COADELOT Raoul

Raoul Coadelot est un militaire de carrière. Il épouse Ernestine Laouénan en novembre 1923 et de cette union naît leur fils André l’année suivante. Hélas, alors que la famille est basée à la caserne La Tour d’Auvergne à Guingamp en 1929, leur fils décède de la tuberculose. Le couple, de retour à Brest, prend résidence au 16 rue Blanqui.

A la déclaration de guerre en 1939, il est adjudant-chef au 47e Régiment d’Infanterie dans le service des transmissions. Le 10 juin 1940, son unité est déployée sur le front, la prise de contact avec l’ennemi est rapide et la lutte acharnée. Dans son carnet, Raoul précise que l’aviation allemande est omniprésente. Les bombardements aériens ou terrestres allemands ne cessent de les harceler. Ils sont obligés de battre en retraite durant plusieurs jours en tentant de contenir tant bien que mal l’avance allemande. A la débâcle, il parvient à ne pas être fait prisonnier, il est réaffecté à Tarbes après l’armistice. Raoul est mis en congés d’armistice le 8 décembre 1940 et reçoit une citation à l’ordre de la brigade par le général Huntziger pour sa tenue aux combats.

Rentré à Brest, il retrouve sa femme et se voit nommer en février 1941 chef de district au Ravitaillement Général de Saint-Renan. Pour son nouvel emploi, il dispose d’un bureau à Brest, rue Choquet de Lindu et un à Saint-Renan, à l’angle des rues du Conquet et de Saint-Mathieu.

Raoul Coadelot refuse de subir l’occupation et tente, par ses modestes moyens, de contrarier et d’interdire la vente de denrées aux allemands. Il tient des propos Gaulliste aux commerçants. Quand il le peut, il détériore par lacérations les cerfs-volants de barrage anti-aérien de son quartier à la nuit tombée. Plus tard, il participera à la diffusion des tracts et journaux clandestins de la résistance. Le 6 juillet 1942, son congés d’armistice prend fin, il est mis en retraite forcée à cause de son âge.

Recruté en mai 1943 par Edouard Luart, dit L’arrimeur, chef de la résistance au Conquet, Coadelot entre dans une organisation de la résistance qui s’affilie au mouvement Défense de la France. Sa première mission est de collecter des renseignements d’ordre militaire sur les troupes d’occupation jusqu’à décembre 1943. A partir de février 1944, l’Armée Secrète, qui se transforme rapidement en Forces Françaises de l’Intérieur, missionne Guillaume Breton et François Tournellec de former dans le canton de Saint-Renan, une unité combattante de résistants. C’est par des liens entre Le Conquet et Saint-Renan que Raoul Coadelot rejoint cette formation qui devient dans les mois suivants, la Compagnie F.F.I du canton de Saint-Renan.

Raoul Coadelot participe à l’organisation et à l’instruction des soldats du groupement. Il devient rapidement l’adjoint au chef de la résistance cantonal de Saint-Renan. En mai 1944, sa femme Ernestine décède à Bohars, laissant Raoul veuf et sans enfant.

Après le débarquement en Normandie, les réunions s’enchaînent à son bureau à Saint-Renan. Le recrutement est accéléré mais le manque d’arme se fait cruellement ressentir. Il est prévu dans les premiers jours d’août 1944, qu’un parachutage d’armes par la R.A.F équipe l’unité. Celui-ci n’a pas lieu et les F.F.I du canton reçoivent l’ordre de se rendre à Tréouergat, maquis du canton de Ploudalmézeau, pour percevoir leur dotation.

Le 5 août, il est présent à la réunion des chefs cantonaux à Gouesnou, il reçoit le commandement militaire des F.F.I de Saint-Renan par Baptiste Faucher. Ordre est donné de déclencher les opérations militaires, de sabotage et d’embuscades à compter de ce jour.

Dans les jours qui suivent, l’unité entre en action contre l’occupant dans le secteur de Lanrivoaré-Milizac puis autour de Saint-Renan. Le chef lieu de canton libéré, la compagnie se dirige vers Locmaria-Plouzané, Plougonvelin et le Conquet où elle participe à la réduction de la poche allemande et à la neutralisation de la puissante batterie de Kéringar. Raoul Coadelot et sa compagnie F.F.I font plus de 150 prisonniers allemands mais au prix de près d’une trentaine de blessés et la perte de six des leurs. A l’issue des combats, il est cité à l’ordre du régiment en ces termes :

Durant les opérations militaires du Conquet, n’a cessé de payer de sa personne. Remplissant les fonctions de commandant de Cie s’est toujours porté aux points les plus menacés, faisant lui-même trois prisonniers près du Trez-Hir, le 6 septembre 1944. Sous les bombardements les plus violents, a conservé un calme imperturbable, apprenant ainsi à ses hommes à mépriser le danger. Entraînés par l’exemple de leur chef, les hommes de sa Compagnie n’ont jamais voulu être relevés malgré les violentes réactions de l’ennemi.

Sa maison est totalement détruite pendant le siège de la ville en août et septembre 1944. Personne ne l’attendant, démobilisé des F.F.I fin septembre 1944, il gagne Landerneau et contracte un engagement dans l’armée en recomposition, pour la durée de la guerre. Il est dès lors affecté à la 3e Compagnie du C.I.D 19 jusqu’en 1946. Revenu à la vie civile, il sera employé comme restaurateur. Il se remarie avec Émilienne Baudrier et adopte Jackie, son fils. En avril 1953, il est fait Chevalier de la Légion d’honneur.

La sépulture de Raoul Coadelot se trouve dans le cimetière de Saint-Martin à Brest [Carré 28, Rang 4, Tombe 37]

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

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Portfolio

Souvenirs de Raoul Coadelot
Photo souvenir, prise le jour de la démobilisation des F.F.I après les combats

Sources - Liens

Remerciement à la famille Chardon-Coadelot, et tout particulièrement à Jackie Chardon-Coadelot (1928-2018) pour la mise à disposition des archives de son père adoptif.

  1. Famille Chardon-Coadelot, archives personnelles et iconographie.
  2. Musée du Ponant à Saint-Renan, archives de la Compagnie F.F.I de Saint-Renan.
  3. La Dépêche de Brest, éditions du 12/04/1929, 24 et 30/05/1944.
  4. Brest Métropole, service des cimetières - sépulture de Raoul Coadelot
  5. Service Historique de la Défense (S.H.D) de Vincennes, dossier personnel de Raoul Coadelot, cote GR 16 P 134573 (aimablement transmis par Edi Sizun).
  6. BRETON Guy, L’angoisse et la foi, éditions Mémoires Vives, Plouguin, 2012.