MINDREN Yves

Fils d’un surveillant du port de guerre, Yves Marie Mindren nait le 28 décembre 1897 au bourg de Lambézellec. Il entre à l’école des apprentis mécaniciens du port de Lorient. Il s’engage comme volontaire en 1914, à l’âge de 17 ans et embarque en 1916 sur le torpilleur Saphi. Il est promu Premier Maître Mécanicien en 1923, il embarque sur des sous-marins. Il est affecté à une école de spécialité qui en 1927 le permet d’être nommé ingénieur mécanicien de seconde classe, à la 2ème escadrille de sous-marins à Brest, puis sur des transporteurs pétroliers de sous-marins (Jules-Verne).

Il est fait chevalier de la légion d’honneur le 27 juin 1929.
Il se marie avec Jeanne Augustine Goazcoz, dont il aura 3 enfants.

En 1936, il est affecté sur le croiseur Marseillaise et rejoint Cherbourg en 1938 comme ingénieur principal au centre des sous-marins.

Les conventions d’armistice signés entre les Allemands et le régime de Vichy mettent un terme provisoire à sa carrière. Républicain et franc-maçon, il est révoqué le 11 novembre 1940. Mindren refuse de servir le régime de Vichy, et dès 1941 commence à organiser des filières d’évasion pour passer en zone « libre » et en Angleterre. Employé dans une compagnie d’assurance, il peut se déplacer, y compris en zone libre, dont il fait profiter les jeunes volontaires. Surtout il commence à créer un réseau de renseignement qui doit être essentiel pour les Français libres. Des employés de l’arsenal, des officiers mariniers, qui le connaissent et lui font confiance, forment la structure du réseau de renseignement.

Dès l’été 1940, Brest intéresse le Bureau Central de Renseignement et d’action (BCRA), émanation de la France Libre à Londres. Les réseaux mis en place, Nemrod puis Confrérie Notre-Dame (CND), sont démantelés et leurs membres exécutés ou emprisonnés. En mars 1941, l’arrivée des croiseurs Gneisenau et Scharnhorst, va déclencher une série continue de bombardements sur Brest qui durera jusqu’en février 1942. Le lieutenant de vaisseau Jean Philippon (CND) renseigne le Bureau Central de Renseignement et d’Action, jusqu’à son départ pour Toulon en avril 1942.

Yves Mindren perd son épouse, Jeanne Augustine Goazcoz le 5 juillet 1942. Il est recruté par le BRCA à la fin du même mois comme agent secret au sein du réseau Ronsard, sa mission pour installer un réseau qui interviendra sur les bases sous-marines allemandes de Brest, Lorient et Saint-Nazaire et sur le mur de L’Atlantique, de Morlaix à Nantes. Intégré aux forces françaises combattantes début 1943, il devient « chef de mission » pour le service de renseignement des forces françaises libres.

Il s’appuie à Brest sur le couple Porzier, qui tient un restaurant au 13, rue de Lyon, servant de boite aux lettres et de contact aux membres du réseau. Le réseau prend le nom de Ronsard – Marathon. Il utilise ses relations pour obtenir des renseignements : ainsi va-t-il demander à un entrepreneur de BTP ami d’accepter des travaux dans le cadre de la construction du Mur de L’Atlantique afin de pouvoir se procurer les plans des fortifications allemandes. Il est en liaison avec son chef à Paris, à qui il rend compte de vive voix.
Il s’introduit dans l’arsenal de Brest comme commis de marine, sous une fausse identité, afin de contrôler l’activité du port et de fournir de façon permanente les mouvements des sous-marins allemands.

En mai 1943, un mystérieux « corbeau » informe Mindren qu’il possède sur lui des pièces compromettantes le présentant comme l’organisateur d’un réseau de résistance et veut le faire chanter. Les pièces en question sont des notes recopiées par une morlaisienne, en qui Mindren avait toute confiance, qui informe le SD de sa découverte.

Yves Marie Mindren sait que les jours du réseau sont comptés. L’indicateur relance Mindren en mai, lui fait transmettre un dossier du SD sur lui, très complet, lui proposant de le subtiliser et de le lui vendre. Une tentative est faite par le réseau pour retourner l’agent-double, sans succès (voir André Kervella, op. cit.).

Yves Marie Mindren est arrêté le 9 juillet 1943 à Paris, au même instant le couple Porzier est arrêté dans son restaurant. François Porzier, transféré à Fresnes sera déporté de Compiègne vers Buchenwald le 17 janvier 1944 puis vers le camp de Flossenbürg le 24 février 1944, où il décède le 30 janvier 1945, et Albertine Porzier sera déportée le 31 janvier 1944 en direction du camp de Ravensbruck, où elle est affectée au Kommando de Holleischen (Holysov), situé dans l’actuelle république tchèque, près de Plzen ; elle est libérée le 5 mai 1945.

Le réseau est démantelé et plusieurs de ces membres paieront de leur vie leur engagement (L’industriel Charles Jean Jourde, arrêté le 9 juillet 1943 à Brest, décède le 22 janvier 1945 au camp de Flossenbürg). Des arrestations se produisent dans plusieurs villes (Au Mans, arrestation de Jean Gouil).
Interrogé et torturé à plusieurs reprises, Yves Mindren est condamné à mort puis sa peine est commuée en détention. Il est interné au camp de Compiègne, d’où il est extrait le 27 janvier 1944 et dirigé vers le camp de Buchenwald (Weimar, Thuringe). Il est immatriculé le 29 janvier sous le numéro 44909. Il est envoyé à Schönbeck, dans le Mecklembourg (Entre Lubeck et Szczecin) le 18 février 1944. Il va y prendre la codirection du comité de solidarité clandestin créé pour venir en aide aux déportés français.

Il réussit à s’évader lors d’un transfert pendant la retraite allemande, avec une quinzaine de prisonniers. Délivré par les armées alliées, il est alors dans un état physique alarmant.

En juin 1944, alors que son sort demeure inconnu, le général Koenig, commandant des forces françaises en Grande-Bretagne lui décerne la croix de guerre 1939-1945 avec étoile d’argent, au nom du gouvernement provisoire de la république française (GPRF), avec la citation suivante :
« Marinier Léon*, ingénieur mécanicien principal de la Marine.
Au cours des nombreuses et périlleuses missions qui lui ont été confiées, a fait preuve du courage et de l’esprit de sacrifice les plus purs, a contribué au développement de la résistance en France occupée ».
*Il est indiqué que cette « citation à l’ordre de la division » concerne Yves Mindren. Marinier Léon est l’identité d’emprunt utilisée par les forces françaises combattantes.

Le groupe brestois du réseau poursuit la lutte créant un commando marine qui agit sur les arrières des Allemands au cours de l’été 1944 et assiste les troupes américaines à leur arrivée.

Le 29 octobre 1945, il est promu officier de la légion d’honneur avec la mention suivante :
« Magnifique officier d’un courage et d’un dévouement exemplaire, a créé un important réseau de renseignement en Bretagne, qui a fourni les informations les plus importantes à l’État-Major Allié. A fait preuve des plus belles qualités de chef et d’organisateur à la tête de son réseau. Arrêté par l’ennemi, déporté en Allemagne, malgré les plus cruels sévices, a montré une extraordinaire volonté de résistance, soulevant l’admiration totale de ses camarades de captivité auxquels il s’imposa comme chef indiscuté ».

Des procès sont organisés à la libération contre la dénonciatrice et l’indicateur, Robert Gervais, ancien de la Légion des Volontaires Français contre le bolchevisme (LVF) au terme desquels Robert Gervais sera condamné à mort pour diverses affaires.

En juin 1946, Mindren, bénéficie d’une pension d’invalidité et il est versé dans la réserve, avec le grade d’ingénieur-mécanicien en chef, et dans les forces françaises libres celui de lieutenant-colonel. Il va s’installer à Vincennes, , et se remarie avec Marie Corentine Paul. Il sera adjoint au maire de la ville mais il garde des relations serrées avec Brest. Membre depuis 1929 du Grand Orient de France, il participe en mai 1948 au redémarrage des Amis de Sully, sa loge mère, dont plusieurs membres ont participé à des mouvements de résistance.
De retour à Brest en 1954, il s’investit dans la vie associative et anime la section locale de L’Union nationale des associations de déportés, internés et familles de disparus (UNADIF) et prend des responsabilités dans la section départementale.

Le 14 juillet 1958, il est fait commandeur de la légion d’honneur devant le front des troupes à Brest, par le contre-amiral Lahaye, à sa demande.
Il a été décoré de nombreuses fois : médaille de la résistance, des évadés, combattant volontaire de la guerre 1914-1918 et 1939-1945, légion d’honneur. Il décède à Brest le 30 novembre 1963.

Le réseau Ronsard-Marathon est honoré par une rue du commandant Yves-Mindren à Brest et deux plaques commémoratives, Celle de François Porzier (4, rue George-Sand) et celle de Charles Jourde (30, rue Paul-Masson).

Publiée le , par Jean-Yves GUENGANT , mise à jour

Sources - Liens

  1. Livre L’enfer de Brest, 1939 - 1945, de Albert Vulliez, éditions France-Empire, 1985, 274 pages
  2. Livre Brest Rebelle, de André KERVELLA, éditions Skol Vreizh, 1998, 398 pages
  3. Livre Brest l’insoumise, de Roger Faligot, éditions Dialogues, 2016, 816 pages
  4. Archives métropolitaines de Brest = Registres 1 E L 105 – 148. 3 E 393 – 114, et 3 E 433 – 122 + Dossier de coupures de presse
  5. Archives nationales, site de Fontainebleau = base Léonore (base de données de la légion d’honneur)
  6. Gallica = Collection du Journal Officiel
  7. Fondation pour la mémoire de la déportation = Transport parti de Compiègne le 17 janvier 1944 (I.171)
  8. Centre international sur les persécutions nazies, Arolsen Archives : autrefois Service international de recherches (en anglais ITS) située à Bad-Arolsen, Allemagne.
  9. Fondation des mémoriaux de Buchenwald

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