’autres F.T.P sont amenés à témoigner dès août 1944 dans le cadre de l’enquête. La version initiale qui tend à faire croire que le gendarme fut abattu lors d’une tentative d’évasion est écartée par diverses discordances dans les témoignages. Mais les obligations de la guerre et l’éclatement des formations (et donc témoins), font traîner en longueur l’enquête. Après la guerre, Adolphe Le Roux est interpellé sur son lieu de travail à la mairie de Brest le 19 décembre 1946 et inculpé pour meurtre sur le gendarme Allanic. Son arrestation provoque un mouvement social et des échanges virulents dans la presse entre les parties. Le verdict à l’encontre d’Adolphe Le Roux ne nous est pas connu mais il ne semble pas avoir été condamné. Les conclusions de la commission d’épuration de fonctionnaires de Brest qui avait condamné les procédés et actes criminels du gendarme, ayant très certainement jouées en sa faveur.

Sinistré après la guerre, la famille d’Adolphe Le Roux logera en baraque rue Anatole-France avant de pouvoir retrouver un logement au 90 rue Jean-Jaurès. Pour son engagement dans la Résistance et sa captivité, il reçoit la Croix de Guerre 1939-1945, avec étoile de bronze en 1947.

La sépulture d’Adolphe Le Roux se trouve dans le cimetière de Recouvrance à Brest [Carré 01 Rang 08 Tombe 12]

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Sources - Liens

  1. Commune de Bolazec, registre d’état-civil, aimablement transmis par Gilles Cardinal.
  2. Archives Municipales de Brest, fonds F.N.D.I.R.P (87S) et fonds Joël Le Bras (153S).
  3. Archives Départementales du Finistère, dossier individuel de combattant volontaire de la résistance d"Adolphe Le Roux (1622 W) et rapport d’arrestation du gendarme Allanic.
  4. Le Maitron, notice biographique d’Adolphe Le Roux.
  5. La Dépêche de Brest, éditions du 22 & 23 août 1942 et du 24 août 1942.
  6. Le Télégramme, éditions de décembre 1946.
  7. La Défense, édition n°113 du 24 au 30 janvier 1947.
  8. FALIGOT Roger et KAUFFER Rémi, Service B - Le réseau d’espionnage le plus secret de la Seconde Guerre mondiale, éditions Fayard, 1985.
  9. KERBAUL Eugène, 1270 militants du Finistère (1918-1945), auto-édition, Paris, 1985.
  10. KERBAUL Eugène, Cahier de mise à jour - 1485 militants du Finistère (1918-1945), auto-édition, Paris, 1986.
  11. KERBAUL Eugène, Chronique d’une section communiste de province (Brest, janvier 1935 - janvier 1943), auto-édition, Paris, 1992.
  12. DERRIEN Jean-François, Gendarme et Résistant - sous l’occupation 1940-1944, édition à compte d’auteur, Spézet, 1994.
  13. CAZALS Claude, La gendarmerie et la Libération, édition La Muse, Paris, 2001.
  14. LE BRAS Joël, L’affaire du château de Keranroux, texte non publié, 2007.
  15. Brest Métropole, service des cimetières, sépulture d’Adolphe Le Roux.
  16. Service historique de la Défense de Vincennes, dossier individuel de Résistant d’Adolphe Le Roux (GR 16 P 365416) - Non consulté à ce jour.
  17. Service historique de la Défense de Caen, dossier individuel d’interné d’Adolphe Le Roux (AC 21 P 562366) - Non consulté à ce jour.

Notes

[1Né le 11 juillet 1904 à Lohuec - Ancien chef de la brigade de Gendarmerie de Lannilis, muté comme chef de la nouvelle brigade de Saint-Pierre-Quilbignon, à sa création en avril 1942.