AUVINET Alex

Alex Auvinet réalise un apprentissage d’ajusteur-fraiseur. En 1938, il rejoint Rezé dans la banlieue nantaise pour y travailler à l’usine de la Société nationale de constructions d’avions de l’Ouest (SNCAO). Sympathisant communiste il adhère au Parti Communiste Français (P.C.F) sous l’occupation, alors qu’il est interdit depuis 1939. Réfractaire à l’idée de partir travailler en Allemagne dans le cadre de la Relève, il passe dans la clandestinité et intègre pleinement la résistance communiste au sein du groupe Jean Fraix en octobre 1942.

Devenu interrégional militaire Bretagne-Normandie, il quitte la région et grâce aux contacts du parti, Alex Auvinet se rend à Brest où il participe à des actions avec les Francs-Tireurs et Partisans (F.T.P) locaux. D’après Eugène Kerbaul, Auvinet aurait eu une responsabilité locale dans l’organisation des F.T.P. Il aurait, lors de son passage dans la cité du Ponant, participé à plusieurs sabotages et attentats à l’explosif ainsi qu’à des attaques à mains armées, notamment sur un groupe de soldats allemands à Saint-Pierre-Quilbignon.

Nous ignorons la durée de son passage dans la région brestoises mais début mars 1943, il est de retour à Nantes où il est arrêté par la police française. Il parvient à s’enfuir et se réfugie au Mans où il est de nouveau appréhendé. Durant les interrogatoires, il aurait été torturé. Il est ensuite livré à l’armée d’occupation qui le condamne à mort.

Dernière lettre d’Alex Auvinet

Le Mans, le 27 mai 1943
Mon cher Oncle, tante et cousine
Voici la sentence prononcée. 13 inculpés, 13 condamnés à mort. Il fallait guère attendre moins. Je crois que nous allons être fusillés demain ou samedi. J’ai fait un paquet avec ma gabardine, mon costume, ma paire de brodequins, mon porte-feuille vide, mais j’ai déposé 2910 francs aux Allemands qui les feront probablement parvenir. Il y a aussi ma montre. Je te fais adresser tout ça à toi, tu prendras ce qui t’ira. Le reste devrait aller aux mains d’Odette qui est à peu près de ma taille. Tu emploieras ma canadienne qui est aussi chez toi et tu récupéreras tout ce qui est chez Lili. Tu en feras ce que tu voudras. Je ne sais pas où l’on va être enterrés mais probablement au Mans ou aux environs. Enfin, l’on te préviendra et, si par la suite, je peux être ramené à Montaigu, cela me fera bien plaisir. Enterrement sans prêtre, évidemment. Tu pourras me reconnaître à ma chevalière en acier et Inox que j’ai au petit doigt de la main gauche et à mes dents en acier également. Il ne faudra pas toutefois que cela te cause des frais et tu te serviras pour ça de l’argent que tu vas probablement recevoir. J’ai également déposé 3.000 francs chez René BAUDRY qui tient un café sur la route des « Sorinières » après Ragon. Tu iras les chercher avec « LILI SORIN »qui est connu là-bas. Tu diras que tu es mon oncle et que tu viens chercher ces 3.000 francs et tu leur expliqueras ce que je suis devenu ; voilà pour mes affaires.

Maintenant pour la vengeance qui, j’espère, arrivera un jour. Voici des noms qu’il ne faudra pas oublier, un nommé L, employé de la SNCF, né au Mans, James ROGIER, Bar-le-Duc, le fameux type qui s’était soi-disant évadé de la prison de Nantes en février. Un ancien camarade qui n’était autre qu’un policier et qui m’a donné à la Police. J’ai été arrêté par la brigade mobile d’Angers par les policiers : SAVIN, BAUDRY, MELGRANI et POUPAERT, GUICHANDU, RIVIÈRE et d’autres dont je ne me souviens pas du nom. Tous des salauds. Tout ceci, tu n’auras qu’à le reporter au parti après la guerre pour le règlement des comptes. Je mets dans la lettre deux autres lettres, une pour maman, une autre pour M et Mme MARTIN de Montaigu. Tu leur feras parvenir. Inutile de prévenir Grand’mère pour l’instant, elle l’apprendra toujours assez vite. Tu préviendras tous mes copains de Coëx, Fernand, La Fruise et Lili et tous ceux que je pourrais oublier. Si quelquefois après la guerre, il y a des oeuvres ou des secours pour les parents de « Francs-tireurs » tombés pendant la guerre, tu voudras bien t’en occuper pour maman. Tout cela paraîtra sur l’Humanité et tu me rappelleras au parti comme le « Franc-tireur AUVINET » qui a lutté depuis le 15 octobre 1942 au 5 mars 1943, date à laquelle je me suis fait prendre au Mans.

Je vous embrasse tous bien fort et faites de la petite « Mimi » qui commence à être une grande fille, une femme intelligente et instruite qui luttera dans la vie comme vous lutterez vous aussi, je l’espère, contre l’esclavage des capitalistes, contre l’exploitation de l’homme par l’homme. Je vous embrasse tous et compte sur toi, « Gaby », pour faire ce que je te demande.

ALEX
Vive le parti communiste ! Vive l’URSS ! Vive la France
Conserve cette lettre comme pièce à conviction.

Alex Auvinet est fusillé au camp d’Auvours à Champagné le mardi 1er juin 1943 avec onze autres résistants dont les brestois Pierre Corre et Jules Lesven. A titre posthume, il reçoit pour son engagement clandestin la médaille de la Résistance française en 1959.