STEPHAN Marie-Anne

Marie-Anne Saouzanet, surnommée Anna, est une couturière d’Esquibien. Elle épouse en sa commune le 16 juillet 1923, Alain Stéphan de Mahalon. Sous l’occupation, elle est désormais veuve, et réside au premier étage du 14 rue Coat-ar-Guéven à Brest.

Elle rejoint au second semestre 1943 la résistance grâce à Georges Dauriac du groupe Action Directe du mouvement Défense de la France. Marie-Anne apporte un soutien logistique sans faille à la résistance. Elle cache des armes, munitions, tracts et papiers compromettants du groupe. Elle met également son logement à disposition pour les réunions, l’hébergement et le ravitaillement des résistants. Elle sert aussi d’intermédiaire pour le recrutement d’Edmond Borczykowski.

Mais bien plus que ça, elle devient presque une mère de substitution pour les jeunes membres du corps-franc. Elle est tellement estimée que bien que ne participant pas directement aux coups de mains, elle est considérée comme membre à part entière du groupe Action Directe.

Le 22 mars 1944, alors que sa nièce Noélie Jaouen est présente, les agents allemands de l’Aussenkommando du S.D de Brest se présentent chez elle. Les deux femmes sont arrêtées et dirigée sur l’école de Bonne-Nouvelle en Kérinou pour interrogatoire. A l’issue de ce dernier, elles sont amenées au poste de police de Saint-Martin pour y être internées.

Les résistants du groupe Action Directe repèrent que tous les jours, Noélie Jaoun est envoyée, escortée d’un policier français, à Pontaniou pour y récupérer de la soupe pour ses camarades. Le 29 mars ils la font évader près de l’église Saint-Martin en braquant à mains armées le policier. Quelques jours plus tard, c’est à Marie-Anne que revient la tâche du ravitaillement. Les résistants veulent réitérer leur exploit en tentant une nouvelle évasion lors de son trajet. Alors que Yves Hall s’apprête à intervenir dans la rue de Glasgow, avec tout le groupe en couverture, la résistante le repère et lui fait un signe de la tête pour l’avertir du piège qui l’attend. En effet, les allemands montent une souricière et se servent d’elle afin de capturer les membres du corps-franc.

Yves Hall évoque la tentative de libération d’Anne-Marie

Elle est à peine à quinze mètres de moi, elle a le temps de me jeter un regard que j’ai compris. C’est la dernière fois que je la vois, car les allemands ayant compris que leur piège est déjoué, ne la laisseront pas à Saint-Martin, mais nous serons qu’elle a été torturée. Je jure qu’ils vont le payer cher ou ils auront ma peau.

Les interrogatoires se poursuivent pour Marie-Anne qui ne livre aucune information. Elle est alors malmenée fortement puis torturée à la limite du coma. Compte tenu des risques de tentatives de libération par la résistance, la prisonnière est désormais gardée à l’isolement au commissariat central de Brest, rue Kléber. Des consignes sont données pour qu’elle soit abattue sur le champ si quoi que ce soit se produit.

C’est à partir de ce moment que Marie-Anne disparaît définitivement. Nul ne sait exactement ce qu’il advint de la résistance mais une rumeur, non vérifiable, laisse à entendre qu’elle aurait été fusillée dans les douves du Bouguen le 8 juin 1944.

Pour ses actions dans la résistance, Anne-Marie Stéphan reçoit les distinctions suivantes :
- Médaille de la Résistance (1987)
- Médaille Militaire (1951)
- Croix de Guerre 1939-1945, avec étoile de Vermeil (1950)
- Citations à l’ordre du corps d’Armée (1947 et 1950)

En sa mémoire, une allée de Brest porte son nom à Saint-Marc depuis 1984.

Publiée le , par Gildas Priol, mise à jour

Sources - Liens

  1. Ordre de la Libération = Fichier des médaillés de la Résistance
  2. S.H.D Vincennes (dossier résistance) = GR 16 P 556974
  3. Yves Hall = Témoignage sur Marie-Anne Stéphan
  4. Livre Bretonnes et Résistantes, Isabelle Le Boulanger, éditions Coop Breizh, 2018, page 319

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