BALLANGER Robert

Robert Ballanger adhère au Parti Communiste Français (P.C.F) en 1932. Employé de bureau au ministère des colonies à Nantes, Robert Ballanger exerce très vite d’importantes responsabilités au sein des instances régionales de son parti : membre du bureau et de la Commission de contrôle politique. Ayant perdu son emploi à la suite de la grève générale du 30 novembre 1938, il devient permanent du parti communiste en Loire-inférieure. Mobilisé en Alsace à la déclaration de la Seconde Guerre mondiale en 1939, il participe aux combats, notamment à Dunkerque. Il parvient à être évacué sur l’Angleterre puis il est rapatrié et démobilisé sur Nantes.

Il est défavorable à la ligne de conduite du parti au début de l’occupation et prône pour la résistance. Avec l’aide de quelques amis militants, il commence à stocker des armes abandonnées et à recenser les dépôts de poudre de son secteur. Il échappe de peu à une arrestation à l’automne 1940. En fin d’année, il succède à Auguste Havez comme responsable interrégional du P.C.F clandestin en Bretagne. Pour cette nouvelle fonction clandestine, il s’installe à Rennes dont il sait pouvoir disposer de plusieurs planques. Dans sa tâche, il est épaulé par des adjoints dans chaque département, pour le Finistère, il peut compter sur Venise Gosnat. A Brest, pour son activité, la cellule locale lui a trouvé un appartement modeste route de Bohars, grâce à Théodore Drogou.

Robert Ballanger voit en Brest et Nantes, les deux fers de lance d’une nouvelle lutte, où l’armistice de Pétain ne signifie pas la paix depuis la reprise des bombardements. Encore moins dans l’honneur, car Ballanger souhaite appuyer sur le fait qu’à Brest, la Marine et ses infrastructures sont à la solde de l’ennemi. Il sait également que c’est dans ces deux villes qu’il a le plus de fervents partisans. Sa première visite à Brest se déroule le 2 janvier 1941. Sous le pseudonyme de Grand Charles [1], il rencontre les dirigeants locaux du P.C.F clandestin : Roger Chaigneau, Eugène Kerbaul et Jules Lesven. Il leur confie la tâche d’implanter l’Organisation Spéciale (O.S) à Brest. Ce sera chose faite par une poignée de militants dans le secteur du bâtiment et chez les cheminots.

Il poursuit ensuite sa tournée instigatrice à Quimper, Pont-L’Abbé, Hennebont puis Nantes. De retour à Brest fin janvier, Robert Ballanger rencontre Lucien Kerouanton pour organiser un groupe d’O.S dans l’arsenal. Il voit également Eugène Kerbaul et lui annonce la reprise de la parution de l’hebdomadaire régional La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime. Il demande aux brestois de se doter d’une imprimerie clandestine afin de pouvoir diffuser plus largement la presse et les tracts du mouvement. Vers le 15 février 1941, Robert Ballanger et Venise Gosnat sont de retour à Brest pour faire un point sur différents sujets. Ballanger hâte le lancement de la presse brestoise clandestine. Fin mars 1941, après un sondage, Robert Ballanger estime avoir à sa disposition entre 1 200 et 1 500 militants au P.C.F clandestin dans toute la Bretagne. En avril 1941, il effectue une nouvelle visite à Brest.

Après l’arrestation de Roger Chaigneau, Ballanger revient à Brest le 11 mai et règle les questions de liaisons avec les cheminots. Le 15 mai 1941, le Comité central du P.C.F lance un appel au rassemblement autour de valeurs patriotiques afin de fédérer les différentes composantes de la société française. C’est la création du Front National (F.N). Sans tarder, fin mai 1941, Ballanger vient présenter cette structure aux brestois et n’a pas de difficulté à les convaincre d’adhérer au projet mais la mise en place locale, et national, ne sera pas franche dans les premiers temps. Il profite également de son passage pour faire le point avec Eugène Kerbaul sur les activités de l’O.S et la presse clandestine qui n’est toujours pas opérationnelle. En juin, c’est la rupture du pacte germano-soviétique et l’agression allemande contre l’U.R.S.S. L’édition du journal La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime est légèrement modifiée pour informer de cette actualité. On y trouve également l’édito signé par Robert Ballanger :

BRETONS, BRETONNES, de toutes conditions, de toutes opinions, de toutes croyances, répondez "présent" à l’appel que vous lance le Parti Communiste Français. UNISSEZ-VOUS dans chaque ville et chaque village pour que la France reste la France, pour qu’elle puisse vivre LIBRE et INDÉPENDANTE, délivrée du joug de l’oppression nationale qui pèse sur elle.
VIVE LE FRONT NATIONAL DE LUTTE POUR L’INDÉPENDANCE DE LA FRANCE !!
VIVE LA FRANCE LIBRE ET INDÉPENDANTE !!

En fin d’année 1941, pour contrer le relâchement dans le cloisonnement entre le parti clandestin et l’O.S de Brest, Robert Ballanger convoque les responsables brestois à Morlaix et donne, coup sur coup, deux réunions. Il rappelle que plus que jamais, l’heure est au compartimentage afin de limiter les arrestations. Il incite également à une meilleure coordination dans les actions. Cette refonte sera forte utile et donnera une vraie structure à l’O.S de Brest qui réalise pour la première fois une vaste série de sabotages coordonnés le 26 mars 1942 à l’arsenal.

En mai 1942, Robert Ballanger est appelé à d’autres fonctions dans la région du Centre puis quelques mois après dans la région parisienne. Son poste d’interrégional Bretagne est alors confié à Venise Gosnat. A Paris, il retrouvera beaucoup de bretons, qui traqués, ont rejoint la capitale. Nommé à l’état-major F.T.P national, il prend une part active à l’organisation de l’insurrection nationale en août 1944, notamment à Paris.

Après guerre, il reçoit la Croix de Guerre 1939-1945 et la médaille de la Résistance en 1946, pour son action clandestine. Membre du comité central du P.C.F, maire d’Aulnay-sous-Bois jusqu’en 1978, il sera également élu député de sa circonscription. Président du groupe communiste à l’Assemblée Nationale jusqu’à sa disparition brutale. Quelques mois avant sa mort prématurée, il était revenu à Brest pour présider une réunion d’anciens résistants du P.C.F.